mardi, 26 janvier 2010

Acté - Alexandre Dumas - 1838

bibliotheca acte

L’an 57 à Corinthe. Les jeux néméens vont être lancés. Les concurrents de tout bord affluent. Parmi eux, se trouve le beau et fort Lucius, qui dès son arrivée à Corinthe tombe sous le charme de la jolie et ravissante Acté. Elle ne peut résister longtemps aux avances du jeune homme, et lorsque celui-ci remporte haut la main tous les prix des jeux, elle repart avec lui pour Rome. Elle regrette cependant de laisser derrière elle son père et sa patrie, mais son amour pour Lucius est plus fort que tout.
Toutefois, lors leur voyage elle se rend vite compte qu’un certain mystère plane autour de Lucius. Celui-ci semble lui cacher quelque chose. Arrivée à Rome, la vérité éclate : Lucius n’est autre que l’Empereur romain, plus connu sous le nom de Néron, un nom toujours associé à la crainte et à la terreur. Elle devra se faire, malgré elle, à la vie de cour qui l’attend. Mais très vite elle n’en peut plus de toute cette vie de débauche faite d’orgies que mène son amant. Elle essaye alors de s'assurer la protection d'Agrippine, la mère de Néron. Mais celle-ci, en délicatesse avec son fils, échappe de justesse avec Acté au naufrage de son bateau avant d'être assassinée sur ordre de Néron. Acté est recueillie par Paul, apôtre du Christ, qui la conduit dans les Catacombes de Rome, endroit d'asile pour les opprimés de toutes sortes.
La cruauté de Néron s'accentue encore avec l'assassinat de son épouse, puis de sa maîtresse, l'incendie de Rome... Les persécutions des chrétiens s'intensifient.
Acté essaye en vain d’intervenir auprès de Néron, mais rien n’y fait. Le règne de terreur de l’empereur est à son comble, et rien ne peut l’arrêter… si ce n’est sa propre chute. Car de partout les révoltes guettent. Et l’Empire est à deux doigts l’un de ses pires bouleversements…
 
Acté est un roman d’Alexandre Dumas qui paraît en 1838, donc bien avant ses grands succès littéraires que ce sont entre autres Les trois mousquetaires (1844) et Le comte de Monte-Cristo (1844-1845). C’est aussi l’un des rares romans de Dumas, pourtant spécialiste du roman historique, à se dérouler dans l’antiquité.
Ce roman n’est certainement pas l’un des plus réussis du grand auteur, mais réserve quand même quelques bonnes surprises au lecteur. Le fond historique est très convaincant (le règne cruel de Néron) et les différents personnages historiques ou non fonctionnent parfaitement. Il est à noter qu’un doute existe sur le personnage d’Acté qui selon Tacite était une esclave affranchie et non une vierge grecque de Corinthe. L’histoire de cet amour tragique est plutôt émouvante, et réussit à accrocher le lecteur au destin d’Acté.
 
En bref, Acté est une œuvre peu connue d’Alexandre Dumas mais qui a tout pour constituer un excellent roman historique.

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr  -  FNAC.com  - ABEBOOKS.fr  -  PRICEMINISTER.com

Extrait :

Chapitre I

Le 7 du mois de mai, que les Grecs appellent thargélion, l’an 57 du Christ et 810 de la fondation de Rome, une jeune fille de quinze à seize ans, grande, belle et rapide comme la Diane chasseresse, sortait de Corinthe par la porte occidentale, et descendait vers la plage : arrivée à une petite prairie, bordée d’un côté par un bois d’oliviers, et de l’autre par un ruisseau ombragé d’orangers et de lauriers-roses, elle s’arrêta et se mit à chercher des fleurs. Un instant elle balança entre les violettes et les glaïeuls que lui offrait l’ombrage des arbres de Minerve, et les narcisses et les nymphéas qui s’élevaient sur les bords du petit fleuve ou flottaient à sa surface ; mais bientôt elle se décida pour ceux-ci, et, bondissant comme un jeune faon, elle courut vers le ruisseau.
 
