mardi, 31 mai 2011

Les déportés du Cambrien (Hawksbill Station) – Robert Silverberg – 1968

robert silverberg, litterature americaine, science-fiction, voyages dans le tempsDurant les années 2020 le gouvernement américain a trouvé un moyen tout à fait original pour se débarrasser de ses opposants politiques. Ils les déportent loin, très loin de chez eux, mais non pas géographiquement, mais dans le passé. Le Marteau, ce gigantesque piston à refouler dans le temps , dépose tous les prisonniers politiques dans le Cambrien, à des centaines de millions d’années d’ici. De là-bas ils ne pourront plus revenir et de plus ils ne pourront avoir d’influence sur l’avenir. Mais comment survivre dans un monde où la vie n’a pas encore quittée les océans et surtout un monde dans lequel ces survivants n’ont à jamais plus aucun avenir. Hawksbill Station, tel est le nom de ce campement cambrien, est gouverné par un roi sans couronne, Jim Barrett, qui tente tant bien que mal de gérer cette communauté d’un peu plus d’une centaine de personnes en proie à la folie et au désespoir tout en accueillant du mieux qu’il peut les nouveaux venus. Une drôle de routine s’est mise en place dans cette drôle de prison jusqu’au jour où est déporté parmi eux le dénommé Lew Hahn, un jeune homme taciturne et peu bavard et qui ne ressemble en rien à prisonnier politique. Pourquoi a-t-il été condamné ? Le gouvernement commencerait-il à envoyer d’autres types de prisonniers ? Des plus dangereux ? Ou alors et-il là dans un tout autre but ?
Tout en observant ce nouveau venu Jim Barrett repense à son passé d’activiste tantôt révolutionnaire, tantôt contre révolutionnaire, son cheminement qui l’a conduit jusqu’à Hawksbill Station et s’interroge sur le châtiment cruel dont lui et ses camarades ont été victimes. Tout cela valait-il réellement la peine ? Et que reste-t-il comme avenir pour ces déportés du Cambrien ?

Paru en 1968 et traduit en français dix années plus tard le court roman Les déportés du Cambrien de la part du très prolifique auteur américain de science-fiction Robert Silverberg nous fait vivre une belle histoire, bien poignante, d’un jeune activiste à travers le temps jusqu’à son châtiment qui donne lieu à une belle réflexion sur la survie d’une société totalement isolée dans un environnement hostile. Bref, y sont traités à la fois des aspects sociologiques et psychologiques, que ce soit par l’isolement et la lente déchéance des prisonniers condamnés à perpétuité ou par les souvenirs et désillusions du révolutionnaire Jim Barrett qui malgré les causes communes fortes a vu  les individualismes ronger le tout jusqu’à conduire à la trahison. Silverberg y livre aussi une belle réflexion assez cynique sur le militantisme et son évolution dans le temps, en effet Jim Barrett, même lorsque son camp l’emporte se sent obligé de se remettre dans l’opposition, un peu comme si l’ordre établi constituait un problème rien que par sa présence et non pas par sa nature. Et peut-être qu’un personnage comme Jim Barrett trouvera sa satisfaction là où on l’attend le moins. Finalement le sujet de ce roman n’est pas tant que ça cette société du futur, ses activités politiques et ses méthodes de répression mais plus la psychologie et l’évolution de ce Jim Barrett dans les aspirations révolutionnaires duquel tout le monde se retrouvera quelque peu.
Le tout est bien mené, sans superflus ni temps morts et Silverberg réussit à bien nous emporter dans son histoire. Quelques erreurs scientifiques existent quant à la description de l’ère cambrienne, mais s’agît-il de raccourcis pris par l’auteur ou alors de méconnaissances répandues à l’époque de l’écriture ?

Bref Les déportés du Cambrien de Robert Silverberg est un roman de science-fiction bien mené, assez poignant et riche en réflexions mais peut-être pas non plus un grand chef-d’œuvre.

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com

Présente édition : traduit de l’anglais par Guy Abadia, éditions Le Livre de Poche, 17 avril 2002, 192 pages

Voir également:
- The Thirteenth Immortal - Robert Silverberg (1956), présentation
- Au temps pour l'espace (Starman's Quest) - Robert Silverberg (1956), présentation
- Stepsons of Terra (aka. Shadow on The Stars) - Robert Silverberg (1958), présentation
- Regan's Planet - Robert Silverberg (1964), présentation
- Ceux qui veillent (Those Who Watch) - Robert Silverberg (1967), présentation
- L'oreille interne (Dying Inside) - Robert Silverberg (1972), présentation
- En un autre pays (In another Country) - Robert Silverberg (1988), présentation et extrait
- Le retour des ténèbres (Nightfall) - Isaac Asimov et Robert Silverberg (1990), présentation

Commentaires

L'oreille interne a longtemps été un de mes livres préférés!

Écrit par : Marc | mercredi, 23 novembre 2011

Les commentaires sont fermés.