lundi, 23 novembre 2009

La Convocation (Heute wär ich mir lieber nicht begegnet) - Herta Müller - 1997

bibliotheca la convocation

“Depuis que le réveil, en guise de tic-tac, dit con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion, je n‘ai pu m'empêcher de penser au commandant Albu (...). Dès que la fenêtre était devenue grise, j‘avais vu au plafond la bouche d'Albu en très grand, le bout de sa langue rose qui pointait derrière sa denture inférieure, et entendu sa voix narquoise : Pourquoi être à bout de nerfs, nous ne faisons que commencer.”

Elle n’a plus que cela en tête : sa Convocation. La narratrice, une ouvrière travaillant dans une usine de confection qui fournit l'Italie, a été convoquée par la Securitate, les renseignements roumains, après avoir glissé un SOS dans la doublure d’un vêtement de luxe qu’elle cousait. Elle sait qu’ils ne la lâcheront plus. Il faut leur rendre des comptes, élaborer des scénarios pour répondre à leurs questions, se justifier, s’entraîner à supporter la douleur et ne surtout pas perdre la tête.
Assise dans le tramway qui la conduit à sa convocation elle revoit en flash-back les principaux épisodes de sa vie, la vie misérable d’une ouvrière roumaine d’origine allemande dans la Roumanie de Ceausescu. Le tramway ne s'arrête pas à la station où elle doit descendre. Sur un coup de tête elle décide de ne pas se rendre à la convocation…

Dans La Convocation de l’écrivaine allemande d’origine roumaine Herta Müller, Prix Nobel de littérature en 2009, l’auteur reprend ses thèmes qui lui sont si chères, ceux de son expérience de la dictature roumaine en tant que représentante de la minorité germanophone plus particulièrement persécutée par le régime et du désir de fuite vers l’ouest, fuite qu’elle effectuera elle-même en 1987. La fuite reste pourtant ici une idée vague, les motifs et moyens du départ puérils, légers : la narratrice ne rêve pas, n’imagine pas un lendemain ailleurs, tout juste pense-t-elle au besoin d’un ailleurs. Car le présent, sa réalité à elle, celle faite de la peur, de l’angoisse et de l’humiliation, c’est elle qui prime et étouffe la narratrice.

Poète avant tout, Herta Müller y excelle avant tout par son style fait de petites phrases, réduites à l’essentiel, qui telles des coups de pinceaux viennent peindre cette vie perdue dont est victime l’héroïne du roman.

La Convocation est un livre fort et poignant, écrit dans un style magnifique.

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Voir également :
- L’Homme est un grand faisan sur terre (Der Mensch ist ein großer Fasan auf der Welt) - Herta Müller (1986), présentation et extrait

- Le renard était déjà le chasseur (Der Fuchs war damals schon der Jäger) - Herta Müller (1992), présentation

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