mercredi, 13 octobre 2010

Young Samurai, tome 3 : La Voie du Dragon (The Way of the Dragon) - Chris Bradford - 2010

 

bibliotheca young samurai la voie du dragon.jpgNaufragé et recueilli par le légendaire maître samouraï Masamoto Takeshi, le jeune anglais Jack Fletcher intègre l’école des samouraïs de Kyoto où il lie des liens très forts avec d’autres jeunes enfants. Depuis son arrivée (voir les tomes précédents) un mystérieux tueur ne cesse de le poursuivre afin de lui dérober le routier hérité de son père, objet à la valeur inestimable qui ouvrira la voie des mers à tous les brigands. D’ailleurs le terrifiant Œil-de-Dragon a réussi à mettre la main dessus.
Au-delà la situation du Japon se dégrade aussi de plus en plus et une guerre pourrait être déclarée d’un moment à l’autre.
Alors que le sang commence à couler, Jack est soumis à une ultime épreuve pour parfaire son entraînement. C’est la Voie du Dragon. D’elle dépendra sa survie, ainsi que celle de ses amis. Seule la maîtrise de la technique des Deux ciels leur permettra de survivre à leur ennemis qui se font de plus en plus pressants. Mais Jack doit tout d’abord reprendre possession du routier dérobé par Oeil-de-Dragon. Mais pour cela il lui faudra l’affronter et le tuer. En saura-t-il capable, alors que son entraînement n’est pas encore tout à fait finalisé ?

Dans Young Samurai, tome 3 : La Voie du Dragon de l’écrivain anglais Chris Bradford les aventures de Jack Fletcher continuent de plus et mènent au final de cette passionnante trilogie de Young Samurai. Que les amateurs ne s’inquiètent pas, une seconde trilogie en suite à la première est en préparation et les deux premiers tomes ont déjà vu le jour en version originale.
Ce troisième tome est tout à fait semblable aux deux précédents : le lecteur suit l’apprentissage difficile de Jack, interrompu par de multiples aventures, tout en en apprenant de plus en plus sur la vie et l’histoire du Japon. Le lecteur est entre autre initié à l’art de la poésie japonaise, les haikus, et en apprend encore plus sur les divers arts martiaux utilisés.
En tant qu’épisode final de cette première série, le récit répond parfaitement à toutes les promesses et attentes. Plus d’action, plus de suspense et un final à la hauteur.

Que demander de plus ? Peut-être que la suite ne se fasse pas trop tarder.
 

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Extrait
:


PROLOGUE - L’ASSASSIN

Japon, juin1613

Silencieux comme une ombre, l’assassin voltigeait de toit en toit.

Dissimulé dans la nuit, le ninja traversa les douves, escalada le mur de l’enceinte intérieure et s’enfonça dans les jardins du château. Son objectif, le donjon, était une puissante bâtisse de huit étages, qui se dressait au centre de la forteresse présumée imprenable. Déjouer la surveillance des gardes postés sur les remparts extérieurs n’avait pas été bien difficile. Ceux-là, à moitié endormis à cause de la chaleur étouffante, étaient plus préoccupés par leur manque de confort que par la sécurité de leur daimyo dans sa tour. En outre, ils croyaient vraiment que le château était inexpugnable et n’étaient guère scrupuleux dans l’accomplissement de leur devoir – qui tenterait de s’introduire dans une telle place forte?

Pour l’assassin, le plus dur serait d’entrer dans le donjon. La garde personnelle du daimyo ne serait pas aussi négligente et le ninja ne pouvait s’approcher davantage sans quitter les toits des bâtiments annexes. Il lui fallait maintenant s’avancer en terrain découvert, jusqu’aux solides fondations de pierre de la tour. L’homme se laissa tomber d’un toit et longea le bord d’une cour, se cachant derrière les pruniers et les sakuras.

Traversant silencieusement un jardin zen avec un étang ovale, il s’avança jusqu’au puits couvert qui se trouvait au milieu de la cour. Il se blottit à l’intérieur de la construction en entendant venir une patrouille de samouraïs.

