vendredi, 14 mai 2010

Le pont flottant des songes (Yume no ukihashi) - Junchirô Tanizaki - 1959

bibliotheca le pont flottant des songes

Tadasu est adulte, mais lorsqu'il pense à sa mère il retombe dans l'enfance. Sa mère, Chinu, cette femme merveilleuse lui rappelle sans cesse tant de bonheur. Et la deuxième femme de son père réincarne parfaitement la première, d'ailleurs elle sera également appelée Chinu. Et envers cette deuxième femme Tadasu va entretenir une relation des plus troubles, quelque part entre amour familial et désir plus charnel.

Ce court texte plein de saveur qu'est Le pont flottant des songes écrit en 1959 par le grand écrivain japonais Junichirô Tanizaki est un hommage, voire un éloge, saisissant de la maternité et des femmes de façon plus générale. Fortement autobiographique l'auteur nous porte à travers une prose des plus poétiques à la découverte de cet amour qui le marqua lui-même autant.

Le pont flottant des songes est un texte magnifique sur l'amour maternel et sur l'image de la femme.

A lire !

Extrait :

Lorsque, n'arrivant pas à m'endormir, je faisais mon enfant gâté et que, tout agité, je réclamais: "Maman! Laisse-moi dormir avec toi!", elle venait voir ce qui se passait et, en me disant: "Allons, mon petit chéri!", elle me prenait dans ses bras pour m'emmener dans sa chambre à coucher. Bien que la literie fût déjà préparée dans la grand pièce où dormaient mes parents, mon père, qui était probablement allé à la villa au fond du jardin, n'était pas là. Ma mère, qui ne s'était pas encore changée pour la nuit, s'allongeait dans sa tenue habituelle, sans même défaire son obi, pour me serrer contre elle, ma tête sous son menton. Une lampe éclairait la chambre, mais comme j'enssevelissais mn visage entre les pans entrouverts de son kimono, je ne percevais qu'une vague pénombre alentour. Le parfum de ses cheveux, qu'elle nouait en chignon, effleurait mes narines. Je cherchais de mes lèvres le bout de son sein, le prenais dans ma bouche, le roulais sous ma langue. Sans rien dire, maman me laissait téter aussi longtemps que je voulais. Je crois me souvenir d'avoir pris le sein jusqu'à ce que je sois devenu passablement grand, car à cette époque personne personne n'insistait sur la questio du sevrage. Tout en jouant sur son mamelon de la pointe de ma langue, je tétais de mon mieux,et alors, ô bonheur! j'en tirais du lait. Des effluves où cette odeur lactée se mêlaient au parfum de sa chevelure flottaient tout autour de mon visage enfoui dans sa poitrine. Il régnait là une obscurité profonde qui laissait pourtant deviner un halo blanchâtre autour de ses seins.

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Présente édition : traduit du japonais par Jean-Jacques Tschudin, Editions Folio, 7 mai 2009, 109 pages

Voir également :
- Le meurtre d’O-Tsuya (お艶殺し) - Junichirô Tanizaki (1915), présentation 

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