samedi, 27 février 2010

Le Voyage en Egypte - Jean-Claude Simoën - 2002

bibliotheca le voyage en egypte

L'Egypte a été redécouverte par les Occidentaux à la fin du XVIIIème siècle, l'égyptologie était née et tout le monde ne s'intéressait plus qu'à cela. Il fallait y aller, organiser les expéditions les plus folles et en rapporter le plus de trésors possibles. Ce fût la révélation d'une civilisation, certes disparue, mais irréductible à jamais par ce qu'elle a laissée. On y comprenais encore rien, il a fallu attendre l'année 1822 et la découverte de la Pierre de Rosette, pour que l'on commence peu à peu à déchiffrer les hiéroglyphes. Et à côté de ces ruines majestueuses, tous ces voyageurs découvraient un pays au mode de vie si différent et qui vivait au rythme du Nil, ce long fleuve éternel chargé de tant d'histoire.

Et c'est cette Egypte-là que tente de nous faire revivre l'éditeur français Jean-Claude Simoën, dans son livre Le Voyage en Egypte, vue par les yeux de ses voyageurs pour la plupart du XIXème siècle, et qui revenaient de leurs voyages pleins d'écrits, de photographies et de dessins. Et cela afin de nous faire comprendre et revivre l'émerveillement des explorateurs de cette époque.

Jean-Claude Simoën commence par nous raconter l'histoire de tous ces voyageurs avant de dédier chaque chapitre à une région bien précise et en la décrivant grâce à de multiples illustrations, dessins et extraits de récits de voyages datant de l'époque. Et cela en commençant par le Delta d'Alexandrie jusqu'à la Nubie et Abou Simbel, en passant par Gizeh, Memphis, Louxor et bien d'autres. Le tout se constitue finalement comme un guide touristique moderne, sauf que le contenu a été remplacé par des témoignages de tous genre des gens de l'époque.
Et parmi ces témoins on retrouve entre autres les explorateurs Giovanni Battista Belzoni, ,
maxime Ducamp, Karl Richard Lepsius..., les écrivains Dominique Vivant Denon, Gustave Flaubert, Théophile Gautier, Pierre Loti, Mark Tawin... . Les illustrations sont de David Roberts, Emile Prisse d'Avennes, Jean-François Champollion et bien d'autres. Plus de 90 auteurs sont cités.
Pour compléter le sujet, le livre déjà accompagné de nombreuses cartes, se voit suivre de plusieurs annexes nous expliquant la chronologie de l'histoire de l'Egypte, la mythologie ancienne, des notions d'architecture, ainsi que les biographies de la plupart des auteurs, et illustrateurs.
Une bibliographie et une table des illustrations très complètes viennent conclure le tout.

Le Voyage en Egypte de Jean-Claude Simoen nous offre une vision unique de l'Egypte, celle vue à travers les yeux des écrivains et peintres du XIXème siècle qui l'ont parcourue et décrite.

Il est à noter que ce livre, paru initialement aux éditions Impact Livres, a été réédité en 2010 dans un format mi-poche aux éditions J'ai Lu, plus idéal au transport et ... au voyage.

Le Voyage en Egypte est un livre unique et très complet qui, à l'aide des voyageurs du passé, saura inspirer ceux d'aujourd'hui !

A découvrir !

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Extraits : passages pris au hasard

Les pyramides ont vu, sur leurs larges bases, les siècles et les dynasties passer comme des vagues de sable, et le sphinx colossal, à la face camarde, sourit toujours à leurs pieds de son sourire ironique et mystérieux. Eventrées, elles ont gardé leur secret et n'ont livré que des ossements de bœuf, auprès d'un sarcophage vide. Des yeux fermés depuis si longtemps que l'Europe n'était peut-être pas encore émergée du déluge, lorsqu'ils contemplaient la lumière, les ont regardées de la place oii nous sommes. Elles ont été contemporaines d'empires disparus, de races d'hommes étranges balayées de la terre. Elles ont vu des civilisations qu'on ignore, entendu des langues qu'on cherche à deviner sous les hiéroglyphes, connu des mœurs qui nous paraîtraient chimériques comme un rêve. Elles sont là depuis si longtemps, que les étoiles ont changé de place ; et leurs pointes s'enfoncent dans un passé si prodigieusement fabuleux, que derrière elles il semble qu'on voie luire les premiers jours du monde.

