mercredi, 15 septembre 2010

Young Samurai, tome 2 : La voie du sabre (The Way of the Sword) - Chris Bradford - 2009

bibliotheca young samurai la voie du sabre.jpgJapon, 1612. Après un an d’entraînement dans la Voie du guerrier au sein de son école de samouraïs, Jack Fletcher sent qu’il n’est toujours pas le bienvenu parmi ses nouveaux collègues, et cela malgré la protection du maître qu’est le grand samouraï Masamoto Takeshi. Alors qu'il se prépare au Cercle des Trois, un rituel ancestral mettant à l'épreuve l'Esprit, le Corps et l'Ame, il se retrouve confronté à la terrible bande du Scorpion, qui vise à chasser du Japon jusqu'au dernier gaijin (étranger en japonais). Mais là n’est pas le pire, son ennemi juré, le terrible et mystérieux ninja Œil-de-Dragon est toujours à ses trousses, en quête du trésor que Jack détient, le routier des mers qui ouvrira les voies navigables à tous les pirates. L’affrontement est inévitable, et celui-ci ne pourra être que fatal pour l’un des deux. Jack saura-t-il maîtriser la Voie du sabre pour survivre à un combat mortel ?


L’histoire débutée dans le tome précédent La voie du guerrier continue ici un an après les événements relatés précédemment. L’auteur anglais Chris Bradford continue ainsi à nous narrer l’apprentissage de son jeune héros Jack Fletcher aux arts des samouraïs, tout en élaborant l’intrigue autour du routier et du ninja Œil-de-Dragon. Evidemment il ne se lasse pas à nous faire découvrir encore davantage la culture japonaise ainsi qu’un pan de l’histoire de cet archipel, une époque trouble pour tous les étrangers, principalement chrétiens présents sur le territoire. Tout cela est apporté finement, au compte goutte, accompagnant toujours l’action sans jamais la prédominer, et aussi de façon simple, afin que le jeune public visé par cette trilogie puisse facilement apprendre tout en se divertissant. 
Ce deuxième tome, comme c’est souvent le cas dans une trilogie, peut paraître le plus long des trois. En effet ici l’auteur s’amuse à étoffer le tout, mais on sent bien que le dénouement final n’est pas proche. Les plus impatients s’y ennuieront peut-être, mais cela en vaut bien la peine, tant le troisième et dernier tome s’annonce passionnant.

La voie du sabre de Chris Bradford, second tome de la trilogie de Young Samurai, continue parfaitement sur la lancée du premier. Pour les jeunes surtout, mais aussi pour les moins jeunes.

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Extrait

Prologue : Dokujutsu


Japon, août1612

«Le scorpion doré de Mandchourie est l’un des animaux les plus venimeux d’Asie, expliqua le ninja, extirpant d’une boîte un grand spécimen couleur d’ambre et le déposant dans la main tremblante de son élève. Armé, silencieux, mortel: l’assassin suprême.»

La jeune fille tenta vainement de réprimer un tremblement tandis que la créature à huit pattes, dont l’aiguillon luisait dans le demi-jour, rampait sur sa peau.

Elle était agenouillée face au ninja dans une pièce étroite éclairée par une chandelle, où s’entassaient des pots en terre, des boîtes en bois et de petites cages. Ce bric-à-brac contenait toute une collection de potions ou de poudres empoisonnées, et de plantes ou d’animaux venimeux. Le ninja lui avait déjà montré des baies rouge sang, des poissons-globes, des crapauds multicolores, des araignées aux pattes démesurées et les anneaux de serpents dont la tête était recouverte par un capuchon noir – tous mortels pour les êtres humains.

«Une simple piqûre du traqueur de la mort et la victime éprouve une souffrance intolérable, continua le ninja, observant la lueur d’effroi dans les yeux de son élève. Des convulsions, puis la paralysie, la perte de conscience et pour finir la mort.»

À ces derniers mots, la jeune fille devint aussi immobile qu’une pierre, les yeux fixés sur le scorpion qui escaladait son bras en direction de son cou. Sans prêter attention au danger imminent qui menaçait son élève, le ninja poursuivit son enseignement.