Quand la route fut libre, le ninja se précipita jusqu’au donjon et, tel un lézard noir, gravit sans effort la pente abrupte de son énorme socle. Habilement parvenu au troisième étage, il se glissa dans l’ouverture d’une fenêtre. Une fois à l’intérieur, l’assassin savait exactement où aller. Parcourant à pas de loup un couloir obscur, il passa plusieurs portes avant de tourner à droite pour emprunter un escalier de bois. Il allait monter quand un garde apparut soudainement sur la plus haute marche.

Telle une fumée noire, le ninja s’évanouit dans les ténèbres, rendu invisible par son shinobi shozoku couleur d’encre. Il dégaina calmement un tanto, prêt à égorger le nouvel arrivant.

Ignorant que la mort fût si proche, l’autre descendit l’escalier et passa devant l’espion. Celui-ci, soucieux de ne pas attirer l’attention, décida d’épargner la vie du soldat. Aussitôt que le garde eut tourné à l’angle du passage, le ninja rengaina son arme et grimpa jusqu’au couloir de l’étage supérieur.

À travers le fin papier d’un shoji, il distingua les halos de deux chandelles qui luisaient dans la pénombre. Faisant glisser légèrement le panneau, il jeta un oeil par l’entrebâillement. Un homme était agenouillé en prière devant un autel. Il n’y avait là aucun samouraï.

L’assassin se coula dans la pièce.

Lorsqu’il fut à la bonne distance pour frapper, le ninja fouilla dans un petit sac passé à sa ceinture et en sortit un objet rectangulaire, enveloppé dans une toile cirée noire. Il le posa à côté de l’homme à genoux et s’inclina brièvement.

«Tu es à peu près à l’heure», grommela l’autre.

Sans même se retourner, il ramassa le paquet et le défit, faisant apparaître un livre à la reliure de cuir fatiguée.

«Le routier, souffla-t-il, caressant la couverture, puis ouvrant les pages pour examiner les cartes maritimes, les descriptions d’océans et les minutieuses annotations concernant les marées, les relevés au compas et les configurations du ciel. Nous sommes maintenant en possession de ce qui nous revient de plein droit. Penser que le sort du monde est entre mes mains! Les secrets des océans dévoilés, offrant à notre pays le contrôle des routes commerciales! C’est Dieu qui nous donne la maîtrise des mers.»

L’homme plaça le livre de navigation sur l’autel.

«Et le garçon? demanda-t-il, tournant toujours le dos au ninja. Est-il mort?

- Non.

- Pourquoi? Mes instructions étaient pourtant claires.

- Comme vous le savez, le samouraï Masamoto l’a entraîné à la Voie du guerrier, expliqua l’assassin. Le garçon possède à présent de grandes compétences et s’est montré assez… résistant.

- Résistant? Es-tu en train de m’expliquer qu’un simple gamin a mis en échec le grand Dokugan Ryu?»

L’insulte fit flamboyer l’unique oeil vert émeraude du ninja. Il envisagea de trancher la gorge de son interlocuteur sur-le-champ mais, auparavant, il lui fallait recevoir la rétribution de ses services. Le plaisir attendrait.

«Je t’ai employé parce que tu étais le meilleur. Le plus impitoyable. Me suis-je trompé sur ton compte, Oeil-de-Dragon? Pourquoi ne l’as-tu pas tué?

- Parce que vous pourriez bien avoir encore besoin de lui.»

L’homme agenouillé se retourna, le visage caché dans l’ombre.

«Qu’est-ce que je pourrais attendre de Jack Fletcher?

- Le routier est codé. Seul le garçon peut le décrypter.

- Comment sais-tu cela? demanda l’homme, d’une voix légèrement inquiète. As-tu essayé de trouver le code?

- Évidemment, reconnut le ninja. Après l’erreur que j’avais commise en dérobant le dictionnaire japonais-portugais, j’ai pensé qu’il serait avisé de vérifier le contenu du livre que j’allais vous remettre.

