mercredi, 08 décembre 2010

Le Tempestaire, tome 2 : Les Flibustiers du Vent - Johan Heliot - 2010

bibliotheca le tempestaire les flibustiers du vent.jpgJed et ses compagnons fuient Rédemption. Les Naufrageurs ont été éliminés par Monsieur Chandaigne, embauché par les Directeurs de la Compagnie, mais il n’a pas pu tuer Jed, qu’il a reconnu comme un élémentaire. La Matrone, l’antique créature tempestaire et Haggis sont morts.
Accompagné de Kerlan le marin, Nunno, l’ex-Chien de guet, Edwyn, Isiane et Naït rejoignent la cité corsaire de Maloïnn où ils persuadent Pellot, le premier Lieutnant du Fringuant de les laisser monter à bord. Mais nos jeunes héros ne sont encore guère débarrassés de leurs ennemis. A Rédemption Morrow, qui a pris la place de Haggis, compte bien se venger. il s’associe à Monsieur Chandaigne qui, lui aussi, compte bien mener à bien la mission confiée par les Directeurs.
Entre tempêtes et attaques corsaires, l’équipée doit fuir de menaces en menaces et ne se doute pas un seul instant que la pire d’entre elles vient de réveiller : l’Aergys. Elle ouvre une brèche dans l’espace à destination de l’Archipel. Flibustiers, esprits et morts vivants s'affrontent dans ce dédale d'îles et d'îlots où règne encore l'ancienne magie. C'est également là que se trouve la clé du mystère des origines du tempestaire... 

Le Tempestaire, tome 2 : Les Flibustiers du Vent de l’écrivain français Johan Heliot fait directement suite au tome précédent La Confrérie des Naufrageurs (2010) dans ce même univers situé quelque part entre fantasy et science-fiction. On y retrouve ainsi le personnage du Tempestaire accompagné de ses amis dans de nouvelles aventures qui cette fois les porteront à défis les dangers de la mer en proie aux corsaires et flibustiers, mais aussi à la magie et aux univers parallèles. Le tout est très passionnant, original et flamboyant,  d’autant plus que l’on en apprend davantage sur nos jeunes héros. Ainsi il est question de l’existence d’une tribu des élémentaires dont Jed porterait la marque, un secret caché dans l’Archipel et bien d’autres choses. De nouveaux personnages sont introduits et d’autres dons et pouvoirs sont décrits. Et le tout est parfaitement construit sur base de multiples aventures et péripéties dans un univers si différent et fascinant.

Courses-poursuites, tempêtes, batailles navales... tout y est pour faire de Les Flibustiers du Vent, ce deuxième tome du Tempestaire une belle réussite de la littérature jeunesse francophone.

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Extrait : premier chapitre

Chapitre 1

Entre les murs de Désespérance

La douleur réveilla monsieur Chandaigne. Il avait l’impression qu’un feu brûlait dans son cœur et ses poumons, ainsi que sous son crâne. Par réflexe, il tâtonna à la recherche d’une fiole de potion mais ne trouva rien à sa portée. Il prit alors conscience qu’il avait été presque entièrement déshabillé et allongé sur un bat-flanc à même le bois rugueux. On l’avait donc emprisonné, constata-t-il, amer. Au moins était-il toujours en vie, chercha-t-il à se rassurer. Mais pour combien de temps encore ? C’était toute la question…

Faute de soin, la maladie n’allait pas tarder à l’emporter vers l’En-Bas. À moins que ses geôliers s’en chargent avant elle. Quoi qu’il en fût, monsieur Chandaigne ne s’imaginait pas d’autre option. Cela acquis, il n’avait plus aucune raison de s’inquiéter. Seule l’incertitude nourrit le doute – une leçon apprise à la lecture des philosophes, ses plus chers amis des années passées. Il allait regretter leur fréquentation, mais savait-on jamais, peut-être s’en trouverait-il dans le Royaume d’En-Bas, prêts à lui tenir conversation ? L’éternité de la mort serait alors une épreuve moins dure à supporter.