«Dans le cadre de ta formation de ninjutsu, tu dois apprendre dokujutsu, l’art du poison. Lorsque tu seras envoyée en mission, tu découvriras que poignarder quelqu’un est aussi malcommode que salissant et que le risque d’échouer est grand. Au contraire, l’empoisonnement est silencieux, difficile à détecter et, si le poison est administré convenablement, le résultat est sûr.»

Le scorpion avait maintenant atteint la nuque de la jeune fille et s’était glissé dans l’ombre attrayante de ses longs cheveux noirs. Essayant d’échapper à la progression de l’animal, l’élève, dont le souffle était devenu court et superficiel sous l’emprise de la panique, détourna la tête. Le ninja ignora sa fâcheuse posture.

«Je t’apprendrai comment extraire les poisons de différents végétaux et animaux, lesquels mélanger à la nourriture ou additionner à la boisson de tes victimes, ou encore avec lesquels enduire tes armes, continua le ninja tout en faisant glisser ses doigts sur une cage, déclenchant ainsi une attaque du serpent qui se trouvait à l’intérieur et qui se cogna contre les barreaux. Tu dois également développer une tolérance à ces poisons, car tu n’as aucun intérêt à devenir ta propre victime.»

L’homme se retourna pour voir son élève lever le bras afin de chasser le scorpion blotti au creux de sa nuque. Il secoua doucement la tête en signe de réprobation.

«De nombreuses toxines possèdent leurs antidotes. Je te montrerai comment les préparer. D’autres peuvent être contrées en absorbant de petites doses de poison jusqu’à ce que le corps mette en place ses propres défenses. Cependant, pour d’autres encore, il n’existe aucun remède.»

Le ninja désigna du doigt, dans une auge emplie d’eau, une pieuvre cerclée d’anneaux bleus pas plus grande que le poing d’un bébé.

«Cette créature si belle recèle un venin capable de provoquer la mort d’un homme en quelques minutes. Je recommande de l’utiliser dans des boissons telles que le saké ou le sencha, car il n’a aucun goût.»

L’élève ne supportait plus la présence du scorpion sur son corps. Elle le balaya d’un geste de la main, le délogeant de sa chevelure, et poussa un cri perçant comme l’aiguillon de l’animal s’enfonçait profondément dans sa paume. La chair autour de la plaie se mit immédiatement à gonfler.

«À l’aide…», gémit-elle tandis qu’une douleur aiguë jaillissait dans son bras.

L’homme observa ses soubresauts sans la moindre compassion. «Tu vivras, répondit-il tout en ramassant le scorpion par la queue et en le laissant retomber dans sa boîte. Il est vieux et gros. C’est des femelles de petite taille que tu dois te méfier.»

L’élève s’effondra sans connaissance sur le plancher.

Chapitre 1 : Les osselets

- Tu triches! s’écria la fillette.

- Pas du tout! protesta Jack, agenouillé face à sa petite soeur, dans le jardin situé à l’arrière du cottage de leurs parents.

- Si! Tu dois frapper dans tes mains avant de ramasser les osselets.»

Le garçon cessa de discuter; son innocence feinte ne pouvait duper Jess. Autant il aimait sa soeur, frêle gamine de sept ans aux yeux bleu clair et aux cheveux blond-châtain, autant il la savait tatillonne en matière de règles. En général, Jess était aussi inoffensive qu’un bouton-d’or mais, lorsqu’ils jouaient aux osselets, elle devenait aussi stricte et sévère que leur mère l’était pour le ménage.

Jack ramassa les cinq petits os de mouton et reprit le jeu. Les ossements blanchis avaient la taille de petits cailloux et les nombreuses parties que le frère et la soeur leur avaient fait subir au cours de l’été en avaient poli les bords. En dépit de la chaleur étouffante, ils semblaient étrangement froids dans sa main.

«Je parie que tu ne pourras pas battre mon deux!» le provoqua Jess.