- As-tu réussi à en décoder des passages?

- Pas vraiment. La combinaison inhabituelle de portugais et d’anglais a rendu la tâche plus complexe que je ne l’avais prévu.

- Peu importe, fit l’homme, visiblement soulagé que le contenu du livre restât inaccessible à l’assassin. Il y a dans ce donjon un moine franciscain, un mathématicien qui parle couramment les deux langues. Une simple promesse de remise en liberté devrait nous assurer ses services pour déchiffrer l’ouvrage.

- Et le petit gaijin? s’enquit OEil-de-Dragon.

- Quand le secret du code sera percé, achève ta mission, ordonna l’autre, se tournant à nouveau face à l’autel. Tue-le.»

CHAPITRE 1 - LA BÉQUILLE

Le sang de Jack lui battait aux oreilles. Son cœur s’était emballé. Ses poumons étaient en feu. Mais il ne pouvait s’arrêter maintenant.

Il fonçait tête baissée dans la forêt de bambous, zigzaguant entre les troncs épais qui s’étiraient comme des doigts noueux à travers les frondaisons vert olive.

«Où est-il passé?» cria une voix derrière lui. Jack continua à courir. En dépit de ses muscles qui protestaient, il n’abandonnerait pas la poursuite.

Depuis l’arrivée fatidique du garçon au Japon, lorsque son navire, l’Alexandria, s’était échoué, puis avait été attaqué par des ninjas, OEil-de-Dragon avait été le fléau de son existence. L’assassin avait tué son père, avant de le traquer d’un bout à l’autre du pays, jusqu’à ce qu’il trouve l’occasion de lui dérober le routier.

C’est à Jack qu’avait incombé la responsabilité de ne pas laisser le livre de navigation tomber dans de mauvaises mains. Les informations qu’il contenait avaient une grande valeur, non seulement pour l’Angleterre, mais également pour ses ennemis. Le garçon était bien décidé à retrouver le ninja et à récupérer le précieux ouvrage.

«On l’a perdu!» s’étonna une seconde voix.

Jack ralentit son pas et regarda tout autour de lui.

Ses amis avaient raison. L’homme qu’ils pourchassaient s’était volatilisé dans les halliers.

Yamato et Akiko rejoignirent Jack. Akiko dut s’asseoir pour se reposer. Elle ne s’était pas totalement remise après son récent empoisonnement et la course lui avait coûté un grand effort. L’éclat habituel de son teint clair avait terni et des ombres noires cernaient ses yeux en amande. Un sentiment de culpabilité étreignit le coeur de Jack. Même si la jeune fille ne lui faisait aucun reproche, il était la cause de son état présent. Voulant mettre le routier à l’abri des recherches, il l’avait caché dans le château du daimyo Takatomi, gouverneur de la province de Kyoto. Cet emplacement lui avait semblé le plus sûr. Il savait à présent qu’il n’en était rien. Œil-de-Dragon s’était introduit dans le château, Akiko avait failli mourir en essayant de défendre son ami et la vie du daimyo avait été mise en danger.

«Comment a-t-il pu s’enfuir? demanda Yamato, s’appuyant sur son bo pour reprendre son souffle. Il est infirme!

- Il a dû revenir en arrière», suggéra Jack, qui se retourna et scruta le sous-bois à la recherche d’une trace quelconque.

Il savait que ses compagnons étaient aussi déterminés que lui-même. Quatre ans auparavant, OEil-de-Dragon avait assassiné le frère aîné de Yamato, Tenno.

«Je n’en reviens pas qu’il ait volé la perle d’Akiko!» s’exclama Yamato en donnant un coup de pied rageur à un bambou.

Le heurt avec le tronc, dur comme la pierre, lui arracha un hurlement de douleur.

Akiko poussa un soupir et fit les gros yeux devant l’impétuosité caractéristique de son cousin. «Ne t’inquiète pas, dit-elle, tirant ses longs cheveux noirs en arrière, je pourrai en pêcher une autre quand nous irons à Toba.

