jeudi, 04 août 2011

Le convoi de l’eau (Mizo no soretsu) - Akira Yoshimura - 1976

le convoi de l eau, akira yoshimura, litterature japonaiseUne équipe d’ouvriers est en route pour une vallée isolée du Japon afin d’y construire un barrage. Dans cette étroite et sombre vallée abandonnée ils trouvent un hameau, vieux de plus d’une centaine d’années et qui semble vivre reclus de la civilisation depuis toujours. Ordre est donné de ne pas se mêler aux habitants de la vallée dans la mesure où ceux-ci seront chassés de leurs foyers et le hameau inondé comme toute l’entièreté de la vallée à la fin des travaux, et donc des tensions sont à craindre. Et ainsi les deux communautés vont cohabiter l’une à côté de l’autre, en s’observant continuellement avec méfiance et curiosité.
Le narrateur est l’un de ces ouvriers. Il sort de prison où il a purgé une peine pour le meurtre de sa femme infidèle et il s’est engagé pour ce boulot afin de fuir la ville, ses tentations et ses souvenirs. Il craint la violence qui est en lui et vient chercher la rédemption qu’il trouvera au sein de cet hameau dans cette vallée vouée à une mort prochaine.

Le convoi de l’eau est un impressionnant roman de l’auteur japonais Akira Yoshimura, écrit en 1976, et qui mène le lecteur à la découverte d’une vallée perdue vouée à la mort et dans les profondeurs de l’âme d’un ouvrier meurtri par son passé. Bien sûr l’un va se refléter dans l’autre et donner un sens fort et édifiant à l’ensemble. Mas ce qui frappe avant tout c’est l’incroyable beauté de l’écriture qui, en toute simplicité, donne des images magnifiques et inoubliables à cette histoire tout en faisant baigner le tout dans une atmosphère mystérieuse et glaciale. Au-delà de la rédemption du narrateur, le roman s’amuse à confronter deux mondes, celui qu’on appelle « civilisé » à un plus simple et plus reclus qui ne peut paraître qu’incompréhensible et mystérieux à tout regard extérieur. Certaines scènes fortes, à la violence souvent plus suggérée qu’explicite, renforcent la tension qui se crée entre ces deux mondes. Tel par exemple la jeune fille violée puis pendue et dont le corps restera accroché durant toute la durée des travaux en symbole de la faute des uns par rapport aux autres.

Le convoi de l’eau d’Akira Yoshimura est un roman magnifique et poignant sur la rencontre forcément tendue et violente de deux mondes qui se confrontent.

Pour commander ce livre :

Présente édition : traduit du japonais par Yutaka Makino, éditions Actes Sud, 4 mai 2011, 176 pages

Voir également :
- La jeune fille suppliciée sur une étagère (Shojo Kakei) suivi de Le sourire de pierres (Ishi no Bisho) - Akira Yoshimura (1959 et 1962), présentation

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