Portant la main à son front, il ne fut pas étonné de la ramener poisseuse de sueur et de sang. Le mal progressait. Les forces du tireur émérite l’abandonnaient goutte après goutte, expulsées de son corps par le poison inoculé toute sa vie durant. L’alliage de métal utilisé pour la confection de ses balles en était la cause. Le don qui lui permettait de les diriger vers leur cible avait facilité l’absorption, scellant le sort de monsieur Chandaigne. Chaque fois qu’il ôtait une vie, il se rapprochait de sa propre fin. Avec la tournure d’esprit adéquate, on aurait pu croire à une sorte de justice, la manifestation d’un équilibre cosmique ou toute autre fadaise du même type. Mais ce n’était pas la manière de penser du chasseur d’hommes. Lui préférait y voir l’ironie de l’univers qui attribuait à certains un talent de grande valeur tout en en condamnant l’usage.

Il parvint à se mettre debout et entreprit d’explorer sa cellule. Les murs suintaient d’humidité. Une mousse verdâtre, piquetée de taches grises, recouvrait une partie de la pierre. La lumière du jour s’infiltrait par une étroite meurtrière, inaccessible. Il aurait fallu se hisser sur la pointe des pieds, juché sur le batflanc, pour espérer l’atteindre. Monsieur Chandaigne se savait incapable d’un tel effort. Il n’essaya même pas. Le nez levé au ciel, il se contenta d’inspirer une profonde bouffée d’air frais afin d’apaiser quelque peu l’incendie dans sa poitrine. L’odeur de la mer lui apporta des souvenirs d’embarquement et de longues traversées. Ainsi, sa prison s’élevait non loin du rivage.

Tendant l’oreille, il perçut les criaillements des mouettes et, de façon moins évidente, la rumeur continue du ressac. Des vagues se brisaient tout près de là, peut-être au pied même de la forteresse. Monsieur Chandaigne ne connaissait pas bien la géographie de Rédemption. Il savait que chaque quartier de la cité possédait sa maison de force, financée par les habitants, mais ignorait  laquelle appartenait aux gens de mer. En toute logique, il aurait dû être enfermé dans le Quartier Gueux, car c’était là qu’on l’avait capturé alors qu’il s’efforçait de couvrir la fuite du jeune tempestaire et de ses compagnons, harcelés par une foule excitée. Pourquoi l’avait-on transporté hors de la vieille ville ? Voilà qui méritait réflexion. Monsieur Chandaigne se rassit. Il parvenait à tenir la souffrance suffisamment éloignée pour ne pas interrompre ses cogitations. L’exercice n’avait rien d’agréable. C’était comme tenter de repousser les assauts d’un fauve affamé qui sans cesse revenait à la charge. Tôt ou tard, la bête finirait par l’emporter et lui sauter à la gorge. En attendant, le tireur ne pouvait que se livrer à l’art délicat de la supputation.

Quel était le point commun entre Jed, l’apprenti tempestaire, et le monde de la mer ? La réponse tenait en un mot, synonyme de pouvoir et de richesse : la Compagnie. Ses Directeurs avaient embauché monsieur Chandaigne pour mettre la main sur le garçon et procéder à l’élimination des Naufrageurs qui lui avaient accordé leur protection. S’il s’était acquitté de la seconde partie de sa mission, il avait finalement décidé de ne pas aller au bout de la première. Car il avait découvert la nature de Jed : celui-ci portait sur la nuque la marque des Élémentaires, dissimulée sous une avalanche de cheveux clairs, presque blancs – un détail qui changeait la donne.

De nombreuses saisons plus tôt, avant que la maladie ne se déclare, Chandaigne avait vécu ses plus belles années dans différentes îles de l’Archipel.

Il n’était alors guère plus âgé que Jed aujourd’hui.

