lundi, 22 février 2010

Miss Saturne - Barbara Israël - 2009

bibliotheca miss saturne

Les années 1980 à Nice. Mercédès, dite Mercy, une adolescente de quinze ans passe toutes ses nuit dans la boîte le Saturne où elle retrouve ses amis Clara et Tom en écoutant de la musique New Wave. Ces trois amis y vivent leur mal-être d'adolescent en espérant des jours meilleurs. Mercy a redoublé plusieurs fois son année scolaire, elle ne se sent pas belle, ses parents ne supportent pas son look, ses cheveux crêpés et ses gros traits d'eyeliners qu'elle efface dans l'ascenseur avant de rentrer chez elle. Elle rêve d'une autre vie, à Paris, où la vie nocturne est des plus réputées. Tom est un homosexuel incompris de ses grands-parents qui l'élèvent. Lui suit des cours à une école de mode et n'a qu'un seul but, celui de devenir styliste. Clara, quant à elle, souffre d'un manque d'attention de la part de ses parents et est persuadée que sa jeunesse est déjà finie. La vie les dégoûte, leurs aînés ne les comprennent pas, et le Saturne est leur seul refuge, le temps d'arrêt de leur vie normale, où ils peuvent enfin oublier leurs tracas quotidiens. Une autre planète, loin du collège et du domicile familial...

Miss Saturne est le second roman de l'écrivain français Barbara Israël qui décrit la dérive de trois adolescents paumés au beau milieux des années 1980, sur le rythme de musique New Wave omniprésente et qui donne le rythme à ce récit nous plongeant dans le désarroi de la jeunesse. Ces trois jeunes se croient incompris, ils sont mal dans leur peau, les conflits intergénérationnels les incombent et ils se croient en être les seuls victimes. Ils passent leur temps à revendiquer tout et n'importe quoi, méprisent ceux qui ne sont pas conscients de la médiocrité de la vie, sans jamais comprendre qu'ils ne s'élèvent guère d'un phénomène duquel ils sont le pur produit. Barbara Israël excelle à décrire ce petit monde cruel et désespéré de l'adolescence, et son incompréhension totale face au monde qui les entoure poussé par le manque total de communication dont ils sont victimes. Et l'auteur réussit parfaitement à dresser un portrait convaincant de cette jeunesse, faits de beaux passages, parfois un peu caricaturaux, mais souvent réussis et toujours teintés d'un certain humour satirique. C'est parfois un peu sordide, souvent assez dur, et s'y plonger n'est pas toujours évident. Et puis, placé au beau milieu des années 1980 un grand nombre de lecteurs s'y retrouvera, et peut-être s'y reconnaîtra-t-il quelque peu.

Miss Saturne est roman émouvant et sans complaisance sur l'âge difficile qu'est l'adolescence.

Extrait :

Résultat des opérations, on débarque au Saturne en retard.

Le Saturne, c'est notre QG. Il est connu comme le bar des New Waves de Nice. Même si les New Waves qui se la pètent rechignent à y traîner parce qu'ils nous jugent comme des cagoles. Au début c'était seulement un bar fréquenté par des homos un peu ringards, le genre que les homos pas-ringards-du-tout considèrent comme des pestiférés. Dans le lot, on trouvait tout un tas de types qui digéraient mal leur retour d'âge et qui, réflexion faite, préféraient se retrouver entre vieux, histoire de passer l'après-midi. Pour eux, les plaisirs de la vie se résumaient plus qu'à une tarte aux pommes et à une tasse de thé, qu'ils saisissaient d'une main délicate, avec le petit doigt en l'air à l'ancienne. C'est vraiment triste quand on pense à ce qu'on devient.

Ils souffraient de cette cohabitation avec nous. Notre jeunesse irritait la prunelle de leurs yeux semblables à des terrains vagues. Du coup ils ont décidé de s'évaporer discrétos. (...)

On avait l'habitude de se retrouver autour de la platine vinyle du disquaire pour écouter les derniers titres des Bauhaus ou des Cocteau Twins fraîchement débarqués d'Angleterre. Au début, on ne s'adressait pas la parole. On se contentait de se reluquer avec le sentiment partagé d'être de chanceux privilégiés ayant accès à ce qui se faisait de mieux en musique.
On formait une sorte de secte combattant ce monde envahi par Kool and the Gang et par Madonna.

La musique est la première chose qu'on a partagée et elle s'est d'office imposée comme la Constitution de notre amitié. C'est ça qu'il me fallait, des amis, des alliés, des gens qui soient comme moi, à la recherche de trucs qu'ils n'ont pas.

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Présente édition : Editions J'ai Lu, 20 janvier 2010, 187 pages

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