Arrivée sur ses rives, elle s’arrêta ; la rapidité de sa course avait dénoué ses longs cheveux ; elle se mit à genoux au bord de l’eau, se regarda dans le courant, et sourit en se voyant si belle. C’était en effet une des plus ravissantes vierges de l’Achaïe, aux yeux noirs et voluptueux, au nez ionien et aux lèvres de corail ; son corps, qui avait à la fois la fermeté du marbre et la souplesse du roseau, semblait une statue de Phidias animée par Prométhée ; ses pieds seuls, visiblement trop petits pour porter le poids de sa taille, paraissaient disproportionnés avec elle, et eussent été un défaut, si l’on pouvait songer à reprocher à une jeune fille une semblable imperfection : si bien que la nymphe Pyrène, qui lui prêtait le miroir de ses larmes, toute femme qu’elle était, ne put se refuser à reproduire son image dans toute sa grâce et dans toute sa pureté. Après un instant de contemplation muette, la jeune fille sépara ses cheveux en trois parties, fit deux nattes de ceux qui descendaient le long des tempes, les réunit sur le sommet de la tête, les fixa par une couronne de laurier-rose et de fleurs d’oranger qu’elle tressa à l’instant même ; et laissant flotter ceux qui, retombaient par derrière, comme la crinière du casque de Pallas, elle se pencha sur l’eau pour étancher la soif qui l’avait attirée vers cette partie de la prairie, mais qui, toute pressante qu’elle était, avait cependant cédé à un besoin plus pressant encore, celui de s’assurer qu’elle était toujours la plus belle des filles de Corinthe. Alors la réalité et l’image se rapprochèrent insensiblement l’une de l’autre ; on eût dit deux sœurs, une nymphe et une naïade, qu’un doux embrassement allait unir : leurs lèvres se touchèrent dans un bain humide, l’eau frémit, et une légère brise, passant dans les airs comme un souffle de volupté, fit pleuvoir sur le fleuve une neige rose et odorante que le courant emporta vers la mer.
 
En se relevant, la jeune fille porta les yeux sur le golfe, et resta un instant immobile de curiosité : une galère à deux rangs de rames, à la carène dorée et aux voiles de pourpre, s’avançait vers la plage, poussée par le vent qui venait de Délos ; quoiqu’elle fût encore éloignée d’un quart de mille, on entendait les matelots qui chantaient un chœur à Neptune : La jeune fille reconnut le mode phrygien, qui était consacré aux hymnes religieux ; seulement, au lieu des voix rudes des mariniers de Calydon ou de Céphalonie, les notes qui arrivaient jusqu’à elle, quoique dispersées et affaiblies par la brise, étaient savantes et douces à l’égal de celles que chantaient les prêtresses d’Apollon. Attirée par cette mélodie, la jeune Corinthienne se leva, brisa quelques branches d’oranger et de laurier-rose destinées à faire une seconde couronne qu’elle comptait déposer à son retour dans le temple de Flore, à laquelle le mois de mai était consacré ; puis d’un pas lent, curieux et craintif à la fois, elle s’avança vers le bord de la mer, tressant les branches odorantes qu’elle avait rompues au bord du ruisseau.
 
Cependant la birème s’était rapprochée, et maintenant la jeune fille pouvait non seulement entendre les voix, mais encore distinguer la figure des musiciens : le chant se composait d’une invocation à Neptune, chantée par un seul coryphée avec une reprise en chœur, d’une mesure si douce et si balancée, qu’elle imitait le mouvement régulier des matelots se courbant sur leurs rames et des rames retombant à la mer. Celui qui chantait seul, et qui paraissait le maître du bâtiment, se tenait debout à la proue et s’accompagnait d’une cythare à trois cordes, pareille à celle que les statuaires mettent aux mains d’Euterpe, la muse de l’harmonie : à ses pieds était couché, couvert d’une longue robe asiatique, un esclave dont le vêtement appartenait également aux deux sexes ; de sorte que la jeune fille ne put distinguer si c’était un homme ou une femme, et, à côté de leurs bancs, les rameurs mélodieux étaient debout et battaient des mains en mesure, remerciant Neptune du vent favorable qui leur faisait ce repos.
 
