mardi, 26 juillet 2011

Le déjeuner de Sousceyrac - Pierre Benoit - 1931

le dejeuner de sousceyrac, pierre benit, litterature francaise, sousceyrac, De retour de vacances, alors qu’ils tentent de rejoindre Paris, les deux inséparables amis Jean et Philippe s’arrêtent par hasard au village de Sousceyrac, un village isolé dans les montagnes du Ségala dans lequel Philippe passa ses vacances d’enfance. Sa famille est en effet originaire de là avant de partir vivre à Cahors laissant sur place une vieille tante, Mlle Lauzès, avec qui les rapports étaient quelque peu difficiles.
Ainsi les deux voyageurs s’arrêtent à l’unique hôtel du village pour y déjeuner. Un déjeuner somptueux, bien du terroir et qui les marquera durablement. Philippe en profite pour demander quelques nouvelles de sa tante. Il apprend qu’elle est décédée il y a quelques années et surtout qu’elle a quitté le monde en laissant des millions derrière elle, une fortune dont Philippe, le seul héritier encore en vie, n’a jamais la couleur. Et en effet l’héritier désigné a été un marchand de bois du village désigné comme légataire par la défunte. Philippe ne peut y croire et décide de prolonger son séjour au village. Se faisant passer pour un touriste genévois il mène son enquête et met peu à peu à jour une immense escoquerie manigancée par les gens de Sousceyrac.
Mais pour Philippe la fortune qu’il convoite n’est pas forcément celle qu’il désire et dont il sera récompensée à la fin de ses efforts.

Ecrit en 1931 le roman Le déjeuner de Sousceyrac de l’écrivain et académicien Pierre Benoit nous invite à un voyage dans la France profonde, au village de Souszeyrac (bien réel, d’ailleurs un restaurant au nom du titre du roman y est ouvert) à la rencontre des gens de là-bas, de cette vie de village et surtout de ce savoir-faire gastronomique classique du terroir local. Le tout rythmé par une intrigue mêlant une escroquerie à l’héritage, un amour impossible et surtout toute une galerie de personnages très humains dans tous leurs défauts et qualités.
Le roman paraît aujourd’hui quelque peu suranné, il n’empêche qu’il se lit avec grand plaisir. L’intrigue est prenante, sans être originale, le ton est à la fois grave et drôle, parfois caricatural mais souvent vrai.

Ce roman de Pierre Benoit a été adapté à la télévision en 1990 dans un téléfilm au même titre et réalisé par Lazare Iglesis avec Hélène Vincent, Claude Brosset et Jean-Yves Berteloot dans les rôles principaux.

Le déjeuner de Sousceyrac de Pierre Benoit représente une belle lecture, bien divertissante et très humaine, cela même si le roman a quelque peu vieilli.

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Extrait : premières lignes

C'est un sauvage et dur pays que le Ségala, l'un des plus écartés, des plus ignorés de France. À la lisère du Cantal et du Lot, il n'est plus le Quercy sans être tout à fait l'Auvergne. Abrupt plateau de roches schisteuses, de granits, de grès, il s'élève par étages, sous les nuées, avec ses noires châtaigneraies, les maigres champs de seigle auxquels il doit son nom, ses landes qu'au crépuscule les troupeaux désertent, et dont les bruyères agitées sans fin par le triste vent de la nuit demeurent seules sous les étoiles.

À cette rude région correspond une race plus rude encore, une race hostile aux innovations, farouchement cramponnée au sol. De Labastide du Haut-Mont, qui est la commune culminante de la région, on aperçoit, paraît-il, quand le temps est clair, les Pyrénées. Mais qu'importe à l'homme du Ségala, cette fantasmagorie bleue et rose! Il ne se laisse pas séduire; il n'émigre pas; il n'abandonne pas son aire. On raconte qu'il existe là-haut, dans la forêt, entre Gorse et Sénaillac, de vieilles paysannes qui ne savent même pas ce que c'est que le chemin de fer.

Truites et écrevisses peuplent à foison les torrents du Ségala; ses taillis regorgent de sangliers; les bécasses se coulent parmi les ronciers; les perdrix grises se hâtent parmi les airelles. Le rare touriste que le hasard aura conduit dans cette étrange contrée peut sans remords garder un souvenir attendri de ces succulents trésors. Les gens du lieu les lui prodigueront avec d'autant plus de munificence que, personnellement, ils ne songent guère à en abuser. Ils n'ont d'amour que pour le lopin de terre qu'ils possèdent, il n'ont de haine que pour leur voisin, détenteur du lopin de terre qu'ils convoitent. Tel est leur grand, leur unique souci. La passion du sol à conserver, à conquérir, les a marqués de façon profonde. Elle a fait d'eux des avares effrénés. Et cette avarice à son tour les a rendus plus processifs que les habitants de n'importe quelle autre province.Il n'est point d'études de campagne qui chôment moins que celles des notaires du Ségala. Sur leurs bancs de hêtre luisants, elles voient, aux jours de marché, s'asseoir une clientèle opiniâtre. Les yeux brillent d'un feu taciturne sous les chapeaux de feutre noir. Le poing se crispe sur le bâton de houx. Les dents serrées ne laissent passer que les paroles comminatoires. De Tulle à Figeac, d'Aurillac à Cahors, gens du causse, de la montagne ou de la plaine connaissent et raillent ce sombre esprit de chicane dont sont possédés leurs âpres voisins; on réprouve le peu de scrupule des moyens qu'ils mettent en oeuvre pour le satisfaire. On ne craint pas d'insinuer que l'étymologie de Latronquière, leur rustique capitale, pourrait bien être LATRONUM QUIES, "asile de larrons"... Eux laissent dire. Ils ne daignent pas protester contre une réputation exagérée peut-être, mais qu'en tout cas les événements dont on va lire le récit ne contribueront guère à démentir.

Encore un coup, d'ailleurs, que leur importe! N'ont-ils pas assez à faire avec leurs querelles, avec leur lutte contre un climat, une nature qui durant un tiers de l'année, les retranche du reste du monde? La neige assiège les villages au fond des vallons, bloque les fermes qui, de décembre à mars, ne recevront plus la visite du vétérinaire, ni quelques unes même celle du facteur. Totalement dépouillés de leurs feuilles, les arbres balancent sur le ciel blême des rameaux qui ont l'air d'avoir été calcinés par un incendie, si noirs qu'ils semblent fous d'espérer du printemps qu'il les fasse jamais refleurir.

Et pourtant, il opère ce miracle. Il revient, et il est adorable, avec la soudaine invasion de ses colchiques, de ses centaurées ressuscitées, de ses ruisselets qui dégringolent de toutes parts dans les prairies et se perdent en chantant sous les aulnes...Mais cette saison privilégiée, ainsi que l'été qui la talonne, dure peu. Très vite, l'odeur du bois mouillé, des feuilles sèches que l'on brûle, annonce le retour de l'hiver. Une sarcelle qui s'envole, une écharpe de brume autour des côteaux, une écharpe de laine au cou des enfants qui regagnent l'école, et de nouveau le Ségala se replonge dans son mystère, dans son engourdissement, dans sa mort.

 

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Présente édition
: Editions Le Livre de Poche, 1er trimestre 1967, 244 pages

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