dimanche, 18 avril 2010

Le Mystère de la pierre sculptée - Andréa Novick - 2009

bibliotheca le mystere de la pierre sculptee

Peut-on réellement mener une vie normale lorsqu'une malformation de naissance vous défigure ? Jeanne, elle, a décidé de s'exclure de la société parce quelle ne s'accepte pas et quelle ne supporte plus les regards et les questions incessantes. Elle vit recluse dans un petit village du bord de mer. Un jour de tempête, elle aperçoit sur la plage un homme mystérieux qui entre dans l'eau et s'y enfonce jusqu'au cou. N'écoutant que son cour, elle part immédiatement le secourir et le ramène chez elle pour qu'il se repose. Persuadée que l'homme va prendre la fuite dès qu'il la verra, elle s'étonne lorsqu'il ne manifeste aucune réaction et comprend alors qu'il est aveugle. Une rencontre étrange qui marque le début dune relation passionnée au cours de laquelle cette malformation de la peau va prendre de plus en plus d'importance, jusqu'au moment décisif où Léonid retrouve la vue. Quel nouvel équilibre va pouvoir s'installer dans ce couple différent ? Jeanne n'aurait en tout cas jamais imaginé que sa vie allait complètement basculer lorsqu'elle est venue en aide à cet inconnu.

Le Mystère de la pierre sculptée de l'écrivaine française Andréa Novick, nous conte l'histoire finalement bien classique de la rencontre de deux personnages en marge de la société. Classique certes, mais contée avec beaucoup de talent et sans jamais s'apitoyer sur le sort de ces malheureux personnages. Avec finesse Andréa Novick nous mène à travers les méandres des sentiments humains dans ce beau roman qui toutefois manque quelque peu de surprise.

Le Mystère de la pierre sculptée
est un beau roman psychologique et sentimental, un texte à découvrir.


Extrait : premières lignes

Ce premier jour de l’automne n’augurait rien de bon ; même la mer avait fiévreusement perdu sa sérénité estivale. La perspective de ne pas pouvoir mettre le nez dehors me rendait taciturne. Impossible de faire coulisser la baie vitrée afin d’humer nerveusement les embruns marins. Mon vieux coucou suisse, corseté dans sa boîte en châtaignier, restait d’une insondable tristesse et effritait les minutes avec une monotonie routinière. Malgré tout, je me consolais en admirant le spectacle des aigrettes et des goé- lands prenant leur envol pour aller se nicher dans les cavités crayeuses des falaises, y attendant sagement et instinctivement que la tempête s’estompe.

Il faisait un temps à ne pas écumer les plages de la Côte d’Opale, en parfaite adéquation avec le décor, le baromètre pointant un moins six degrés polaire. Le drapeau rouge hissé tentait
vainement de stigmatiser la tempête.

En déployant son imagination au maximum, seul un Inuit aurait pu avoir l’envie de s’aventurer sur le bord de mer, là où la froidure vous gerçait les lèvres et vous soudait des stalactites sous les narines. La zone où je résidais échappait à la surveillance du poste de secours, fermé en cet automne glacial, d’une précocité sans indulgence et inhabituelle. Pas un jogger ne songeait à arpenter le bord de mer, sous peine de disparaître à jamais, englouti par une déferlante imprévisible.

Pourtant ce matin-là, malgré les bourrasques de vent et la pluie verglaçante, un desperados à l’esprit tourmenté avait osé braver, avec témérité, détermination et résignation, les éléments déchaînés afin de se faire flageller par les forces du mal.

Les habitants avaient toutes les raisons d’être tristes, calfeutrés qu’ils étaient, sans le moindre enthousiasme, redoutant la promenade au bord des flots bouillonnants, craignant d’être avalés par une mer d’une férocité légendaire. Le charme pittoresque et habituel de l’endroit était malmené par cette tempête dantesque qui défigurait le paysage.