Ce spectacle, qui deux siècles auparavant aurait à peine attiré l’attention d’un enfant cherchant des coquillages parmi les sables de la mer, excita au plus haut degré l’étonnement de la jeune fille. Corinthe n’était plus à cette heure ce qu’elle avait été du temps de Sylla : la rivale et la sœur d’Athènes. Prise d’assaut l’an de Rome 608 par le consul Mummius, elle avait vu ses citoyens passés au fil de l’épée, ses femmes et ses enfants vendus comme esclaves, ses maisons brûlées, ses murailles détruites, ses statues envoyées à Rome, et ses tableaux, de l’un desquels Attale avait offert un million de sesterces, servir de tapis à ces soldats romains que Polybe trouva jouant aux dés sur le chef-d’œuvre d’Aristide. Rebâtie quatre-vingts ans après par Jules César, qui releva ses murailles et y envoya une colonie romaine, elle s’était reprise à la vie, mais était loin encore d’avoir retrouvé son ancienne splendeur. Cependant le proconsul romain, pour lui rendre quelque importance, avait annoncé, pour le 10 du mois de mai et les jours suivants, des jeux néméens, isthmiques et floraux, où il devait couronner le plus fort athlète, le plus adroit cocher et le plus habile chanteur. Il en résultait que depuis quelques jours une foule d’étrangers de toutes nations se dirigeaient vers la capitale de l’Achaïe, attirés soit par la curiosité, soit par le désir de remporter les prix : ce qui rendait momentanément à la ville, faible encore du sang et des richesses perdus, l’éclat et le bruit de ses anciens jours. Les uns étaient arrivés sur des chars, les autres sur des chevaux ; d’autres, enfin, sur des bâtiments qu’ils avaient loués ou fait construire ; mais aucun de ces derniers n’était entré dans le port sur un aussi riche navire que celui qui, en ce moment touchait la plage que se disputèrent autrefois dans leur amour pour elle Apollon et Neptune.
 
À peine eut-on tiré la birème sur le sable, que les matelots appuyèrent à sa proue un escalier en bois de citronnier incrusté d’argent et d’airain, et que le chanteur, jetant sa cythare sur ses épaules, descendit, s’appuyant sur l’esclave que nous avons vu couché à ses pieds. Le premier était un beau jeune homme de vingt-sept à vingt-huit ans, aux cheveux blonds, aux yeux bleus, à la barbe dorée : il était vêtu d’une tunique de pourpre, d’une clamyde bleue étoilée d’or, et portait autour du cou, nouée par devant, une écharpe dont les bouts flottants retombaient jusqu’à sa ceinture. Le second paraissait plus jeune de dix années à peu près. C’était un enfant touchant à peine à l’adolescence, à la démarche lente, et à l’air triste et souffrant ; cependant la fraîcheur de ses joues eût fait honte au teint d’une femme, la peau rosée et transparente aurait pu le disputer en finesse avec celle des plus voluptueuses filles de la molle Athènes, et sa main blanche et potelée semblait, par sa forme et par sa faiblesse, bien plus destinée à tourner un fuseau ou à tirer une aiguille, qu’à porter l’épée ou le javelot, attributs de l’homme et du guerrier. Il était, comme nous l’avons dit, vêtu d’une robe blanche, brodée de palmes d’or, qui descendait au-dessous du genou ; ses cheveux flottants tombaient sur ses épaules découvertes, et, soutenu par une chaîne d’or, un petit miroir entouré de perles pendait à son cou.
 
Au moment où il allait toucher la terre, son compagnon l’arrêta vivement ; l’adolescent tressaillit.
 
- Qu’y a-t-il maître ? dit-il d’une voix douce et craintive.
 
- Il y a que tu allais toucher le rivage du pied gauche, et que par cette imprudence tu nous exposais à perdre tout le fruit de mes calculs, grâce auxquels nous sommes arrivés le jour des nones, qui est de bon augure.
 
- Tu as raison, maître, dit l’adolescent ; et il toucha la plage du pied droit ; son compagnon en fit autant.
 
- Étranger, dit, s’adressant au plus âgé des deux voyageurs, la jeune fille qui avait entendu ces paroles prononcées dans le dialecte ionien, la terre de la Grèce, de quelque pied qu’on la touche, est propice à quiconque l’aborde avec des intentions amies : c’est la terre des amours, de la poésie et des combats ; elle a des couronnes pour les amants, pour les poètes et pour les guerriers. Qui que tu sois, étranger, accepte celle-ci en attendant celle que tu viens chercher, sans doute.
 
Le jeune homme prit vivement et mit sur sa tête la couronne que lui présentait la Corinthienne.
 
- Les dieux nous sont propices, s’écria-t-il. Regarde, Sporus, l’oranger, ce pommier des Hespérides, dont les fruits d’or ont donné la victoire à Hippomène, en ralentissant la course d’Atalante, et le laurier-rose, l’arbre cher à Apollon. Comment t’appelles-tu, prophétesse de bonheur ?
 
- Je me nomme Acté, répondit en rougissant la jeune fille.
 
- Acté ! s’écria le plus âgé des deux voyageurs. Entends-tu, Sporus ? Nouveau présage : Acté, c’est-à-dire la rive. Ainsi la terre de Corinthe m’attendait pour me couronner.
 
- Qu’y-a-t-il là d’étonnant ? n’es-tu pas prédestiné, Lucius, répondit l’enfant.
 