Une légende commune aux peuples autochtones attribuait à la tribu des Élémentaires une puissance telle que longtemps après sa disparition elle faisait toujours l’objet d’un immense respect et d’une crainte encore plus forte. Certains vouaient un culte secret aux Élémentaires, malgré l’interdiction des sectes officielles. Déjà curieux de tout, Chandaigne avait assisté à quelques rituels prohibés. Il avait été impressionné par la ferveur des fidèles, qui les conduisait jusqu’à la transe, et plus encore par l’objet de leur adoration : de simples sculptures en bois, taillées dans des troncs d’arbres peints de mille couleurs dont les traits bruts dégageaient une incroyable aura. En les examinant de près, il avait constaté que chacun des totems avait gravés au feu à la base du cou quatre points séparés par une égale distance. Telle était la marque des Élémentaires, lui avait-on expliqué. Un point pour chaque élément primordial – eau, air, terre et feu. Hormis cette marque, rien ne distinguait les membres de l’ancienne tribu à présent dispersée, perdue sans doute et oubliée, sauf de certains insulaires.

Monsieur Chandaigne se souviendrait toujours de sa rencontre avec les Élémentaires. En grandissant, il s’était efforcé d’accumuler les connaissances à leur sujet. Elles tenaient en quelques lignes dispersées au hasard des recueils de contes couchés sur le papier par une poignée d’érudits. Jusqu’à sa rencontre avec Jed, le tireur n’aurait jamais pensé voir la marque sur un être vivant – et surtout pas un enfant ! – hors de l’Archipel.

Un ferraillement de serrure annonça l’irruption d’un visiteur. Monsieur Chandaigne concentra son attention sur la porte piquée de gros clous à tête carrée. Il arrangea sa position, de manière à se tenir le plus droit possible. Il ne voulait pas qu’on le découvre affaibli et tremblant.

Un Chien du Guet entra d’abord, une lanterne à la main. Il effectua une rapide inspection de la cellule puis fit un signe à celui qui se tenait sur le seuil. Le jeune homme s’avança à son tour. Solidement bâti et élégamment vêtu, il donnait l’impression de tirer grand plaisir de sa présence en ces lieux. Monsieur Chandaigne le reconnut aussitôt qu’il prit la parole :

« Il s’en est fallu de peu que notre première rencontre soit aussi la dernière, dit-il en effleurant la cicatrice sur sa tempe.

- Je rate rarement mon coup. Tu as eu de la chance. »

Morrow esquissa un sourire.

« Je connais ta réputation. Elle me semble largement usurpée. » Il engloba d’un geste les murs lépreux de la prison. « Triste fin pour un homme tel que toi.

- Qui es-tu pour en juger, toi qui n’as pas encore vraiment vécu ? rétorqua monsieur Chandaigne. Je vois toujours l’enfant sous tes habits précieux… »

Le sourire se mua en rictus. Morrow congédia le Chien du Guet avant de conseiller sur un ton menaçant :

« Si j’étais à ta place, je m’épargnerais les sarcasmes, surtout face au nouveau bourreau de la Compagnie.

- Mes félicitations pour cette promotion, se moqua monsieur Chandaigne. Mais je croyais que tu avais pris la place de Haggis ? »

Il se souvenait du discours tenu depuis le balcon de la Maison du Maître des Innocents. Haggis avait été tué. Son élève le plus doué le remplaçait.

« C’est exact, confirma Morrow. Mais il faut bien se distraire, aussi ! Et je dois avouer que je possède les capacités requises pour occuper la fonction de bourreau en l’absence de maître Borguigne. Oh, je n’ai guère de mérite… J’aime faire couler le sang. Je dois tenir ça de mon père…

- Tu as fait le déplacement juste pour m’annoncer la nouvelle ? Si tu as autre chose à dire, viens-en au fait, je te prie. Le reste ne m’intéresse pas. »

Le dédain affiché par le prisonnier piqua Morrow au vif – ce qui était bien l’effet escompté.

« Tu seras moins fier une fois que j’aurai commencé à te dépecer en place publique !

- Ça me paraît évident », souligna monsieur Chandaigne en réprimant un bâillement.

Morrow fut soudain sur lui, le poing serré autour de son cou. Le tireur n’avait rien vu venir. Comment avait-il fait pour se déplacer aussi vite ?