- Ce n’est pas la question. Il a pris la perle, mais ne nous a rien appris en échange sur OEil-de-Dragon.»

Jack était d’accord. Obtenir des renseignements sur le ninja avait été le seul but de leur expédition dans les contreforts des monts Iga. Après avoir été mis à la porte de leur école de samouraïs pour avoir compromis la sécurité du daimyo Takatomi, ils avaient été envoyés chez la mère d’Akiko, dans l’attente d’une décision définitive à leur sujet. Au cours de leur voyage, cependant, leur guide samouraï, Kuma-san, s’était déboîté l’épaule en tombant de cheval. Ils avaient dû s’arrêter à Kameyama en attendant qu’il se rétablisse. C’est là qu’ils avaient entendu dire qu’un homme du nom d’Orochi se vantait de connaître l’infâme OEil-de-Dragon. Le village de Kabuto, où habitait l’homme en question, n’était pas très éloigné, aussi étaient-ils partis tous les trois à la recherche de celui-ci.

Jack espérait non seulement récupérer le routier, mais également découvrir où se cachait OEil-de-Dragon et en informer le père de Yamato, Masamoto Takeshi. Cela, espérait-il, les rachèterait, ses amis et lui, aux yeux du légendaire guerrier et leur permettrait de réintégrer la Niten Ichi Ryu, afin de poursuivre leur formation de samouraïs.

Kabuto n’était guère plus qu’un ensemble de fermes dispersées autour d’un carrefour, avec une auberge décrépite qui offrait ses services aux rares voyageurs allant de la route du Tokaido à la ville fortifiée d’Ueno. C’est dans la grand-salle de l’auberge qu’ils trouvèrent Orochi.

Un silence soudain les accueillit. L’apparence physique de Jack faisait souvent sensation, en particulier en dehors de Kyoto, où l’on ne voyait quasiment jamais d’étrangers. Son épaisse chevelure paille et ses yeux bleu ciel fascinaient les Japonais aux yeux et aux cheveux noirs. En outre, bien qu’il n’eût que quatorze ans, sa taille et sa force dépassaient celles de bien des autochtones, qui tendaient à réagir par la peur ou la suspicion, en particulier depuis que le garçon s’habillait et se comportait comme un guerrier samouraï.

Jack balaya la salle des yeux. L’endroit ressemblait plus à un tripot qu’à une halte pour les voyageurs. Joueurs de dés ou de cartes se pressaient autour de tables basses que du saké renversé avait recouvertes d’une pellicule poisseuse. Une compagnie hétérogène de marchands, de samouraïs et de paysans dévisagea les nouveaux venus avec circonspection. Un murmure d’approbation accueillit l’entrée d’Akiko. À part une jeune serveuse effarouchée dans un coin, il n’y avait pas d’autre femme dans la pièce.

Les trois adolescents s’avancèrent jusqu’au comptoir, tous les yeux rivés sur eux.

«Excusez-moi, commença Yamato en s’adressant au patron de l’auberge, un homme gros comme une barrique avec des mains larges comme des battoirs. Savez-vous où nous pourrions trouver Orochi-san?»

L’autre émit un grognement et se contenta de hocher la tête en direction de l’extrémité opposée de la salle. Dans une alcôve faiblement éclairée par une seule chandelle, était assis un homme voûté, avec dans son dos une béquille de bois appuyée contre le mur.

«Pouvons-nous parler avec vous un moment ? demanda Yamato en s’approchant de ce dernier.

- Ça dépend de qui régale, répliqua l’homme d’une voix rauque, les examinant de la tête aux pieds et se posant manifestement la question de savoir ce qu’un jeune samouraï aux cheveux noirs en épis faisait avec une jolie fille et un étranger dans un lieu aussi louche.

- Je suppose que c’est nous, répondit Yamato, s’inclinant en signe de consentement.

- Alors vous êtes les bienvenus. Le gaijin aussi peut venir.»