L'Orient, Théophile Gautier, 1877

***

Nous vîmes de l'autre côté du fleuve descendre deux cents Mamelouks avec leurs équipages; nous sûmes depuis que c'était Elfy-bey, qui, blessé à Samanhout, n'avait pas voulu passer les cataractes avec les autres beys. En approchant, nous admirions la superbe et avantageuse situation d'Apollinopolis la grande; elle dominait le fleuve et toute la vallée de l'Égypte, et son superbe temple pyramidait encore sur le tout comme une citadelle qui aurait pu commander le pays: cette idée dérive si naturellement de sa situation, que ce temple n'est connu dans le pays que sous le nom de la forteresse. Je prévoyais avec chagrin que nous arriverions tard et que nous partirions le lendemain de grand matin. Je me mis au galop pour devancer les premiers soldats, et avant que les derniers rayons du jour cessassent d'éclairer le pays. Je n'eus que le temps cette fois de parcourir à cheval cet édifice, dont la grandeur, la noblesse, la magnificence et la conservation surpassent tout ce que j'avais encore vu en Égypte et ailleurs; il me fit une impression gigantesque comme ses dimensions. Cet édifice est une longue suite de portes pyramidales, de cours décorées de galeries, de portiques, de nefs couvertes, construites, non pas avec des pierres, mais avec des rochers tout entiers. La nuit était venue avant que j'eusse eu le temps de faire le tour de ce surprenant monument; et je recommençai à gémir sur le sort qui m'obligeait de voir si rapidement ce qui méritait tant d'admiration. La conservation de cet édifice antique contraste merveilleusement avec les ruines grisâtres des habitations modernes construites dans son intérieur; une partie de la population du village habite le temple dans des huttes, bâties dans les cours et sur les combles, et qui, semblables aux nids des hirondelles dans nos maisons, les salissent sans les masquer ni les dégrader. Au reste, ce mélange, fâcheux au premier coup-d'oeil, produit un contraste pittoresque qui donne tout à la fois une échelle, et des hommes et des temps: d'ailleurs, avons-nous le droit de trouver ridicule que des peuples ignorants appuient leurs faibles constructions, et ne craignent pas de masquer des beautés sur lesquelles ils n'ont jamais arrêté leurs regards, tandis que nous laissons les arènes de Nîmes encombrées de masures?

Voyages dans la Basse et la Haute Egypte, pendant les campagnes du général Bonaparte
, Dominique Vivant Denon, 1802

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Alors, non, les villes, les villages, à moins qu'ils ne mènent à des ruines célèbres, on ne s'y arrête plus; il faut passer outre et, pour l'étape du soir, chercher un hameau perdu, un recoin de silence, où amarrer sa dahabieh contre la vénérable terre grise de la berge.

Ainsi l'on s'en va, pendant des jours, pendant des semaines, entre ces deux interminables falaises de calcaire rose pleines d'hypogées et de momies, qui sont les murailles de la vallée du Nil et doivent vous suivre jusqu'à la première cataracte, jusqu'à l'entrée de la Nubie. Là seulement changeront enfin d'apparence et de nature les rochers des déserts, pour devenir ces granits plus sombres dans lesquels les Pharaons faisaient tailler leurs grands dieux et leurs obélisques.

On s'en va, on s'en va, remontant le fil de ce courant éternel, et, pour faire perdre la notion des heures et des dates qui fuient, il y a la régularité du vent, la persistance d'un ciel limpide, la monotonie du grand fleuve qui serpente et ne finit jamais. Si déçu que Ton soit de voir tout profané sur les bords, on n'échappe point à cette paix d'être nomade et isolé sur l'eau, étranger parmi un équipage d'Arabes silencieux, qui chaque soir se prosternent pour de confiantes prières.

D'ailleurs, on marche vers le sud, vers le soleil, et chaque jour la clarté se fait plus belle, la chaleur plus caressante, en même temps que brunit davantage le bronze des figures perçues en route.

La mort de Philae
, Pierre Loti, 1908

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bibliotheca Les ruines d'Hieraconpolis

Les ruines d'Hiéraconpolis dans Voyage dans la Basse et la Haute Egypte, Dominique Vivant Denon, 1802

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Voir également :
- Le Voyage à Venise - Jean-Claude Simoën (2000), présentation et extrait

Présente édition : éditions J'ai Lu, 3 février 2010, 292 pages

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