Relevant le défi, le garçon jeta quatre osselets sur le sol. Il lança alors le cinquième en l’air, frappa dans ses mains et saisit l’un de ceux qui étaient par terre avant de capturer celui qui retombait. Il répéta le procédé avec l’aisance d’un expert, jusqu’à ce que les cinq osselets soient à nouveau dans sa main.

«Un», déclara Jack.

Peu impressionnée, Jess cueillit une pâquerette sur la pelouse en simulant l’ennui.

Jack relança les osselets et accomplit le deuxième tour en deux gestes fluides de la main.

«Deux!» s’écria-t-il, avant d’envoyer à nouveau quatre osselets dans l’herbe. Alors, après avoir lancé celui qui restait en hauteur et tapé dans ses mains, il en recueillit trois et récupéra le cinquième dans sa chute.

«TROIS!» s’exclama Jess, incapable de contenir sa surprise.

Avec un large sourire, le garçon jeta les osselets sur le gazon pour le dernier tour.

Au loin, le roulement grave du tonnerre traversa le ciel de plus en plus sombre. L’air s’alourdissait à l’approche d’un orage estival, mais Jack ignora ce changement de temps. Il préféra se concentrer sur le défi que représentait la possibilité de ramasser les quatre osselets en même temps.

Le garçon en lança un loin en l’air et frappa dans ses mains au moment même où retentissait un craquement épouvantable. La ligne brisée d’un éclair incandescent déchira le ciel, s’abattant sur le sommet éloigné d’une colline et embrasant un arbre. Ce dernier émit une lueur rouge sang qui se détachait sur le ciel noircissant. Mais Jack était trop absorbé par le jeu pour se laisser distraire. Il saisit les quatre osselets avant de rattraper le cinquième, à seulement une largeur de main du sol.

«J’ai réussi! J’ai réussi! Quatre d’un coup!» cria le garçon d’une voix enthousiaste.

L’air triomphant, il leva les yeux et vit que Jess avait disparu.

De même que le soleil. Des nuages de tempête noirs comme la poix filaient à présent à travers un ciel bouillonnant.

Jack regarda avec ahurissement la soudaine férocité du temps. Il prit alors vaguement conscience de quelque chose qui rampait à l’intérieur de son poing fermé.

On aurait dit que les osselets bougeaient.

Non sans hésitation, il ouvrit la main.

Le souffle lui manqua. Dans sa paume se bousculaient quatre minuscules scorpions noirs.

Ils entouraient le dernier osselet blanchâtre, qu’ils frappaient de leurs aiguillons, enduits d’un poison mortel.

L’un des scorpions fit volte-face et courut le long de son poignet. Pris de panique, Jack secoua le bras, faisant tomber tous les insectes dans l’herbe, et s’élança vers la maison.

«Mère! Mère!» hurla-t-il, puis aussitôt il pensa à Jess. Où était-elle?

La pluie se mit à tomber à grosses gouttes et le jardin s’enfonça dans l’ombre. Il ne distinguait plus que les cinq osselets abandonnés sur la pelouse, mais les scorpions et sa petite soeur étaient devenus invisibles.

«Jess? Mère?» s’époumona-t-il.

Personne ne répondit.

Il entendit alors sa mère chantonner dans la cuisine:

«Lorsque tous ses actes diffèrent de son verbe
L’homme devient un jardin empli de mauvaises herbes
Lorsque les mauvaises herbes commencent à pousser
Ce devient un jardin par la neige caché…»

Jack fonça le long du corridor qui menait à la cuisine.

Le cottage était plongé dans l’obscurité, humide et froid comme des catacombes. Une pâle clarté filtrait par une petite fente dans la porte de la cuisine. Depuis l’intérieur, la voix de sa mère s’élevait et retombait comme les gémissements du vent:

«Et lorsque cette neige commence à tomber
Ce devient un oiseau sur un muret perché
Et lorsque cet oiseau s’éloigne dans le vent
Ce devient un faucon dans le ciel, planant…»

Le garçon colla l’oeil contre la fente et vit sa mère en tablier, assise dos à la porte, en train d’éplucher des pommes de terre avec un grand couteau incurvé. Une unique chandelle éclairait la pièce, faisant apparaître l’ombre de la lame sur le mur aussi monstrueuse que le sabre d’un samouraï.

