dimanche, 20 juin 2010

La Sale Guerre : Le témoignage d'un ancien officier des forces spéciales de l'armée algérienne - Habib Souaïdia - 2001

bibliotheca la sale guerre

"J'ai vu des collègues brûler vif un enfant de quinze ans. J'ai vu des soldats se déguiser en terroristes et massacrer des civils. J'ai vu des colonels assassiner, de sang-froid, de simples suspects. J'ai vu des officiers torturer, à mort, des islamistes. J'ai vu trop de choses. Autant d'atteintes à la dignité humaine que je ne saurais taire. Ce sont là des raisons suffisantes, j'en suis convaincu, pour briser le mur du silence."

Habib Souaïdia était un officier dans l'armée algérienne. Il a été entraîné dans ce qu'on appellera "la sale guerre", celle qui déchirera son pays depuis 1992, avec l'arrêt du processus électoral face à la victoire annoncée des islamistes du FIS et qui plongera le pays dans la terreur pendant de nombreuses années entre la barbarie de ces islamistes, mais aussi et peut-être surtout les dérives de l'armée algérienne. Souaïdia va ensuite se réfugier en France et va enfin témoigner sur les horreurs qu'il a vécu. "La Sale Guerre" sortira en 2001 et fera l'effet d'une bombe.

Dans ce livre Habib Souaïdia se présente comme un militaire de coeur, qui poussé par un profond esprit patriotique, va s'engager à l'âge de size ans, en 1985, à l'Ecole des cadets de Koléa, dans la plaine de Mitidja. Un an plus tard, l’école est fermée, et il retourne chez lui, à Tébessa, où il passe son bac. En septembre 1989, il s’engage pour vingt-cinq ans dans l’Armée nationale populaire (ANP) et entre dans le saint des saints : l’Académie interarmes de Cherchell, où est formée l’élite militaire algérienne. Souaïdia va y rester trois ans, afin d'apprendre le métier, que ce soit la conduite de chars ou le maniement des fusils d'assaut Kalachnikov ou missiles sol-sol, les arts martiaux, le génie de combat et bien d'autres.
C'est une époque où l'armée est en grande puissance. Mais le malaise gagne peu à peu le pays, sous la forme d'une opposition religieuse. En effet, dehors, le Front islamique du salut (FIS), créé en mars 1989, conquiert la rue et les esprits. Après le triomphe des municipales de mai 1990, ses militants commencent, là où ils sont en force, à imposer la loi de la chorta islamiya - la police islamique -, notamment aux femmes. Habib, qui ne s’intéresse aucunement à la politique, s’accroche au mythe : ” l’armée était là pour protéger le peuple et la nation, pas pour rétablir l’ordre ou intervenir dans les problèmes intérieurs “. Mais quand éclate la grève insurrectionnelle de mai 1991 au cours de laquelle le FIS réclame la dawla islamiya, la république islamique, il n’en est plus si sûr. Un conflit s'annonçait, d'ailleurs des armes commençaient à circuler aux abords des mosquées.
A la fin de ses trois années de formation, Habib Souaïdia entre en volontaire dans les "forces spéciales". Et la guerre civile commence, l'armée se voyant de plus en plus menacée dans sa position de pouvoir par les islamistes.
Au début, enthousiaste pour ce combat qu'il croit juste, Souaïdia va très vite déchanter. L'armée va tout faire pour sauver sa place au pouvoir au dépit de l'ordre et de la sécurité. Les massacres vont s'enchaîner, se multiplier. Et s'ils ne trouvent plus rien à reprocher aux islamistes, ils vont attribuer leurs propres massacres à ces islamistes. L'Algérie va connaître ses pires heures...

Des années plus tard, après avoir été emprisonné en 1995 et 1999 pour avoir osé dénoncer les exécutions sommaires et questionner la torture, Habib Souaïdia va fournir ce témoignage exceptionnel, question de "ne pas se sentir complice de crimes contre les humanité" dit-il. Et le choc est énorme. Il était difficile d'y comprendre quelque chose lors de cette guerre, ici on la vit de l'intérieur, dans toute son horreur. Sans remettre en question le moins du monde la violence islamiste, Habib Souaïdia dénonce la stratégie du pouvoir militaire – "il faut terroriser les terroristes", qui a conduit à "la mort inutile de dizaines de milliers de civils, que rien ne justifiait". La stratégie d'un pouvoir qui n'a jamais cherché à analyser et à comprendre la situation du peuple algérien, ses motivations sociales et économiques aussi bien que religieuse.
Mais pour lui le combat n'est pas fini, on ne trahit pas l'armée impunément,Habib Souaïdia sera condamné à mort par contumace par un procès militaire algérien. Depuis lors il vit réfugié en France en attente d'un hypothétique réhabilitation.

"La sale guerre" de Habib Souaïdia est un document choc, incontournable sur son sujet, qui permet de mieux comprendre cette guerre obscur qui, pendant des années, a terrorisé tout un pays en massacrant des dizaines de milliers de civils.

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Présente édition : Editions Folio Gallimard, 29 août 2001, 340 pages

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