lundi, 08 novembre 2010

Que le jour recommence - Annie Lemoine - 2009

bibliotheca que le jour recommence.jpgStella est à un tournant de sa vie. Elle décide de déménager, de quitter Paris et son passé, un peu comme efface son passé pour s’installer dans une résidence au bord de mer. Son but est de rompre avec tout et de se laisser aller aux douces joies de sa nouvelle demeure ensoleillée. Mais le passé la rattrape par l’arrivée de Fred, un ancien amoureux et compagnon. Elle sait qu'elle ne veut plus rien de lui, à commencer par sa présence, mais saura-t-elle lui résister. Et puis que cache cette arrivée surprenante et inattendue.

Que le jour recommence de la journaliste française Annie Lemoine est un court roman assez léger, fait de petits paragraphes, qui mène le lecteur dans les tourments psychologiques d’une femme qui tente de changer de vie. Un sujet certes éprouvé mais plutôt bien présenté par un  auteur apparemment bien inspiré. La psychologie de l’héroïne est bien rendue, ainsi que ses relations difficiles avec son entourage, mais l’ensemble du roman paraît bien léger et souvent même superficiel. L’écriture pose certains problèmes : à la fois légère et lourde, elle n’arrive pas toujours à rendre les sentiments présentés avec justesse. Le roman est de plus parsemé de clichés vus mille fois et plus dans des textes du même style.

Bref, Que le jour recommence d’Annie Lemoine est un roman léger sur une femme qui tente de se reconstruire, un livre plutôt intéressant mais qui souffre par son manque originalité et par une écriture pénible.

Extrait : premières pages

Les gens ne parlaient que de ça. Du dérèglement climatique. Du fait que l’homme avait cassé la machine et qu’il semblait bien incapable de la réparer. Les avis n’étaient même pas partagés. Aucun débat. Peut-être parce que cela aurait demandé de l’énergie et qu’il n’y en avait plus. Depuis deux ou trois jours, le mercure montait trop haut, il tuait jusqu’aux optimistes. On ne trouvait plus personne pour dire que cela allait s’arranger. Que cela redeviendrait comme avant. Avec de la neige certains hivers et une chaleur acceptable l’été. Personne pour le dire, personne pour le croire.



Stella avait renoncé au maquillage. Rien ne tenait sur la peau. Éliminé aussi le foulard chic. Il était posé devant elle, roulé en boule sur la table. Elle avait fini par capituler. Après avoir tenté de dompter une nature de cheveux rebelle accablée par trop de colorations successives, elle s’était décidée à abandonner tout type d’artifice. Elle n’avait plus la force peut-être même plus l’ambition de séduire.


Elle se posait pourtant encore la question : quel était celui, y en aurait-il un, qui arrêterait son regard sur elle assez longtemps pour qu’elle capte son intérêt et tente de composer un début de sourire ?

Elle pouvait toujours compter sur ses yeux pour accrocher. Ils conservaient l’éclat et l’intensité d’un bleu franc, rare, dont on lui avait souvent parlé. Certains avaient même du mal à soutenir son regard trop longtemps. C’était un bleu qui faisait vaciller. Stella avait des yeux dont on se souvenait.

Elle n’aurait jamais imaginé qu’elle échouerait là, dans ce troquet ringard, totalement démodé avec son coin restaurant en mezzanine, ses chaises capitonnées, une moquette marron à motifs orangés au sol - très Orly-Sud années soixante-dix - et une musique diffusée par des haut-parleurs bas de gamme, fatigués depuis longtemps. La F.M. locale, pubs comprises.

Ce n’était pas encore la pleine saison mais il y avait déjà beaucoup de monde. Ce matin-là, des habitués, de jeunes supporters dopés par la victoire de leur équipe la veille au soir. Une clientèle de passage aussi, des touristes étrangers qui se réjouissaient visiblement d’une ambiance si « typique ».

Le bruit des conversations des tables voisines, qui se mêlait à celui de la vaisselle, des rires et des chants au comptoir, lui tenait compagnie. Elle tendait l’oreille du mieux qu’elle pouvait pour essayer de deviner de quelle actrice parlait le couple assis à côté d’elle. L’homme avait l’air consterné :

- Tu te rends compte, le maître d’hôtel a dû la relever !

- Oui... C’était pourtant une belle femme...

Elle les passait toutes en revue se demandant laquelle avait été l’héroïne involontaire de cette scène qui avait tant choqué celui qui la rapportait. Elle se disait qu’elles étaient nombreuses à pouvoir prétendre au rôle. Toutes des folles. L’âge venant, les fêlures devenaient de véritables failles. Le métier n’arrangeait rien, il se chargeait d’achever le tableau, de souligner les traits de manière excessive, souvent pathétique. Elle savait, elle connaissait. Elle avait vu certains de ces monstres de près pour les avoir habillés sur divers longs métrages aux succès variés.

À un moment donné, elle n’avait d’ailleurs plus été capable de supporter la méchanceté qui, par crise, s’emparait de l’une de ces soi-disant « stars » avec qui elle avait l’habitude de travailler. Elle maltraitait régulièrement son entourage, choisissant de préférence des cibles faciles, vulnérables de par leur place dans la hiérarchie ou du fait de leur manque d’expérience dans la jungle de la vie professionnelle, maquilleuses, coiffeuses, assistantes, qu’elle assassinait les unes après les autres avec sa rage de vieillir.

Un dernier épisode pénible était venu couronner un parcours somme toute usant. Comme beaucoup de femmes, elle devait jongler entre une vie de famille et les exigences d’un métier sans horaires. Un jour qu’elle était arrivée très en retard après avoir déposé les enfants à l’école, elle avait été prise dans une manifestation, on lui avait dit sans égards ni considération de rentrer chez elle. Elle avait été remplacée pour la journée et on lui avait laissé entendre que cette nouvelle organisation se répéterait les jours suivants. La production avait trouvé nettement plus rentable d’utiliser une stagiaire pour terminer un film qui explosait son budget.

Quelques mois plus tard, elle avait eu la mince consolation de le voir sortir dans l’indifférence générale. Stella avait alors déjà décidé de se détourner définitivement du milieu. Elle avait tiré un trait sur une carrière de costumière dans le cinéma qui, après l’avoir beaucoup fait rêver, ne l’enthousiasmait plus vraiment.

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Présente édition : Editions J’ai Lu, 20 octobre 2010, 118 pages

 

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