mercredi, 29 juin 2011

Les falsificateurs - Antoine Bello - 2007

antoine bello, les falsificateurs, litterature francaise, romans de mystere, le cfr1991, le jeune islandais Sliv Dartunghuver, à peine sorti de l’école, est engagé en tant qu’ingénieur par Gunnar Eriksson, directeur du cabinet d’études environnementales Baldur, Furuset & Thornberg. Une première mission lui révle cependant certains mystères et son patron ne tardera pas à lui avouer que son poste n’est qu’une couverture et qu’il a en fait été engagé pour faire partie d’une organisation secrète le CFR, le Consortium de Falsification du réel, une organisation qui a pour but, comme son nom l’indique, de falsifier peu à peu la réalité en insérant dans divers documents et médias des informations erronés. Ainsi le jeune Sliv découvre vite par exemple que Laïka, la première chienne dans l’espace n’a jamais existé, et que cette info a été intelligemment placée par des agents du CFR sans que les autorités aérospatiales soviétiques aient pu les démentir. Et les travaux du CFR touchent tous les domaines que ce soit la science, l’art, la politique, l’économie… tout y passe et y est retravaillé pour être falsifié.Et le but du CFR ? C’est un grand mystère, et l’un des mieux gardés.
Pour Sliv, mais aussi d’autres jeunes recrues, la carrière dans le CFR sera des plus palpitantes, mais lorsqu’on travaille dans le secret et la clandestinité le danger n’est jamais loin, et personne ne sait encore jusqu’où tout cela les mènera.

Les falsificateurs, paru en 2007, est un roman de l’auteur franco-américain Antoine Bello nous contant l’ascension d’un jeune islandais dans une organisation secrète internationale qui a pour but de falsifier le réel. Premier tome d’une série de deux, ce roman sera suivi en 2009 par Les éclaireurs.
Ce roman surprend dès le départ par son idée. Alors que les sociétés secrètes sont bien à la mode en littérature en ces années 2000, Antoine Bello arrive à surprendre avec le CFR et ses implications dans l’histoire actuelle. Le fonctionnement du CFR, la constitution des dossiers ou scénarios, la falsification des sources d’informations et leur reprise dans le monde sont fascinantes. Le lecteur commence vite à douter de tout et s’étonne de page en page avec quelle facilité tout révision historique peut être facile, chose qui a d’ailleurs souvent été faite par tel ou autre régime au cours de notre histoire. Le tout peut ainsi paraître passionnant mais Antoine Bello tombe vite dans le piège que peut représenter une bonne, voire trop bonne idée. Ainsi l’auteur s’évertue sur des pages et des pages à décrire les différents mécanismes de fonctionnement du CFR au dépens de ses personnages trop peu travaillés, trop schématiques et aux évolutions pas toujours claires, et d’une quelconque intrigue qui a du mal à prendre. Y a-t-il même une réelle intrigue ? Du suspense ? Le but ne semble que de nous faire découvrir le CFR et ses grands secrets… c’est intéressant, mais alors cela aurait pu être un peu plus court aussi. Et au-delà du contenu ce qui frappe également est l’absence totale de style, donnant une écriture d’un plat absolu. De nombreux dialogues, parfois très longs où l’on voit un personnage expliquer ses plans à l’autre sont presque toujours sans vie et deviennent vite ennuyeux.

Les falsificateurs d’Antoine Bello aurait pu être un bon roman, mais hélas il en est loin. Reste tout de même un sujet bien intéressant qui fera que je me laisserai tout de même bien tenter par sa suite.

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Extrait : les premières pages

« Félicitations, mon garçon, dit Gunnar Eriksson en me regardant parapher mon contrat de travail. Voilà qui fait de vous l'un des nôtres. »

Je rangeai mon exemplaire du contrat dans ma sacoche en me réjouissant encore une fois de la tournure qu'avaient prise les événements dernièrement. Quinze jours plus tôt, j'avais été à deux doigts d'accepter une proposition qui eût fait de moi l'adjoint du directeur export d'une conserverie de Siglufjördhur (1815 habitants sans compter les ours). Le recruteur m'avait vanté le dynamisme du secteur et les perspectives d'évolution. Le salaire, misérable, ne devait surtout pas m'effrayer, les occasions de le dépenser étant de toute façon inexistantes.

