samedi, 20 février 2010

La prière - Jean-Marc Roberts - 2008

bibliotheca la priere

Antoine Risser est un homme sans qualités, quelconque, indécis dans la vie, sans projets ni attaches. Seuls ses enfants, de femmes quittés lui donnent l'illusion d'attaches. Son père, un riche américain, l'abandonné lui et sa mère alors qu'il était tout jeune. Un demi-frère du nom de Jimmy profite désormais de la vie rêvée d'Antoine, car sa mère, comédienne puis vendeuse de fleurs n'arrive guère à assurer. Mais alors qu'il a quinze ans, un événement va fortement le marquer : alors que lui et sa mère sont invité à Londres à l'hôtel Carlton par l'Américain, comme Antoine aime à le nommer, il surprend un jour dans sa salle de bain une jeune femme musulmane en train de faire sa prière sur un tapis de bain. Naima n'a que vingt et est enceinte.  Le souvenir de cette rencontre fortuite ne le quittera plus jamais.
Trente ans plus tard le terrorisme frappe Londres. L'époux de Naïma est suspecté. fille de Naima est devenue une jeune femme engagée dans sa foie et dans la politique. Tout le contraire d'Antoine. Peut-être qu'enfin, pour Antoine, tout commencera à prendre un sens...

L'éditeur, scénariste et écrivain français publie en 2008 le court roman La prière, roman étonnant et sensible décrivant de l'adolescence à la mort le destin d'un homme qui semble être passé totalement à côté de sa vie. Trente années au total, faits de conditionnels et suspendus quelque part entre rêve et réalité; et durant lesquels résonnent les attentats islamistes de ce début de 21ème siècle. Ecrit dans un style très romanesque, beau et bien poétique, Jean-Marc Roberts fournit une troublante et très touchante histoire sur une vie ordinaire balayée par les tragédies du monde. Et par celle d'Antoine, c'est finalement l'absurdité de la vie de tout un chacun qui transparaît.

La prière de Jean-Marc Roberts est un roman troublant et émouvant porté par une écriture magnifique.

Un vrai plaisir de lecture !

Extrait :

Antoine parlait peu de Naima. Il devait la considérer comme une relation interdite, un sujet en tous points défendu. Voulait-il la protéger ? Espérait-il en la protégeant se protéger lui-même? On ne l'a jamais su. L'épisode de leur rencontre, à Londres à la fin des années soixante, demeure flou et incomplet.

Avril 1969 : Antoine s'apprête à fêter l'anni­versaire de ses quinze ans. Naima en a tout juste vingt. À l'instant même où l'adolescent surprend la jeune femme, agenouillée sur un tapis de bain dans la chambre du Carlton qu'il partage avec sa mère, il est troublé. Elle est émue. La jeunesse de ce visiteur inattendu, sa gêne tranchent sur l'assurance insolente des clients de l'hôtel, pour la plupart des Américains.

Naima se redresse, quitte sa position incongrue, presque indécente, et affiche un air désolé : la chambre n'est pas encore faite. Le tapis de bain qui semble maintenant égaré au milieu de la pièce n'est guère plus propre. La jeune femme n'avance ni excuses ni explication. Quelle importance. Antoine n'en a cure. Il aide Naima à replacer le morceau de tissu dans le cabinet de toilettes et lui tend la main. Elle l'accepte telle une preuve de leur récente complicité. À tort et à raison, tous les deux s'estiment vaguement coupables. Elle n'aurait pas dû se laisser surprendre. Il aurait pu éviter de remonter si tôt dans la chambre, aux heures de service des femmes de ménage. Ils échangent leurs prénoms, leur secret puis un sourire modeste. Un tapis de bain n'est pas un tapis de prière mais nous sommes à Londres, à la fin des années soixante :

«Je suis croyante», lui dit-elle tandis que lui ne croit en rien, l'observe avec gourmandise.

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Présente édition :  Editions J'ai Lu, 6 janvier 2010, 120 pages

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