mardi, 22 juin 2010

L’Aveuglement (Ensaio sobre a cegueira) - José Saramago - 1995

bibliotheca l aveuglement

Alors qu’il attend tranquillement dans sa voiture qu’un feu rouge passe au vert, un homme tombe subitement aveugle. Il ne voit plus rien, qu’un blanc intense qui l’aveugle totalement. Nul ne le sait encore, mais cette homme est la première victime d’une étrange épidémie qui très vit se propage à travers le pays tout entier. Le gouvernement réagit vite, des quarantaines sont organisées. Mais rien ne semble pouvoir stopper la contagion, alors que des hordes d’aveugles s’accumulent de plus en plus dans les asiles surveillés des militaires qui ne veulent surtout pas trop s’en approcher. Et livrés à eux-mêmes dans un huis clos sordide, les aveugles en sont peu à peu réduits à abandonner tout considération morale afin de survivre. Car le chaos ne tarde pas à arriver. Certains groupes tentent de confisquer les vivres aux autres afin de pouvoir les leur revendre plus tard. Les violences de toute sorte sont légion : bagarres, agressions, viols…
Dans l’un de ces asiles, seule une femme n’a pas été atteinte par cette mystérieuse cécité. Elle ne voulait pas abandonner son mari et l’a suivi jusque dans cet enfer, là où elle devient ainsi le rare témoin de toute l’horreur humaine. Mais aussi la seule aide pour ses compagnons pour lesquels elle va devenir un véritable ange gardien en permettant à ses voisins de chambre de résister au régime de terreur imposé par les plus forts. C’est également elle qui guidera six comparses hors des ténèbres, vers l’extérieur, où hélas d’autres horreurs les attendent dans une ville totalement dévastée…

L’Aveuglement de l’écrivain portugais José Saramago, Prix Nobel de littérature en 1998, est un excellent mais très étrange roman, mi science-fiction mi fable philosophique, et qui aborde les conséquences d’une épidémie de cécité se propageant peu à peu à l’ensemble de l’humanité. Cette idée de base, plutôt classique dans le genre de la SF, citons pour exemple Le Jour des Trifffides (The Day of the Triffids, 1951) de John Wyndham , permet à José Saramago d’analyser plus profondément l’être humain, qui en quête de survie, perd peu à peu ses principes dits civilisés après avoir perdu l’un de ses cinq sens. Et effectivement la société va vite sombrer dans les ténèbres, laissant place à toutes barbaries possibles. Le roman est d’ailleurs assez fort, très poignant et peut même choquer de temps à autre par le cru des descriptions et par son ambiance lourde et étouffante. La notion du temps disparaît, la barbarie devient totale. De plus l’auteur utilise un effet de style particulier pour accentuer cette déshumanisation : les aveugles ne sont jamais nommés mais seulement décrits par une caractéristique ou par une fonction (le premier aveugle, la femme du médecin, …).  Mais ce qui frappe avant tout c’est la forme de l’écriture en soi : un texte compact utilisant quasi que des phrases longues et dépourvues des signes de ponctuation usuels et les prises de parole des dialogues ne sont séparées que par des virgules transmettant ainsi une certaine impression de perte de repères tout en donnant au récit un rythme effréné. Mais dans toutes les horreurs décrites, les valeurs humaines finissent par réapparaître, l’allégorie ténébreuse de Saramago n’étant finalement pas si pessimiste que cela.
Outre cela, Saramago décrit également le cynisme des gouvernants qui préfèrent sacrifier quelques malades pour en sauver le plus grand nombre, et cela sans réellement tenter de soigner ces victimes.

Le roman de Saramago a été adapté au cinéma en 2008 sous le titre de Blindness par Fernando Meirelles.

L’Aveuglement de José Saramago est un roman étonnant, mais aussi dur et qui n’épargne guère le lecteur.

A lire !!!

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Présente édition : Editions Points, 9 mars 2000, 365 pages

Voir également :
- L'autre comme moi (O Homen Duplicado) - José Saramago (2002), présentation

Commentaires

Décès de José Saramago A noter que l'auteur José Saramago est décédé le 18 juin 2010, donc il y a quatre jours.

Écrit par : Marc | mardi, 22 juin 2010

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