Tant ma mère que la responsable du bureau de placement de l'Université de Reykjavík où j'avais obtenu mes diplômes me poussaient à accepter une offre qui, disaient-elles, ne se représenterait peut-être pas d'ici longtemps. Il faut dire qu'en ce mois de septembre 1991 le marché de l'emploi n'était guère brillant pour un diplômé en géographie de vingt-trois ans. La première guerre du Golfe avait plongé l'économie mondiale en récession et les entreprises embauchaient à l'époque plus volontiers des experts en restructuration que des géologues ou des cartographes.

Heureusement, le matin du jour que je m'étais fixé comme limite pour arrêter ma décision, je tombai sur une annonce qui paraissait écrite pour moi. « Cabinet d'études environnementales cherche chef de projet. Formation supérieure requise en géographie, économie ou biologie. Première ou deuxième expérience. Poste basé à Reykjavík. Voyages. Salaire compétitif. Adressez votre candidature à Gunnar Eriksson, directeur des Opérations, cabinet Baldur, Furuset & Thorberg. »

Bien décidé à saisir ma chance, j'avais porté en personne mon curriculum vitae à l'adresse indiquée. À ma grande surprise, la réceptionniste avait appelé Gunnar Eriksson, qui avait proposé de me recevoir aussitôt. J'acceptai bien volontiers, en m'excusant toutefois pour ma tenue, guère appropriée pour un entretien d'embauche.

« Bah, avait rétorqué Eriksson en m'invitant à le suivre, je me fiche de votre tenue comme de ma première aurore boréale. »

C'était une remarque étonnante de la part de quelqu'un qui accordait lui-même autant d'attention à sa mise. Je n'ai jamais vu quelqu'un être à la fois aussi bien habillé et si constamment dépenaillé. Il me semblait que si je portais un jour des chemises monogrammées, j'éviterais de les laisser sortir de mon pantalon.

Eriksson m'avait conduit à son bureau. À la vue sur le port de Reykjavík dont on y jouissait, j'avais compris que le poste de directeur des Opérations n'était pas seulement honorifique. Panneaux lambrissés, éclairage reposant, épais tapis et même une cheminée, on y trouvait tous les attributs du luxe à la mode islandaise. Eriksson avait pris place dans un élégant fauteuil chocolat au cuir savamment fatigué en me faisant signe d'en faire de même.

« Vous vous demandez peut-être en quoi consiste notre métier, avait-il entamé. Vous voulez la version avec ou sans chichis ?

- Les deux, je suppose, avais-je répondu, un peu désarçonné par cette entrée en matière.

- Commençons par la version officielle, que vous trouverez dans la plaquette de notre cabinet. Chaque projet de construction d'infrastructures s'accompagne immanquablement d'une ou de plusieurs études environnementales. Avant de bâtir un barrage, de tracer une autoroute ou de détourner un cours d'eau, on tente de mesurer l'impact de l'intervention humaine sur l'écosystème. Le promoteur doit pouvoir garantir à la collectivité que la construction respectera la faune, la flore et même parfois l'équilibre démographique local. Vous me suivez ?

- Jusqu'ici, cinq sur cinq.

- Bien entendu, nos études ne constituent pas une fin en soi, avait-il continué. Le plus souvent, elles représentent le point de départ d'un débat nourri et fécond entre les promoteurs, les gouvernements et les associations écologistes.

Il s'était arrêté et m'avait regardé d'un air narquois.

« Merveilleux, non ? Voyons si vous êtes capable de brosser le reste du tableau. »

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Présente édition : Editions Folio / Gallimard, 22 mai 2008, 588 pages

Voir également :
- Go Ganymède ! - Antoine Bello (1996), présentation
- Les éclaireurs - Antoine Bello (2009), présentation

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