Jack ignora le terme insultant désignant un étranger. Cet homme était leur seule piste et ils devaient se concilier ses bonnes grâces. De plus, si Orochi ignorait que Jack parlait couramment japonais, cela ne pouvait que jouer en leur faveur.

L’homme leva une main gauche difforme, dont les doigts étaient tordus comme des racines rabougries, et demanda du saké. La boisson commandée et Orochi ayant apparemment accepté ses trois hôtes, les conversations et les jeux reprirent autour d’eux.

Jack, Akiko et Yamato s’assirent jambes croisées de l’autre côté de la table basse, tandis que la serveuse apportait un grand flacon de saké et une unique petite coupe. Elle empocha l’argent de Yamato, puis s’éloigna.

«Je dois m’excuser pour mes mauvaises manières à table, dit aimablement Orochi à l’adresse d’Akiko, tout en indiquant sa jambe droite crasseuse, qui reposait sur un coussin et mettait la plante de son pied bien en vue. Je ne veux pas vous offenser, mais je suis infirme de naissance, comprenez-vous?

- Ce n’est pas un problème», rétorqua la jeune fille, versant sa boisson à Orochi, ainsi que le voulait l’usage en cas de présence féminine.

Saisissant la coupe de sa main valide, Orochi la but d’un trait. Akiko la remplit à nouveau.

«Nous cherchons un renseignement, confia Akiko à voix basse, tandis que l’autre récupérait sa coupe pleine. Nous voudrions savoir où se trouve Dokugan Ryu.»

La mention du nom d’OEil-de-Dragonfit trembler la main d’Orochi, qui vida néanmoins sa coupe.

«Ce saké est infect! se plaignit-il, toussant bruyamment et se frappant la poitrine avec le poing. L’information que vous cherchez vaut beaucoup plus que ça.»

L’homme jeta à Yamato un regard qui en disait long, cependant qu’Akiko lui servait une autre coupe. Yamato fit un signe de tête et la jeune fille sortit de la manche de son kimono une grosse perle d’un blanc laiteux, qu’elle posa sur la table devant leur interlocuteur.

«Voilà qui devrait plus que suffire à vos besoins», déclara Yamato.

À la vue de la perle, les yeux sombres d’Orochi étincelèrent, avant de faire le tour de la pièce pour s’assurer que personne ne les observait. Rassuré, l’homme laissa un sourire lui déformer la bouche.

Il avança la main vers la perle.

Yamato lui saisit le poignet.

«Nous payons après réception de l’information, fit-il remarquer.

—Bien entendu», acquiesça l’autre, retirant sa main. Alors il chuchota: «Si j’étais vous, j’irais voir au village de…»

Une cloche tinta alors que la porte d’entrée de l’auberge coulissait et que deux nouveaux clients entraient. Orochi cessa de parler et attendit que ces derniers fussent assis au comptoir. Comme l’un d’eux faisait un signe au patron pour passer sa commande, Jack nota qu’il lui manquait un petit doigt.

«Vous disiez?» insista Yamato.

Pendant un court moment, Orochi sembla distrait, mais son attention revint rapidement à la perle.

«Oui… Pouvez-vous m’excuser? L’appel de la nature, dit-il en attrapant sa béquille. Il me faut un moment pour arriver jusque-là, aussi je dois y aller aussitôt que l’envie s’en fait sentir. Je suis sûr que vous comprenez.»

Comme l’homme tentait de se mettre debout, il retomba sur la table en renversant le flacon de saké, dont le contenu s’échappa.

«Cette faiblesse dans ma jambe est insupportable, maugréa-t-il en guise d’excuse. Je suis de retour dans un instant. Jeune fille, veuillez nettoyer tout ça!»

Plié en deux, Orochi clopina jusqu’à la porte de derrière. La serveuse accourut à leur table et entreprit d’y remettre de l’ordre. Tandis qu’elle s’affairait, Jack remarqua que quelque chose manquait.

«Où est la perle?»