- Si je ne me trompe, demanda timidement la jeune fille, tu viens pour disputer un des prix offerts aux vainqueurs par le proconsul romain.
 
- Tu as reçu le talent de la divination en même temps que le don de la beauté, dit Lucius.
 
- Et sans doute tu as quelque parent dans la ville ?
 
- Toute ma famille est à Rome.
 
- Quelque ami, peut-être ?
 
- Mon seul ami est celui que tu vois, et, comme moi, il est étranger à Corinthe.
 
- Quelque connaissance, alors ?
 
- Aucune.
 
- Notre maison est grande, et mon père est hospitalier, continua la jeune fille ; Lucius daignera-t-il nous donner la préférence ? nous prierons Castor et Pollux de lui être favorables.
 
- Ne serais-tu pas leur sœur Hélène, jeune fille ? interrompit Lucius en souriant. On dit qu’elle aimait à se baigner dans une fontaine qui ne doit pas être bien loin d’ici. Cette fontaine avait sans doute le don de prolonger la vie et de conserver la beauté. C’est un secret que Vénus aura révélé à Pâris, et que Pâris t’aura confié. S’il en est ainsi, conduis-moi à cette fontaine, belle Acté : car, maintenant que je t’ai vue, je voudrais vivre éternellement, afin de te voir toujours.
 
- Hélas ! je ne suis point une déesse, répondit Acté, et la source d’Hélène n’a point ce merveilleux privilège ; au reste, tu ne t’es pas trompé sur sa situation, la voilà à quelques pas de nous, qui se précipite à la mer du haut d’un rocher.
 
- Alors, ce temple qui s’élève près d’elle est celui de Neptune ?
 
- Oui, et cette allée bordée de pins mène au stade. Autrefois, dit-on, en face de chaque arbre s’élevait une statue ; mais Mummius les a enlevées, et elles ont à tout jamais quitté ma patrie pour la tienne. Veux-tu prendre cette allée, Lucius, continua en souriant la jeune fille, elle conduit à la maison de mon père.
 
- Que penses-tu de cette offre, Sporus ? dit le jeune homme, changeant de dialecte et parlant la langue latine.
 
- Que ta fortune ne t’a pas donné le droit de douter de ta constance.
 
- Eh bien ! fions-nous donc à elle cette fois encore, car jamais elle ne s’est présentée sous une forme plus entraînante et plus enchanteresse.
 
Alors, changeant d’idiome et revenant au dialecte ionien, qu’il parlait avec la plus grande pureté :
 
« Conduis-nous, jeune fille, dit Lucius, car nous sommes prêts à te suivre ; et toi, Sporus, recommande à Lybicus de veiller sur Phoebé.
 
Acté marcha la première, tandis que l’enfant, pour obéir à l’ordre de son maître, remontait sur le navire. Arrivé au stade, elle s’arrêta :
 
- Vois, dit-elle à Lucius, voici le gymnase. Il est tout prêt et sablé, car c’est après-demain que les jeux commencent, et ils commencent par la lutte. À droite, de l’autre côté du ruisseau, à l’extrémité de cette allée de pins, voici l’hippodrome ; le second jour, comme tu le sais, sera consacré à la course des chars. Puis enfin, à moitié chemin de la colline dans la direction de la citadelle, voici le théâtre où se disputera le prix du chant : quelle est celle des trois couronnes que compte disputer Lucius ?
 
– Toutes trois, Acté.
 
- Tu es ambitieux, jeune homme.
 
- Le nombre trois plaît aux dieux, dit Sporus qui venait de rejoindre son compagnon, et les voyageurs, guidés par leur belle hôtesse, continuèrent leur chemin.
 
En arrivant près de la ville, Lucius s’arrêta :
 
- Qu’est-ce que cette fontaine, dit-il, et quels sont ces bas-reliefs brisés ? Ils me paraissent du plus beau temps de la Grèce.
 
- Cette fontaine est celle de Pyrène, dit Acté ; sa fille fut tuée par Diane à cet endroit même, et la déesse, voyant la douleur de la mère, la changea en fontaine sur le corps même de l’enfant qu’elle pleurait. Quant aux bas reliefs, ils sont de Lysippe, élève de Phidias.
 
