mardi, 03 juillet 2012

La Guerre olympique - Pierre Pelot - 1980

pierre pelot, la guerre olympique, science-fiction, litterature francaise, anticipation, jeux olympiques, guerres, portLa paix mondiale … Est-ce un rêve inatteignable ? Une utopie ? En l’an 2200 les gouvernements du monde ont trouvé la solution pour l’atteindre.

Ainsi tous les deux ans sera déclaré, entre le camps libéral Blanc et le camp socialo-communiste Rouge, la
Guerre olympique, durant laquelle s’affronteront devant des foules immenses au cours d’épreuves mortelles des champions surentraînés, dopés et élevés médicalement depuis leur plus jeune âge. Le camp gagnera les honneurs pendant deux ans, et le vaincu verra en son sein plusieurs millions de personnes mourir. Parmi ces derniers tout ce que compte la société de subversifs, délinquants et déviants à qui on a greffé une mini-bombe dans le cerveau qui explosera dès la proclamation des résultats.
Car au-delà de garantir la paix mondiale la Guerre olympique aide aussi au contrôle de la démographie, à la lutte contre la délinquance, à la faveur des régimes en place tout en exaltant le chauvinisme des peuples et l’amour du sport.

Bref, la Guerre olympique est la solution idéale à tous les maux de notre société. 

Lorsque l’écrivain français Pierre Pelot écrit le roman La Guerre olympique le monde était divisé en deux blocs et on s’apprêtait à célébrer les Jeux olympiques de Moscou en 1980, des jeux qui ont pour la première fois clairement mis en évidence l’aspect politique de ce genre d’événements, notamment par le boycott organisé par les pays occidents. Les deux grandes puissances mondiales qu’étaient alors les Etats-Unis d’Amérique et l’Union soviétique, ne cessaient depuis bien longtemps déjà à s’affronter pour voir lequel des deux allait gagner le plus de médailles. Et quasi tous les coups étaient permis : dopage, sportifs entraînés depuis le plus jeune âge, naturalisations de sportifs étrangers pour renforcer ses rangs... Et tout cela n’a pas tant changé que cela aujourd’hui. Car si le roman de Pierre Pelot décrit une dystopie dans les faits, de par l’attitude et les volontés politiques tout cela n’est que bien réel. Et ce n’est pas un hasard si ce roman se voit réédité en 2012, à la veille des Jeux olympiques de Londres.

Le lecteur est ainsi invité à suivre les pas de plusieurs personnages vivant cette Guerre olympique afin d’en découvrir tous les aspects. D’abord le champion français Pietro Coggio, figure de proue du sport français, spécialiste du pugilat et du lancer de hache, fait partie de ces athlètes adulés par un public fasciné par ses exploits sportifs et guerriers. Il est issu d’une manipulation génétique visant de produire le meilleur sportif au moment. Par contre il a quelque peu de mal à réfléchir mais ce n’est pas cela qu’on lui demande.
Ensuite il y a Yanni Bonnefaye qui fait partie des victimes potentielles et qui attend chaque résultat comme si sa vie en dépendait, car c’est bien sûr effectivement le cas. Et aussi le polonais Mager Cszorblovki, autre condamné mais de l’autre bloc, qui tente le tout pour le tout pour pouvoir retirer la mini-bombe logée dans son cerveau avant la fin des festivités. S’y ajoutent des journalistes, des entraîneurs, un entourage sportif peu sûr autour du champion français…
Chaque chapitre se termine de plus sur une note décrivant certains points plus techniques liés à ces Jeux du futur.

Et peu à peu Pierre Pelot réussit à nous donner une vision très probable, mais surtout glaçante de cet avenir dans lequel tout ne semble n’être fait que de violence. C’est époustouflant et le lecteur est tenu en haleine jusqu’au combat final, particulièrement gore.
Bien sûr ce roman n’a pas la force des grandes dystopies devenus des classiques littéraires (1984, Fahrenheit 451, Le meilleur des mondes… ), mais, sans nul doute, Pierre Pelot a réussi une œuvre difficilement imaginable et qui se lit d’une traite.

A lire !

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Extrait : les premières pages

Le 1er juillet 2222, fut déclaré ouvert, par le porte-parole des gouvernements, le 12e conflit international planétaire. Il se situait, cette année-là, sur le territoire des États d'Union d'Amérique du Nord (American Group, de la Confédération libérale), dans le camp BLANC.

Le premier conflit international planétaire programmé éclata en l'an 2200, sur le territoire national éthiopien (Fédération socialo-communiste) du camp ROUGE.

Le camp ROUGE fut vainqueur, avec une perte en vies humaines qui ne dépassait pas le chiffre de 3 millions. Le camp BLANC vaincu annonça plus de 8 millions de victimes.

Le deuxième conflit international planétaire programmé eut lieu en 2202.

Le troisième en 2204. Et ainsi de suite. Il éclatait régulièrement tous les deux ans - c'était ce qu'avaient décidé les Nations.

On l'appelait également LA GUERRE OLYMPIQUE.