L’homme déambulait pieds nus, revêtu de simples oripeaux de mi-carême délavés. Il semblait hébété par les rafales de vent violent qui le soulevaient de terre sans ménagement, par chaque agression des vagues. Un rictus de souffrante amertume lui barrait le visage. Il avait de l’écume accrochée au revers de son pantalon, mais apparemment, il ne s’en souciait guère. Il était muni d’un bâton noueux, probablement ramassé sur la plage, sur lequel il s’appuyait grotesquement. Le morceau de bois avait certainement été recraché par une mer qui vomissait de colère le trop-plein d’objets hétéroclites longtemps contenu dans ses entrailles. Espérait-il, armé de son gourdin, pourfendre les lois impitoyables de la nature ?

La silhouette de l’homme était osseuse et longiligne ; le visage à l’expression déterminée était taillé au burin, légèrement dissimulé par une barbe naissante. Les yeux étaient enfoncés dans leurs orbites et semblaient volontairement faire abstraction du spectacle offert par les éléments. L’homme avançait comme un somnambule qu’aucun obs- tacle ne semblait pouvoir ralentir. Il faut dire que cette région ne manque pas d’arguments pour finir de convain-cre une âme solitaire qui a l’esprit suicidaire.

Moi, pendant ce temps, malgré la mélancolie qui m’avait envahie, j’étais bien à l’abri, au cœur de ma mai- son sur pilotis, posée et nichée délicatement dans le creux d’une dune de sable fin. J’avais pris l’attitude d’une mar- motte en hypothermie, debout devant la baie vitrée qui m’offrait un panorama extraordinaire sur la mer, tout en me permettant d’assister à cette scène imprévisible sans subir les assauts de la bise et de la pluie glaciales.

Comme je m’attaque toujours à l’essentiel, et ne vou- lant rien perdre de la tempête, j’usais du seul cadeau qu’on m’avait jamais offert : ma belle paire de jumelles, précieux présent hérité de Grand-Papa, dont j’avais braqué les len- tilles en direction de l’âme solitaire et apparemment désespérée. Mes yeux fixes étaient aimantés par l’homme qui avançait vers la mer à une vitesse suicidaire.

J’étais seule à la maison ; comme toujours, la présence de Tabou, mon labrador, me sécurisait en me couvrant jalousement de son regard protecteur.

Soudain, je vis l’ombre s’enfoncer dans les vagues et commencer à progresser jusqu’à mi-cuisse dans le bouillon glacé. Mon incrédulité fit place à la consternation. Prise d’une sincère empathie et désireuse d’assister une personne en danger, j’enfilai en une fraction de seconde mes Wellington imperméables. J’attrapai sur la patère à tête de chat mon indispensable et chic ciré marin. Je flattai Tabou d’une caresse afin qu’il m’assiste dans ma tentative de sauvetage d’une vie humaine. Mais ce matin-là, Tabou n’était pas d’humeur à me suivre dans la tempête ; il préfé- rait rester à ronfler paisiblement devant le feu qui crépitait de plaisir dans l’âtre afin de nous réchauffer le cœur et le corps.

Le temps pressait et je n’avais plus une raison valable de m’attendrir sur les états d’âme de Tabou qui, malgré tout, me suivit, l’œil hostile et réfractaire, comme si je l’emmenais à la SPA à l’aide d’un collier étrangleur.

Pendant ce laps de temps, le site venait soudainement de changer de physionomie.