Ils inspectèrent le sol, puis échangèrent des regards consternés et se précipitèrent vers la porte du fond. Orochi avait disparu. Akiko entrevit alors une silhouette qui pénétrait dans la forêt de bambous située à l’arrière de l’auberge. Avant même que l’un d’eux n’eût atteint la lisière, l’homme s’était enfoncé dans les profondeurs de la sylve. Ils plongèrent à leur tour dans le sous-bois et prirent le voleur en chasse… mais il s’était évanoui dans les fourrés.

«Tu as entendu? demanda Akiko, interrompant Jack dans ses recherches.

- Entendu quoi? répondit son ami.

- Chut! Écoute!»

Tous trois devinrent silencieux.

Tel le clapotis des vagues sur le rivage, un bruissement de feuilles leur parvenait depuis la cime des arbres. À ce bruit paisible, se joignait de temps à autre celui de l’entrechoquement des troncs.

«Tu n’entends pas? insista la jeune fille, avant de murmurer: Retiens ta respiration!»

Les lèvres closes, ils se regardèrent les uns les autres.

On entendait quelqu’un respirer.

Les techniques de perception que sensei Kano, leur maître de bojutsu aveugle, leur avait enseignées se montraient une fois de plus utiles. Jack repéra aussitôt l’origine du son et s’en approcha à pas de loup.

Soudain, Orochi jaillit des buissons, à moins de cinq pas du garçon. Pas un instant il ne s’était éloigné d’eux!

«Reviens! lança Jack, dont le cri fit s’envoler un oiseau dans les hauteurs du feuillage.

- Allez-y! les pressa Akiko, trop épuisée pour se remettre à courir. Je garde les affaires.

Yamato jeta son havresac à terre et se rua derrière son ami, qui poursuivait déjà Orochi. L’homme disparut à nouveau en se baissant au milieu des halliers.

Jack continua sur sa lancée. Il ne se laisserait pas berner cette fois. Comme il atteignait l’endroit où l’autre avait disparu, ses jambes se dérobèrent et il roula le long d’une pente abrupte.

Parvenu au bas de cette dernière, il se rétablit sur ses pieds et s’aperçut qu’il était sur un chemin forestier. Peu après, Yamato le rejoignit. Averti du danger par le cri de son camarade, il avait réussi à éviter de tomber à son tour.

«De quel côté est-il allé? s’enquit Yamato.

- Je ne sais pas. J’étais trop occupé à distinguer le haut du bas! répliqua Jack avec irritation tout en balayant de la main les feuilles mortes accrochées dans ses cheveux.

- D’accord. Va de ce côté pendant que j’irai de l’autre, ordonna Yamato. Crie si tu le trouves.»

Il s’élança.

Jack s’apprêtait à l’imiter quand il entendit quelque chose heurter le tronc d’un bambou. Il fit volte-face.

«Je sais que tu es là», affirma-t-il.

Orochi se releva péniblement, avec l’aide de sa béquille, et émergea des buissons.

«Ah! Tu comprends le japonais… C’est bien.»

L’homme s’inclina pitoyablement et boitilla en direction de son poursuivant.

«Tu ne ferais pas de mal à un infirme, n’est-ce pas? implora-t-il, tendant sa main droite difforme en signe de reddition.

- Tu n’es pas infirme! constata Jack. N’est-ce pas ta main gauche qui avait les doigts tordus?»

Orochi exhiba son sourire grimaçant.

«Exact. Mais je vous ai bien eus, n’est-ce pas?» répondit-il, tendant la jambe, se redressant de toute sa hauteur et dépliant ses doigts crochus.

À la vitesse de l’éclair, il tira sur la partie inférieure de sa béquille, découvrant un fer de lance ébréché. Orochi dirigea l’arme mortelle vers la poitrine de Jack.

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Présente édition : traduit par Laurent Strim, Editions Baam !, 9 août 2010, 300 pages


Voir également :

Young Samurai, tome 1 : La voie du guerrier (The Way of The Warrior) - Chris Bradford (2008), présentation et extrait
Young Samurai, tome 2 : La voie du sabre (The Way of the Sword) - Chris Bradford (2009), présentation et extrait

 

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