mardi, 12 juin 2012

Est-ce ainsi que les femmes meurent ? - Didier Decoin - 2009

didier decoin, litterature francaise, fait divers, 38 temoins, romans policiers, romans de societe, documentaireCatherine Kitty Genovese a été tuée un soir de mars 1964 dans le quartier du Queens, à New York, alors qu’elle rentrait seule chez elle après une soirée passée dans le bar où elle était employée. Son agression a été très violente, et au bout d’une demi-heure de lutte contre son assassin elle meurt au pas de sa porte.
Le lendemain on peut lire dans le journal : « Une habitante du quartier meurt poignardée devant chez elle. ». L’événement est finalement assez banal pour une ville telle New York. Le tueur, un psychopathe qui n’en est pas à ses coups d’essai, se fait d’ailleurs rapidement arrêter par la suite. Bref ce n’est là qu’un fait divers comme il y en a tant d’autres.
Un journaliste pourtant, Martin Gansberg, reçoit un tuyau de l’une de ses connaissances auprès de la police et va exploiter une affaire de prime abord anecdotique mais qui choquera durablement le pays tout entier.
L’assassin n’aurait pas agi seul, il avait des complices, de très nombreux complices… très exactement 38. Car en effet 38 personnes ont été témoins de la mise à mort de Kitty Genovese, de par les fenêtres de leurs appartements dans l’immeuble en face de la scène de crime, 38 qui ont vu, ou du moins entendu, cette agression qui a duré près d’une demi-heure. 38  qui témoignent des cris, des appels, supllices, et surtout 38 témoins qui ont préféré de ne pas intervenir pour sauver la victime, et qui n’ont appelé les secours que bien plus tard.
Y a-t-il une différence entre celui qui agît et celui qui laisse faire sans réagir ? Le plus coupable est-il le criminel ou l’indifférent ?

Le roman Est-ce ainsi que meurent les femmes ? de Didier Decoin reprend un célèbre fait divers d’outre-atlantique qui secoua l’Amérique dans les années 1960, celui du meurtre véridique de Catherine Genovese par Winston Moseley. A vrai dire il s’agît ici plus d’un documentaire que d’un véritable roman, les parties « inventées » ou romancées n’étant que très faibles face à l’ensemble du texte. Ce fait divers a été beaucoup commenté depuis les années soixante, car il met bien en évidence la lâcheté humaine et les différents mécanismes psychologiques qui font que dans ce genre de cas, finalement, que peu de gens interviendront pour venir en aide à une victime. Et pour mieux illustrer ce principe l’auteur se base sur la version du fait relaté à l’époque par le New York Times, et qui depuis se voit tout de même contestée et nuancée (notamment par le nombre de témoins crédibles bien inférieurs à 38 en réalité).

Le texte nous décrit donc dans un style très froid et souvent dérangeant les moindres détails de l’affaire, surtout concernant les actes de violence décrits quasi coup après coup, et cela dans une surenchère nauséabonde qui voit se succéder plusieurs agressions, meurtres et viols, certes toutes des histoires vraies, mais par lesquelles on sent un auteur qui semble vouloir délibérément choquer en jouant sur une autre tare humaine, celle du voyeurisme. Il m’a paru en effet difficile à comprendre pourquoi on devait assister à ces violences décrites de façon quasi chirurgicale, alors que le propos premier du texte semble être ailleurs, auprès de ceux qui n’ont justement rien fait. Et peu à peu les 38 témoins lâches se font éclipser par les violences de Winston Moseley, au point que j’en suis même arrivé à les oublier.
Mais peut-être est-ce aussi bien voulu, car si le titre se demande Est-ce ainsi que meurent les femmes ?, référence vraisemblable à Aragon et son Est-ce ainsi que vivent les hommes ? , Decoin nous montre justement comment ces hommes vivent dans la violence et la lâcheté, au détriment de ces femmes, les proies les plus faciles de toutes ces horreurs humaines.

Est-ce ainsi que meurent les femmes ? est un document fort dérangeant qui me semble avoir quelque peu raté son objectif. Alors évidemment on ne peut être que bouleversé par toute cette violence, cloué jusqu’à la dernière page, dégoûté même par l’ensemble… et dommage qu’un peu plus de finesse n’ait pas pu mieux faire la part des choses.

N.B. Ce roman a été adapté en 2012 au cinéma par Lucas Belvaux sous le titre de 38 témoins.

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Présente édition : Le Livre de poche, 5 mai 2010, 192 pages

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