jeudi, 17 mars 2011

Dortoir interdit - Serge Brussolo - 2009

Serge Brussolo, dortoir interdit, agence 13, les paradis inhabitables, Guerre de Secession, litterature francaise, thrillers, romans policiersLorsque la jeune décoratrice Mickie Katz se fait embaucher par l’Agence 13 elle ne se doute pas encore que sa première mission va la mener droit en enfer.
Travailler pour l’Agence 13 a été en quelque sorte une contrainte. Pleine de talent Mickie Katz a été accusée de vol par son ancien patron et a vu sa réputation ruinée. Pour elle donc guère plus de choix que de travailler pour cette agence qui a pour but de réhabiliter et de décorer des lieux où se sont produits des drames sanglants.
Et son premier client est Thobias Zufrau-Clarckson, un milliardaire qui a racheté une base militaire dans laquelle il veut faire rénover un immense bunker anti-nucléaire qui voilà une quarantaine d’année a été le théâtre d’une expérience qui se termina dans un bain de sang. Pour Zufrau-Clarkson cet abri sera le refuge idéal pour lui et sa famille, ainsi que son armée privée en cas d’un conflit futur. Car en effet ce milliardaire se croit habité par le fantôme d’un colonel sudiste mort au champ d’honneur, et depuis il entraîne une bande de mercenaires pour préparer la revanche sudiste envers les confédérés qui dirigent depuis la Guerre de Sécession le pays.
Bref Zufrau-Clarkson est au bord de la folie. Et lorsque Mickie Katz arrive sur place elle constate avec terreur le monde reclus empris à la folie que s’est créé ce milliardaire dans cette base militaire, un univers sous tension qui ne tardera pas à couler dans un véritable carnage...


Dortoir interdit du prolifique écrivain français Serge Brussolo est le premier tome d’une série d’aventures, Agence 13 : les paradis inhabitables, ayant pour point central l’Agence 13 et le personnage de Mickie Katz, des aventures cependant parfaitement indépendantes les unes des autres.
Ce roman est tout simplement étonnant et très prenant d’un bout à l’autre. On y retrouve toutes les obsessions de Brussolo, que ce soit les lieux hantés, les héroïnes meurtries par un passé trouble, des milliardaires fous... et toutes parfaitement amenées dans une histoire qui ne cesse de surprendre. Et comme toujours chez Brussolo on n’est jamais sûr de rien et surtout impossible de prévoir jusqu’où il va mener son lecteur. Et tout cela décrit dans son style inimitable. 
Hélas ce roman-ci, contrairement à d’autres plus semblables, se perd un peu entre les différents sujets traités, que ce soit les fantômes de la guerre de Sécession ou alors la tragédie du bunker anti-nucléaire, deux éléments que moyennement liés.

Il n’empêche que Dortoir interdit est un bon Brussolo, peut-être pas le meilleur, mais est très bon quand même.

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Extrait : premières pages

Prologue :

N’étant pas écrivain, j’ai raconté l’aventure qui suit avec mes propres mots, selon l’expression en usage dans les tribunaux. De culture franco-américaine, j’ai tendance à user fréquemment de termes anglo-saxons. Je souhaite qu’il ne m’en soit pas tenu rigueur, c’est ainsi que je m’exprime. Je n’ai pas cherché à faire œuvre littéraire. Ceci est un témoignage, pas une fiction. Il importe avant tout, pour moi, que les faits que je vais exposer ne tombent pas dans l’oubli.

Bien à vous.

Michelle Annabella Katz

Orages souterrains

Mon père était un criminel en fuite ; c’est du moins ainsi que ma mère m’a toujours présenté la chose. Les soirs où elle était en veine d’élan maternel elle m’expliquait, en chuchotant, que Daddy avait fait partie du Weather Underground. C’était l’un de ces weather men qui, à une époque lointaine, avait fait trembler le gouvernement des Etats-Unis en prônant la guerre civile. J’avais six ans. Ce Weather Underground levait dans mon imagination de gamine des images de tempêtes souterraines, d’ouragan dévastant les égouts d’une vielle et faisant s’effondrer ses immeubles.