«Lorsque soudain le ciel commence à gronder
Ce devient une porte, par un lion surveillée…»

Jack poussa la porte de la cuisine. Le bois grinça sur le pavement de pierres, mais sa mère regardait toujours devant elle.

«Mère? demanda-t-il. M’avez-vous entendu…?»

«Et lorsque cette porte commence à craquer
Ce devient une canne, qui ton dos vient cingler…»

«Mère? Pourquoi ne me répondez-vous pas?»

La pluie tombait maintenant si dru qu’elle faisait le même bruit qu’un poisson en train de frire dans une poêle. Jack franchit le seuil de la pièce et s’approcha de sa mère. Elle continuait à lui tourner le dos, ses doigts s’activant fébrilement avec le couteau et retirant tour à tour la peau de chaque pomme de terre.

«Et lorsque alors ton dos commence à te brûler
Ce devient une lame dans ton coeur enfoncée…»

Jack tira sur son tablier.

«Mère? Est-ce que ça va?»

Venant de l’autre pièce, un cri étouffé parvint à ses oreilles et, au même instant, sa mère se tourna vers lui, la voix soudain cassante et discordante:

«Lorsque ton pauvre coeur commence à saigner
Tu es mort, oui bien mort, il n’en faut pas douter.»

Les yeux du garçon plongèrent tout à coup dans les orbites creuses d’une vieille sorcière dont les cheveux gris poisseux grouillaient de poux. Celle qu’il avait prise pour sa mère pointait à présent vers sa gorge le couteau, auquel était suspendue une épluchure de pomme de terre, pareille à un lambeau de peau.

«Tu es mort, bien mort, gaijin!» fit d’une voix grinçante la sorcière ratatinée, dont le souffle putride lui donnait la nausée.

Elle eut un rire dur, tandis que Jack se précipitait vers la porte en hurlant.

Le garçon entendait les cris angoissés de Jess au fond du cottage. Il s’élança dans la pièce de devant. Le grand fauteuil, dans lequel son père avait l’habitude de s’asseoir, faisait face au feu qui brûlait dans l’âtre. Une silhouette encagoulée en émergeait, se découpant sur la lueur tremblotante des flammes.

«Père? interrogea le garçon, hésitant.

- Non, gaijin. Ton père est mort.»

Un doigt noueux émergea d’une main gantée de noir et désigna, dans un coin éloigné de la pièce, un corps étendu face contre terre, inerte et perdant son sang. Le garçon eut un mouvement de recul involontaire en découvrant le sort horrible de son père, et le sol se souleva comme le pont d’un navire. D’un bond, la forme encagoulée vola du fauteuil à la fenêtre treillissée. L’intrus étreignait Jess dans ses bras. Le coeur de Jack cessa de battre.

Il reconnaissait l’oeil unique vert jade qui lui lançait un regard mauvais par la fente de la cagoule. La silhouette, vêtue de pied en cap du shinobi shozoku noir des ninjas, était celle de Dokugan Ryu. Oeil-de-Dragon. Le ninja qui avait tué son père et pourchassé Jack sans pitié enlevait maintenant sa petite soeur.

«Non!» hurla le garçon en se jetant à l’autre bout de la pièce pour sauver Jess.

Cependant, d’autres ninjas, telles des veuves noires, surgirent des murs pour l’arrêter. Jack les combattit de toutes ses forces, mais chaque assassin sans visage dont il venait à bout était immédiatement remplacé par un autre.

«Une autre fois, gaijin ! siffla Oeil-de-Dragon en se retournant et en disparaissant dans la tempête déchaînée. Je n’oublie pas le routier.»

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Présente édition : traduit par Laurent Strim, Editions Baam !, 414 pages, 3 mars 2010


Voir également :
- Young Samurai, tome 1 : La Voie du Guerrier (The Way of The Warrior) - Chris Bradford (2008), présentation et extrait
- Young Samurai, tome 3 : La Voie du Dragon (The Way of The Dragon) - Chris Bradford (2010), présentation et extrait

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