« Je pourrais te tuer ici, tout de suite, mais ça ne serait pas drôle. Toutefois je veux que tu saches qu’il faut me prendre au sérieux ! »

Il écumait, littéralement, crachant ses postillons au visage de Chandaigne. Ce dernier avait de plus en plus de mal à respirer. Il puisa dans ses ultimes réserves d’énergie pour prononcer les mots suivants, les arrachant à la douleur :

« La mort… n’est pas… une chose… sérieuse. Tu es… trop jeune… pour le… comprendre. »

L’autre poing de Morrow  s’abattit avec une violence inouïe sur le mur, tout près du crâne du tireur.

Il semblait incapable de maîtriser la rage qui bouillonnait en lui.

« Laisse-moi t’expliquer ce qui t’attend demain, reprit-il d’une voix vibrante de colère. Les Directeurs ont décidé d’offrir un spectacle aux citoyens de Rédemption. La foule a besoin de distraction après les événements des derniers jours. Et aussi d’un exemple. Chacun doit voir ce qui arrive quand on trahit la Compagnie ! »

*

Les ténèbres empêchaient de prendre toute la mesure du cachot. Une épouvantable odeur de déjections imprégnait l’air ambiant. Des ombres vives et nombreuses se mouvaient derrière les piliers de soutènement. Peut-être s’arrangeaient-elles pour s’approcher sans bruit du nouveau venu. Mais de telles précautions étaient inutiles car il ne pouvait pas les entendre. Néanmoins, Pucket se tenait sur ses gardes, les poings serrés, prêt à défendre sa peau. Un bourdonnement emplissait son crâne depuis qu’il s’était crevé les tympans pour  échapper à l’emprise du Maître des Innocents. Le sang coagulé avait formé un bouchon dans ses oreilles, l’isolant définitivement du monde extérieur. Lorsque les Mirliflores l’avaient vendu aux Chiens du Guet, la scène lui était apparue aussi irréelle qu’un spectacle de lanterne magique, rien qu’un jeu de mouvements muets, une histoire sans paroles. Il y avait eu tractation, négociation, de l’argent avait circulé de la main à la main, on l’avait malmené et on lui avait craché au visage, mais le grand garçon était demeuré imperturbable. Même la douleur lui avait semblé  appartenir à quelqu’un d’autre. Après l’assassinat de Haggis, rien ne pouvait plus l’atteindre.

C’était du moins ce qu’il croyait jusqu’à ce qu’on le jette dans ce cul-de-basse-fosse de la Désespérance. Le nom désignait à la fois l’îlot et la forteresse pénitentiaire qui y élevait ses sinistres murailles battues par les vagues et les vents soufflés du large. Propriété de la Compagnie, la Désespérance était comme un navire de pierre perpétuellement à l’ancre, à bord duquel croupissait un équipage de laissés-pour-compte. Marins et dockers chapardeurs ou indisciplinés, officiers désobéissants ou armateurs concurrents, tous avaient en commun de s’être attiré les foudres des Directeurs. Il n’y avait eu ni procès ni jugement, mais de lourdes peines étaient tombées – la perpétuité en règle générale : rares étaient ceux qui revenaient d’un séjour entre les murs de la Désespérance.

Pucket fit un pas en avant. Son instinct lui criait de ne pas montrer sa peur. Mais tant d’histoires horribles couraient dans Rédemption à propos de cet endroit qu’il fallait être fou pour ne pas craindre ceux qui l’habitaient. On prétendait que faute de nourriture, ils s’entre-dévoraient. Que la chair tendre des plus jeunes y était un mets fort prisé. Que pour survivre ici, il fallait devenir une bête et abandonner ses scrupules à l’entrée. Autant d’épreuves que Pucket était prêt à affronter sur le chemin de sa déchéance – il était après tout un meurtrier.

« Montrez-vous ! » gronda-t-il de sa voix basse et éraillée.

Il espérait avoir employé un ton suffisamment menaçant pour persuader ses adversaires de sa détermination à combattre. Difficile toutefois de s’en rendre compte noyé dans un océan de silence. Un mouvement attira son attention sur la droite.

Un petit groupe de prisonniers avait surgi de derrière un pilier. L’unique rayon de lumière tombé du trou percé dans le ciel de pierre permettait à peine de distinguer les contours des silhouettes efflanquées.