Mon père - j’ignore quel nom il portait alors - avait fui les USA deux secondes avant que le FBI ne lui mette la main au collet. A partir de là, il s’était fondu dans la nature sauvage, les déserts glacés, là où aucun agent fédéral n’aurait le cran de venir le chercher. Il fut aidé en cela par ses capacités physiques et un talent tout particulier : c’était un grimpeur hors pair, un alpiniste de première force. Pour survivre, il devint guide de haute montagne et s’en alla exercer son métier à l’autre bout du monde. Il se faisait payer fort cher pour traîner des hommes d’affaires japonais au sommet du Chimborazo, de l’Aconcagua, du Kibo, du Godwin Austen ou du Nanda Devi.

Ma mère, Anne Katz, le rencontra lors d’une excursion. Elle était française mais vivait en Suisse. Récemment sortie des Beaux-Arts, elle écrivait des contes pour enfants qu’elle illustrait elle-même. C’était une remarquable dessinatrice, mais qui vivait hors du réel, dans un monde peuplé de nains, de fées, de licornes, et autres sucreries qui m’enchantaient lorsque j’étais gosse. Elle avait peint sur les murs de son bureau une fresque représentant un paysage de châteaux médiévaux, et de vallons embrumés où des légions de gnomes s’affrontaient en un combat incertain. Assez curieusement, cet univers imaginaire semblait avoir pour elle plus de consistance que celui au sein duquel elle se mouvait. Je l’ai vue pleurer lorsqu’elle se voyait contrainte de faire mourir l’un de ses personnages, et cela alors même qu’elle accordait une attention distraite aux accidents dont j’étais victime (jambe cassée, péritonite, traumatisme crânien, j’en passe…). C’était assez étrange, pour une fillette d’une dizaine d’années, d’être en concurrence avec des individus n’existant que sur le papier. Souvent, je me glissais dans son atelier pour observer mes ennemis dont les visages me narguaient au centre des feuilles punaisées sur la table à dessin. Je devais lutter contre l’envie de les barbouiller de peinture noire. Je n’ai jamais osé, bien sûr. Mon instinct me soufflait qu’un tel acte plongerait ma mère dans l’hystérie, voire la démence, et qu’elle n’hésiterait pas une seconde à me balancer au fond du puits.

Je n’avais pas confiance en elle. Elle était d’humeur trop changeante. Deux femmes l’habitaient, deux copropriétaires irréconciliables : la bonne fée, et Carabosse la sorcière. Au fil des heures, et sans qu’on sache pourquoi, elle devenait l’une ou l’autre, et le paradis devenait cauchemar. C’était assez déstabilisant. Je crois qu’elle se laissait posséder par ses personnages, sans même en avoir conscience. Bonne fée, elle répandait douceur et tendresse ; sorcière, elle devenait méchante, injuste et intolérante. Il en fallait jamais la déranger lorsqu’elle travaillait dans l’atelier. Penchée sur la planche à dessin, elle entrait en transe. La maison aurait flambé qu’elle ne s’en serait nullement aperçue.

Peu à peu, j’ai appris à subsister en marge, sans me faire repérer, en passagère clandestine de ma propre demeure. 

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Présente édition : Editions Pocket, 10 novembre 2010, 345 pages

Voir également :

Trajets et itinéraires de l’oubli – Serge Brussolo (1981), présentation et extrait
Bunker - Serge Brussolo (1985), présentation
Les emmurés - Serge Brussolo (1990), présentation
Boulevard des banquises - Serge Brussolo (1990), présentation
- Le livre du grand secret - Serge Brussolo (1999), présentation
- Baignade accompagnée - Serge Brussolo (1999), présentation
La Princesse noire - Serge Brussolo (2004), présentation
-
 La mélancolie des sirènes par trente mètres de fond - Serge Brussolo (2004), présentation
La maison des murmures - Serge Brussolo (2005), présentation
- L'héritier des abîmes - Serge Brussolo (2009), présentation
- Le vestiaire de la reine morte - Serge Brussolo (2010), présentation
Ceux d'en bas - Serge Brussolo (2010), présentation
Le Chat aux yeux jaunes - Serge Brussolo (2011), présentation

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