mardi, 15 septembre 2009

Kuru - Thomas Gunzig - 2005

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« Fred le migraineux, Kristine l'intello, Paul la brute révolutionnaire et Pierre le clone souffreteux. Une bande de héros pour dénoncer les horreurs de la répression capitaliste et, si possible, l'existence d'un grand complot mondial… »

Quatre amis partent pour Berlin dans le but de manifester au sommet G8 et ainsi dénoncer tout ce qu’il y a à dénoncer… Parfois ils ne savent pas très bien quoi, mais l’importance c’est d’y être. Fred, surtout, est un jeune homme on ne peut plus banal qui vit au crochet de son père sous prétexte d’une thèse à finir.  Et il est à Berlin uniquement parce qu’il s’est fait entraîner par les autres, et que de toute façon il ne semble pas avoir de volonté propre. Tout ce à quoi il pense est sa belle cousine Katerine, une fille magnifique marié à un Italien que Fred déteste et envie. De plus il s’énerve de voir ce couple si idéal, seulement en apparence toutefois, Fabio, l’Italien en question, souffrant d’éjaculation précoce. C’est pour cette raison que Katerine et Fabio se rendent eux aussi à Berlin pour suivre un traitement assez particulier dans une clinique spécialisée, un traitement qui va les transformer à jamais.
Et pendant ce temps les quatre révolutionnaires se cherchent à Berlin dans la faune des altermondialistes, des théories de complots qui fusent de toute part, jusqu’à un dénouement final qu’aucun d’entre eux n’aurait pu imaginer.

Disons le tout de suite, Kuru de l’écrivain belge Thomas Gunzig est un livre tout aussi exceptionnel qu’improbable!
Un groupe de personnages aussi étranges qu’uniques se retrouvent à Berlin dans un contexte certes réel, mais dans une aventure qui ne ressemble à rien. Il y a Fred et « ses mouches dans la tête », Fabio et son éjaculation précoce, Katerine et ses amours surprise avec Rosa, la belle allemande fille d’un ancien officier de la Stasi devenu révolutionnaire altermondialiste depuis,  Paul le clone né d’expérimentations et sa bouche surnuméraire au niveau du ventre, Kristine l’intellectuelle de tous les combats et finalement Paul, le seul vrai révolutionnaire qui a vécu toutes les horreurs du monde lors d’un séjour en Amérique Latine et  où, en passant, il a attrapé une maladie urétrale des plus étranges. Avec ces gens-là rien ne peut aller comme il faut, surtout pris dans l’univers des altermondialistes où toutes les théories de complots, mêmes les plus fantaisistes, deviennent peu à peu réalité. Et cela va même jusqu’à déborder dans le fantastique.
Le titre du roman est très indicateur du sujet réel voulu par Gunzig : Kuru qui est une maladie du système nerveux central de la famille des encéphalopathies subaigües à un prion, une maladie attrapée jadis par la consommation rituelle de cerveaux humains. Et ici, tel le prion qui se développe et s’étend en ravageant le cerveau humain, les quatre amis partis pour Berlin se voient peu à peu ravagés par tout les idées qui circulent. L’un d’entre eux va même mourir, faute d’avoir cru à tout cela jusqu’au bout.
Parmi toutes ces idées altermondialistes et complotistes Gunzig réussit à parfaitement perdre le lecteur entre ce qui vrai, ou en tout cas bien plausible, et ce qui ne l’est pas du tout. N’importe quoi peut franchir à tout instant la frontière entre la réalité et le fantastique, et le lecteur s’y perd complètement. Lorsque même la magie intervient on comprend vite le contrepoint fait par l’auteur au mysticisme altermondialiste.
Et tout cela est mené tambour battant dans une écriture délirante et un humour débordant. Jamais on ne se lasse des incroyables aventures décrites, et ce roman accroche dès la première page jusqu’à la fin.
Toutefois le côté un peu exceptionnel et original de ce roman, ainsi que le ton de l’auteur et son style plutôt décousu, risque de rebuter certains lecteurs qui resteront parfaitement hermétiques aux folles aventures de Fred et de sa bande.

Kuru de Thomas Gunzig est un livre exceptionnel, un petit joyau de littérature contemporaine.

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Voir également :
- Mort d’un parfait bilingue - Thomas Gunzig (2001), présentation
- 10 000 litres d'horreur pure : modeste contribution à une sous-culture - Thomas Gunzig (2007), présentation et extrait

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