A peine la porte d’entrée claquée nerveusement derrière moi par un courant d’air vicieux et lubrique qui voulait emporter tout sur son passage, un vent fou me cingla le visage et me déstabilisa. Mon chien, qui attendait ma réaction, se précipita dans un orgueil démesuré et avec la vélo- cité d’un guépard vers la mer, en direction du naufragé. La truffe aguerrie de Tabou avait localisé le bougre sans GPS. Pendant ce temps, j’avançais d’un pas rapide et angoissé, les yeux fixés sur l’homme qui avait de l’eau jusqu’au cou et que les flots continuaient à engloutir lentement. Tabou, affichant sur son museau un mécontentement patent, s’arrêta net dans sa lancée, puis sauta prudemment dans l’eau et se mit à nager vers le désespéré dont on ne distin- guait plus que la tête qui émergeait encore. Arrivé au niveau du quidam suicidaire, mon chien, généralement d’une loyauté à toute épreuve, l’alpagua par le pantalon grâce à sa robuste mâchoire d’acier, puis ramena son tro- phée avec majesté sur le sable humide.

Tabou se figea devant moi, le regard complice, en attente de sa récompense.

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Présente édition
: Editions Publibook, 20 novembre 2009, 156 pages


Voir également :
- Titus et Bouboule en Egypte (2009), présentation et extrait

- Titus et Bouboule en Argentine (2010), présentation et extrait

- Titus et Bouboule à la Montagne (2010), présentation
- Titus et Bouboule au Sénégal (2010), présentation et extrait
- Titus et Bouboule au Festival de Cannes (2010), présentation
- Titus et Bouboule à Hawaï (2010), présentation

- Titus et Bouboule à Juan-Les-Pins (2011), présentation

- Le Secret de l'albinos (2011), présentation
Titus et Bouboule à Paris (2012), présentation et extrait

Commentaires

Un excellent roman Je viens de lire le livre de Andrea Novick je ne connaissais pas l'auteure ,et je dois avouer que son roman m'a plu énormément.En particulier le destin de Jeanne son héroïne ...
Je n'en dis pas plus mais je conseille chaudement son roman.
Cordialement
Lebovici jean

Écrit par : lebovici jehan | lundi, 19 avril 2010

Un roman qui se doit d'être lu ! Je suis heureuse d'avoir fait confiance à Bibliotheca,pour le choix de ses livres.
Je viens d'achever ce bon roman dramatique !
étant moi même atteinte d'une disgâce faciale ,j'ai été bouleversée par la trajectoire de Jeanne.
Ce livre m'a sorti les larmes ,ça m'a fait beaucoup de bien.
Voilà en plus c'est bien écrit !
Cordialement
M.Nakache

Écrit par : Nakache | mercredi, 19 mai 2010

Un livre culte Une éternelle histoire passionnelle qui unit un homme et une femme,mais là dans ce livre l'expérience devient inoubliable !
C'est bien écrit le montage est si bien ficelé que la chute
surprend le lecteur,après avoir basculé dans un climat vénéneux ...
lisez ce livre mesdames....

Écrit par : Silvestril | jeudi, 27 mai 2010

Une bonne intigue ! Une belle histoire psychologique,grâce à la réunion des deux personnages au lourd passé tourmenté .
Un cri d'amour pathétique hurlé par Jeanne qui m'a ému particulièrement.
Une histoire envoûtante pleine de suspense qui nous donne une leçon sur le regard que l'on porte à l'autre.

C.Lecoutre

Écrit par : lecoutre | lundi, 31 mai 2010

Le choix des bibliothecaires - en savoir plus sur Andrea Novick ...
D'origine Slave, Andréa Novick est une écrivaine éclectique. Dans "Le Mystère de la pierre sculptée ", elle conduit le lecteur dans les mé (...) ...
www.lechoixdesbibliothecaires.com/auteur-89223-andrea-novick-.htm - En cache

Écrit par : Perreti | mardi, 19 octobre 2010

Le mystère de la pierre sculptée prochainement adapté au cinéma ...
19 mai 2011 ... Le mystère de la pierre sculptée (Prochainement Adapte Au Cinema Andréa Novick. Gencod 9782748350494 . ...
www.senscritique.com/livre/...mystere-de-la-pierre.../andrean/ - En cache

Écrit par : Vastarelli | jeudi, 16 juin 2011

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