La 12e GUERRE OLYMPIQUE de 2222 opposait comme à l'accoutumée les camps BLANC et ROUGE, le camp BLANC regroupant les États et nations de la Confédération libérale, le ROUGE les États et nations de la Fédération socialo-communiste.

Il y avait 26 pays inscrits pour le camp BLANC, et 27 pour le camp ROUGE. A l'issue des sélections restaient en lice 23 pays pour le camp BLANC, et 21 pour le camp ROUGE.

Ce qui portait le nombre des nations en guerre à 44.

Parmi les quelque 150 (cent cinquante) nations de la planète, on remarquait : 53 pays inscrits pour la GUERRE OLYMPIQUE, 9 éliminés, restaient 44 ; 12 pays neutres ; 2 pays opposants. Tous les autres pays non inscrits et non représentés demeuraient cependant étroitement alliés et inféodés à l'une ou l'autre des puissances en conflit, politiquement et économiquement, ce qui implique que les victimes de la GUERRE pouvaient fort bien se trouver, en partie et proportionnellement, dans leurs populations.

Il y avait sur Terre (y compris la Lune) 14 milliards 387 millions d'humains.

La 12e GUERRE OLYMPIQUE compterait un minimum de 9 millions de victimes. C'était prévu, calculé.

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La voix tranquille, posée, rassurante, de Sanzo Papa Aeschillem s'éleva et lui emplit la tête : "Ne t'en fais pas, Pietro, ne t'énerve pas, tout va bien."

Coggio poussa un grognement profond et rageur - une manière d'acquiescement qui, à la fois, répondait à Sanzo Papa et libérait un peu de sa tension. Sanzo Papa ne l'abandonnait jamais, ne le laissait jamais seul, même là, sur le ring, où pourtant il était seul face à cette brute épaisse de Chinois. Sanzo Papa était toujours avec Coggio, et il avait les mots qu'il fallait, au bon moment. Toujours. Comment Sanzo Papa avait-il pu deviner que Coggio commençait à s'énerver ? Quels étaient les symptômes, les signes, qui l'avaient renseigné avec une infernale précision, là-bas, dans son angle lointain des soigneurs-dopemen ? Parfois, Coggio se disait que Sanzo Papa était tout à fait capable de lire dans ses pensées. C'était peut-être vrai.

Il se mit à danser, à petits pas, pour se calmer.

"C'est bien, Pietro", dit la voix de Sanzo Papa Aeschillem, dans la tête de Coggio. "C'est parfait, mon garçon. Ne l'attaque plus, c'est ce qu'il cherche. Ne te fatigue pas inutilement, laisse-le venir."

Oui, Sanzo, songea Coggio. C'est ce que je fais. Je le laisse venir.

" Ne t'en fais pas. Tiens-le encore un instant, pas longtemps. Laisse-le t'attaquer à son tour, et alors sonne-le. Ou bien il n'osera pas, il est fatigué. Alors profites-en. Je te dirai quand. Le round se termine dans cinq minutes. "

Cinq minutes ? Comme à chaque fois, Coggio avait totalement perdu la notion du temps. Si le round s'achevait dans les cinq minutes, cela voulait dire que Coggio et Lin Sovitch Pao (le Chinois) se battaient depuis plus d'une demi-heure. Quarante minutes exactement. L'ultime combat des champions pugilistes, pour la finale de cette discipline, se déroulait en deux rounds de quarante-cinq minutes chacun. Une abominable éternité, si l'on regardait les choses du dehors… mais en combat, le temps filait comme un boulet de canon. C'était peut-être les dopes ingurgitées qui étaient la cause de cette distorsion temporelle ? Peut-être oui… mais pas nécessairement. En combat, Coggio était parfaitement incapable de songer au temps qui passe. Pour n'importe quelle compétition, c'était pareil. Pugilat, lancer de haches, moto-glace, tir à l'arc, course de chars, haltérophilie, etc. C'était pareil.

Il vit venir le gros, sauta de côté au quart de seconde. Le coup de pied du Chinois glissa le long de sa cuisse et la semelle renforcée d'acier luisant ne fit que lui égratigner la peau, marquant le coup en rouge. Coggio plongea aussitôt, pour utiliser le déséquilibre de son adversaire. Il cogna en faucheur. Son poing crispé, alourdi par les mitaines plombées, toucha le gros homme au creux de l'épaule gauche, mais le type fit un rétablissement en catastrophe et évita partiellement le choc. Coggio tenta de doubler, du gauche ; l'autre se laissa tomber à genoux. Tout le ring trembla. Le Chinois hurla et cogna à son tour, les deux mains serrées, en faucheur lui aussi. Coggio n'eut que le temps d'effectuer un nouveau saut de côté : les mitaines frôlèrent les muscles de son abdomen luisant de graisse et de sueur.

Il tomba sur le pied droit, leva le gauche.

"Bravo, petit !" cria la voix de Sanzo Papa.

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Présente édition : Folio SF / Gallimard, 29 mars 2012, ISBN-10 2070446336, 352 pages 

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