mercredi, 05 septembre 2012

L’Homme qui faisait vieillir (O fazedor de velhos) - Rodrigo Lacerda - 2008

rodrigo lacerda, livres, litterature bresilienne, romans jeunesse, l'homme qui faisait vieillir, romans d apprentissageDans la vie de Pedro les livres ont toujours tenu une grande place. Lorsqu’il était enfant il devait subir d’assommantes séances de lecture infligées par sa mère qui tentait ainsi de lui communiquer son amour des grands textes. Ce qu’elle réussira peu à peu à faire… Mais pour Pedro ce sont surtout les textes José Maria de Quieiros qui trouvent grâce à ses yeux.
Un jour, à la suite d’une mésaventure à l’aéroport, les œuvres complètes de Shakespeare en anglais sous le bras, un pavé littéraire offert par son père, Pedro rencontre un étrange vieil homme qui lui laisse méditer cette phrase : « Lire, c’est vieillir. ».
Des années plus tard lorsqu’il commence à étudier l’histoire à l’université, il sent bien qu’il n’a pas la même passion que ses camarades pour cette discipline : « j’avais l’impression d’arroser une plante en plastique pendant qu’eux aménageaient un magnifique jardin ». Il doute de son choix et demande alors à l’un de ses anciens professeurs de l’aider à sortir de cette crise. Celui-ci lui recommande de prendre conseil auprès d’un vieux professeur, historien couvert d’honneur. Le vieux professeur, Nabuco, est justement le vieil homme qu’il avait rencontré auparavant dans l’avion. Et la rencontre avec le vieux Nabuco va marquer un tournant décisif dans la vie de Pedro.


Rodrigo Lacerda, auteur, éditeur et docteur en théorie littéraire, a vite connu un certain succès en son pays, le Brésil, pour livres de littérature jeunesse. Ce roman-c, L’Homme qui faisait vieillir a d’ailleurs été primé dès sa sortie.
Véritable roman d’apprentissage, L’Homme qui faisait vieillir aborde le thème du passage à l’âge adulte à l’image du jeune Pedro, cela dans ses expériences, amitiés et amours, ainsi que sa quête d’identité... et cela concentré autour du sujet principal que sont les livres et du rôle qu’ils peuvent et doivent jouer dans la vie de chacun. Car les livres sont le savoir, celui qui se transmet, l’expérience aussi, celle vécu par d’autres et transmises à tout un chacun. L’auteur nous fait ainsi partager l’amour qu’il porte en ces objets et le rôle qu’ils vont jouer pour Pedro.
Le roman, particulièrement dédié aux adolescents (à partir de 15 ans) est à la fois rythmé, drôle, émouvant, profond, grave et lyrique. Il comblera le plus grand nombre qui suivra avec passion l’évolution de Pedro et sera marqué pendant longtemps par la figure du vieux professeur. L’œuvre de Shakespeare y joue également un grand rôle, sorte de fil rouge à travers le roman, une œuvre qu’on y découvre avec le plus grand plaisir.

A découvrir !

Court extrait :

Je ne me rappelle pas au juste à partir de quand mes parents ont commencé à me faire ingurgiter des bouquins. De bonne heure, en tout cas.

Je me souviens des séances de lecture de poésie que ma mère nous infligeait à ma soeur et moi et qu'elle n'acceptait d'interrompre que lorsqu'un de ses enfants, moi en général, tombait à genoux devant elle pour l'implorer avec ferveur, et que l'autre, ma soeur le plus souvent, lui serrait la main avec la force d'un moribond exprimant ses dernières volontés. Elle nous lançait un regard contrarié, mais riait de notre désespoir surjoué : «Arrête, maman, on t'en supplie, arrête !»

Le contenu de ces lectures était relativement varié. Je dis relativement car ma mère avait beau aimer des auteurs différents les uns des autres, c'étaient toujours les mêmes qui revenaient. A partir d'un moment, nous avons commencé à reconnaître les noms de certains d'entre eux : Gonçalves Dias, Fernando Pessoa, Carlos Drummond de Andrade... Puis les titres de certains livres et poèmes : Le Navire négrier, Message, La Rose du peuple...

Après des années à lutter amoureusement contre l'inclination de ses enfants à la paresse mentale, ma mère est enfin parvenue à récolter les fruits de son travail. Petit à petit, non seulement nous avons fini par nous habituer aux noms et aux vers que nous écoutions à contrecoeur, mais nous avons même commencé à marquer nos préférences pour tel ou tel, à choisir ceux qui, pour une raison ou pour une autre, rendaient moins ennuyeuses ces séances de lecture qui nous mettaient à la torture.

Mon choix le plus ancien, du moins pour autant que je me souvienne, s'était porté sur un poème au titre étrange : «I-Juca-Pirama». Comme j'allais le découvrir, il s'agissait du nom du personnage principal de l'histoire, un Indien tupi.

A un moment, les Tupis perdent la guerre contre les Timbiras et I-Juca-Pirama, alors qu'il essaie de s'enfuir avec son vieux père malade à travers la forêt, est fait prisonnier par les vainqueurs.

Un jour, je ne sais plus quel âge j'avais, je me suis intéressé à ce passage. Ma mère m'y avait incité en me faisant la faveur d'ajouter un nouvel élément palpitant aux tourments du protagoniste. Elle m'avait dit que les Indiens dérobaient la force et le courage de leurs ennemis d'une manière très concrète : en les mangeant.

Pas crus, cuits. N'empêche...

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Présente édition : éditions La joie de lire, 25 juillet 2012, 232 pages
ISBN-10: 2889081419 / ISBN-13: 978-2889081417

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