jeudi, 03 février 2011

La semaine où Jérôme Kerviel a failli faire sauter le système financier mondial : Journal intime d'un banquier - Hugues Le Bret - 2010

hugues le bret, jerome kerviel, la semaine ou jerome kerviel a failli faire sauter le systeme financier mondial, journal intime d'un banquier, crise financiere essais politiques, la societe generaleLe 24 janvier 2008 le président de la banque La Société Générale annonce aux médias qu’une fraude portant sur plus de 4 milliards d’euros a été découverte. Cette fraude a été l’oeuvre d’un seul trader de la banque, un dénommé Jérôme Kerviel, qui avait pris des positions secrètes pour 50 milliards d’euros, soit 1,7 fois le montant des fonds propres de la banque. En janvier 2008, la crise économique s’annonçait déjà et si une semaine avant ce 24 janvier 2008, la banque ne s’était pas rendu compte de cette fraude, elle aurait perdue bien plus que ces 4 milliards au risque de faire sauter tout le système financier mondial, plongeant toute la société dans une crise économique sans précédente. Il a donc fallu une semaine pour corriger le tir, à l’abri des médias, des politiques aussi, une semaine où tout aurait pu arriver.
Hugues Le Bret, un ancien journaliste devenu directeur de communications à la Société Générale nous raconte exactement ce qui s’est passé durant cette semaine dans son passionnant livre La semaine où Jérôme Kerviel a failli faire sauter le système financier mondial : Journal intime d'un banquier. Comment cette crise inédite a été découvert, réglée, à quels coûts, notamment humains, et ses conséquences par après. La fraude était d’une telle importance qu’il fallait garder le secret afin de ne pas paniquer les marchés. Mais comment gérer tout cela, et surtout le monde politique. L’Elysée et son petit président de l’époque, incapable de comprendre les enjeux de l’affaire ni de gérer une crise, ne pardonneront d’ailleurs jamais à la Société Générale d’avoir été tenu à l’écart et comploteront ensuite avec la BNP Paribas, dont le directeur est un proche de Mr Sarkozy, en vue d’une OPA sur cet ancien fleuron bancaire. Et comment gérer les médias, dont la plupart ne rêvent que de faire leur gros titres en s’attaquant à un monstre financier du style de la Société Générale. Cette même BNP Paribas, à l’aide de l’un de ses agents de communication, fera tout son possible pour donner l’ image d’une victime du système à Jérôme Kerviel, un homme irresponsable et totalement déconnecté de la réalité et qui à aucun ne comprenait la valeur des milliards en jeu. Mais même à l’intérieur de la banque les menaces existaient, certains membres du management commençant à comploter afin de prendre les rênes de la société à la fin de la crise.
Au moment où Le Bret écrit ce livre, il ne travaille déjà plus pour la Société Générale, ainsi que de nombreux autres membres du management de la banque. Et ce livre, au-delà de l’essai sur un sujet d’actualité est un texte véritablement palpitant, poignant du début à la fin, et qui nous conte le tout au jour le jour, heure par heure, minute par minute, un journal presque intime qui prend rapidement des allures de thriller. Et Le Bret y décrit tout : les décisions prises bonnes ou mauvaises, l’évolution des personnages clefs de l’affaire, et tout cela aux prises avec le milieux médiatiques et politiques prêt à tout pour faire leur beurre sur ce scandale.
On peut évidemment se poser des questions sur l’objectivité de l’auteur par rapport à cette affaire. Quelque part il innocente cette banque, y défend la plupart de ses membres et employés, mais il donne aussi l’image d’une institution superpuissante qui aurait pu disparaître du jour au lendemain entraînant avec elle toute l’économie mondiale, et cela dû uniquement à un seul de ses traders qu’elle a été complètement incapable de contrôler. Tout cela n’est guère rassurant. Mais à chacun de faire son opinion.

Bref, même si l’on peut discuter de la partialité de ce livre, il n’empêche qui se lit d’une traite, tel un thriller, nous offrant une incursion unique à l’intérieur de l’une des plus grosses crises économico-financières de ses dernières années.

A lire !

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Extrait :

Dimanche 20 janvier 2008, 13 h 14.

- Il nous faudra six ou sept jours pour couvrir une position aussi énorme, plus le coût du débouclage, s'angoisse Jean-Pierre [Mustier, patron de l'activité banque d'investissement. NDLR].

- Il sera impossible de tenir aussi longtemps sans qu'il y ait de fuite : combien de personnes sont au courant ? demande Philippe [Citerne, numéro deux de la Société générale. NDLR].

- Une quinzaine d'auditeurs internes, mais seuls deux ont la photographie globale, il y a aussi la ligne hiérarchique du trader, soit cinq personnes, plus nous sept, récapitule Jean-Pierre.

- C'est trop. Ce sera public en moins de 24 heures, le débouclage se verra dans la salle des marchés.

- Si les indices dévissent de 20 % cette semaine, nous sommes morts, dit Daniel [Bouton, PDG de la Société générale. NDLR].

- La perte finale dépendra du déroulement des opérations de débouchement, reprend Jean-Pierre.

- 10 milliards de trou, cela provoquera une crise de liquidité énorme, s'angoisse le directeur des risques. La perte de confiance entraînera tout le secteur. Le coût du refinancement sera gigantesque. Les gens prendront peur, ils voudront tous récupérer leurs avoirs, les marchés vont s'effondrer, il y aura des queues dans la rue : ce sera la panique de Northern Rock puissance dix, pire que 1929 ! Nous sommes prêteurs et emprunteurs de liquidités chaque jour de plusieurs dizaines de milliards d'euros sur le marché interbancaire. Si nous perdons la confiance des autres, nous nous effondrerons.

- Notre liquidité est couverte pour cinq semaines, se rassure Jean-Pierre.

Daniel le coupe :

- Dans ces conditions, cela ne pèse rien. C'est un choc systémique !

J'entends ce mot pour la première fois. Systémique. Il deviendra tristement à la mode lors de la crise bancaire de l'automne 2008 et de la crise de la dette grecque au printemps 2010. Daniel reprend, sur le même ton implacable :

- L'action Société générale va s'effondrer en quelques minutes. Elle sera suspendue. Le gouverneur de la Banque de France appellera la Banque centrale européenne à Francfort. Les banques centrales annonceront des injonctions massives de liquidités, sans limites, mais les clients perdront confiance. Ils formeront des fi les d'attente devant nos agences en France et à l'étranger où nous avons 20 millions de clients. Nous ne pourrons y faire face. Les clients des autres banques prendront peur et feront de même. Nous sommes très mal. Le château de cartes va s'effondrer !

Silence lugubre dans le bureau du dernier étage de la tour Valmy. Cela dure trente énormes secondes. Je regarde les visages déconfits, blêmes, catastrophés. J'ai peur. Comme les autres. Le stress se lit dans chaque geste, chaque regard. Personne n'arrive à le masquer. Je n'ai pas envie d'être là Je me demande ce que je suis venu faire dans cette galère. Pourquoi dois-je écouter tout cela ? Pourquoi moi ? Je préférerais ne pas savoir. J'aurais mieux fait de rester journaliste.

- Dommage, c'était une belle banque, laisse tomber Daniel.

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Présente édition : Editions Les Arènes, 7 octobre 2010, 333 pages

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