- Regarde donc, Sporus, s’écria avec enthousiasme le jeune homme à la lyre ; regarde, quel modèle ! quelle expression ! c’est le combat d’Ulysse contre les amants de Pénélope, n’est-ce pas ? Vois donc comme cet homme blessé meurt bien, comme il se tord, comme il souffre ; le trait l’a atteint au dessous du cœur : quelques lignes plus haut, il n’y avait point d’agonie. Oh ! le sculpteur était un habile homme, et qui savait son métier. Je ferai transporter ce marbre à Rome ou à Naples, je veux l’avoir dans mon atrium. Je n’ai jamais vu d’homme vivant mourir avec plus de douleur.
 
- C’est un des restes de notre ancienne splendeur, dit Acté. La ville en est jalouse et fière, et, comme une mère qui a perdu ses plus beaux enfants, elle tient à ceux qui lui restent. Je doute, Lucius, que tu sois assez riche pour acheter ce débris.
 
- Acheter ! répondit Lucius avec une expression indéfinissable de dédain ; à quoi bon acheter, lorsque je puis prendre ? Si je veux ce marbre, je l’aurai, quand bien même Corinthe tout entière dirait non.
 
Sporus serra la main de son maître.
 
- À moins cependant, continua celui-ci, que la belle Acté ne me dise qu’elle désire que ce marbre demeure dans sa patrie.
 
- Je comprends aussi peu ton pouvoir que le mien, Lucius, mais je ne t’en remercie pas moins. Laisse-nous nos débris, Romain, et n’achève pas l’ouvrage de tes pères. Ils venaient en vainqueurs, eux : tu viens en ami, toi ; ce qui fut de leur part une barbarie serait de la tienne un sacrilège.
 
- Rassure-toi, jeune fille, dit Lucius : car je commence à m’apercevoir qu’il y a à Corinthe des choses plus précieuses à prendre que le bas-relief de Lysippe, qui, à tout considérer, n’est que du marbre. Lorsque Pâris vint à Lacédémone, ce ne fut point la statue de Minerve ou de Diane qu’il enleva, mais bien Hélène, la plus belle des Spartiates.
 
Acté baissa les yeux sous le regard ardent de Lucius, et, continuant son chemin, elle entra dans la ville : les deux Romains la suivirent.
 
Corinthe avait repris l’activité de ses anciens jours. L’annonce des jeux qui devaient y être célébrés avait attiré des concurrents, non seulement de toutes les parties de la Grèce, mais encore de la Sicile, de l’Égypte et de l’Asie. Chaque maison avait son hôte, et les nouveaux arrivants auraient eu grande peine à trouver un gîte, si Mercure, le dieu des voyageurs, n’eût conduit au devant d’eux l’hospitalière jeune fille. Ils traversèrent, toujours guidés par elle, le marché de la ville, où étaient étalés pêle-mêle le papyrus et le lin d’Égypte, l’ivoire de la Libye, les cuirs de Cyrène, l’encens et la myrrhe de la Syrie, les tapis de Carthage, les dattes de la Phénicie, la pourpre de Tyr, les esclaves de la Phrygie, les chevaux de Sélinonte, les épées des Celtibères, et le corail et l’escarboucle des Gaulois. Puis, continuant leur chemin, ils traversèrent la place où s’élevait autrefois une statue de Minerve, chef-d’œuvre de Phidias, et que, par vénération pour l’ancien maître, on n’avait point remplacée ; prirent une des rues qui venaient y aboutir, et, quelques pas plus loin, s’arrêtèrent devant un vieillard debout sur le seuil de sa maison.
 
- Mon père, dit Acté, voici un hôte que Jupiter vous envoie ; je l’ai rencontré au moment où il débarquait, et je lui ai offert l’hospitalité.
 
- Sois le bienvenu, jeune homme à la barbe d’or, répondit Amyclès : et, poussant d’une main la porte de sa maison, il tendit l’autre à Lucius.

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr  -  FNAC.com  - ABEBOOKS.fr  -  PRICEMINISTER.com

Voir également :
- Le chevalier d'Harmental - Alexandre Dumas (1842), présentation
- Les trois mousquetaires - Alexandre Dumas (1844), présentation et extrait
- Le comte de Monte-Cristo - Alexandre Dumas (1844-1845), présentation et extrait
- Vingt ans après - Alexandre Dumas (1845), présentation et extrait
- Le vicomte de Bragelonne - Alexandre Dumas (1848-1850), présentation
- La tulipe noire - Alexandre Dumas (1850), présentation et extrait
- Les Compagnons de Jéhu - Alexandre Dumas (1856), présentation
- Le prince des voleurs - Alexandre Dumas (1872), présentation
- Robin Hood, le proscrit - Alexandre Dumas (1873), présentation

Les commentaires sont fermés.