« Je vous préviens, dit Pucket, je ne me laisserai pas faire ! »

Cela n’eut guère d’effet. Les prisonniers se déployèrent pour l’encercler. À mesure que sa vue s’habituait à l’obscurité, Pucket discernait certains détails qu’il aurait préféré ne pas remarquer. Celui-ci n’avait qu’un bras, l’autre, le membre tranché au niveau de l’épaule, exhibait un moignon encore à vif ; celui-là avait la face à moitié dévorée par une prolifération de bubons et de cloques purulentes ; cet autre-ci rampait sur la paille pourrie, traînant derrière lui des jambes inutiles, odieusement tordues…

Un seul paraissait ne souffrir d’aucune infection et posséder la totalité de ses membres. Mais il était de petite taille et assez mince, si bien que Pucket le prit pour un nain. Il constata son erreur quand la lumière lui révéla ses traits.

« Corey ! C’est bien toi ? »

Pucket s’approcha prudemment de son ami. En quelques gestes, il lui fit comprendre qu’il avait perdu l’usage de l’ouïe. Corey l’observa sans réagir. Il avait changé. Il n’avait plus le même regard et ne souriait plus. Son expression demeurait curieusement figée, comme s’il ne maîtrisait  plus les muscles qui animaient ses lèvres. Pucket comprit qu’il avait dû en baver depuis sa capture par les Chiens du Guet, quelques semaines plus tôt.

« Que s’est-il passé ? » lui demanda-t-il.

Corey prit soin de bien articuler sa réponse.

« Je ne veux pas en parler. »

Pucket voulut poser la main sur son épaule, mais Corey recula.

« Non ! s’exclama-t-il. Il ne faut pas que tu… »

Il ne put en dire plus. Une main énorme s’était abattue sur son épaule. Elle appartenait à un prisonnier véritablement impressionnant, dont le sommet du crâne était aussi lisse qu’un œuf, dont il avait par ailleurs la forme. Torse nu, il laissait admirer la somme de ses tatouages étalés sur la moindre surface de peau. Le colosse était couvert de dessins des pieds à la tête. Rouges, bleues et noires,  les figures composaient un hallucinant bestiaire mêlé de créations macabres.

Pucket reconnut des crânes humains, des rapaces aux serres refermées sur des proies ensanglantées, des gargouilles ouvrant des gueules grimaçantes, parmi tout un tas d’autres animaux plus ou moins imaginaires. La créature la plus monstrueuse étalait ses traits grotesques à hauteur du cœur. L’espace d’un instant, Pucket eut la très désagréable impression qu’elle lui souriait.

« Il est à Tord-Col, dit le monstre peinturluré, raffermissant sa prise sur l’épaule de Corey. Comme tout le monde ici. »

Le géant tatoué se pencha sur Pucket pour déclarer en détachant nettement chaque syllabe :

« Toi aussi, tu appartiens maintenant à Tord-Col ! »

La nausée fit chavirer Pucket. L’haleine du monstre était effroyable. Il dégageait un relent de sueur âcre et de pourriture assez puissant pour donner le tournis. Pucket recula dos au mur du cachot.

« N’avancez pas, prévint-il.

- Ou sinon ? »

Tord-Col éclata de rire. Les autres prisonniers partagèrent son hilarité. Certains, toutefois, détournèrent la tête avant de refluer vers les ténèbres.

Pucket chercha une arme du regard, n’importe quoi qui aurait pu lui permettre d’affronter cet imposant adversaire avec une chance de s’en sortir indemne. Il ne trouva rien. Il allait devoir compter sur sa seule agilité pour lui échapper. Dehors, à l’air libre, cela n’aurait pas paru si insensé. Mais ici, dans les bas-fonds de Désespérance, il n’avait aucun espoir de l’emporter, pas même de rester en vie si la brute en avait décidé autrement.


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Présente édition
: Editions Baam !, 8 septembre 2010, 378 pages


Voir également :
- Le Tempestaire, tome 1 : La Confrérie des Naufrageurs - Johan Heliot (2010), présentation et extrait

 

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