samedi, 05 septembre 2009

La foire aux cochons - Esparbec - 2003

bibliotheca la foire aux cochonsFleshtown est une grosse bourgade du Kansas qui , aux premiers abords, semble être des plus banales. Toutefois elle va être le théâtre d'événements hors du commun alors que s'annonce la foire des éleveurs de porcs, dite la foire aux cochons. Cela commence par deux dangereux pervers échappés du bagne, les frères Jack, qui y trouvent refuge le soir de la foire et vont notamment visiter la maison de la jeune et belle, mais tout aussi vicieuse et délurée, Darling ; pendant toute une longue nuit, elle va devenir la proie des deux forcenés. Mais heureusement le shérif Prentiss veille et la sauvera au matin. Dès le lendemain la vie continue. Darling tente de se remettre de son agression, le shérif Prentiss fait ses enquêtes de voisinage, notamment concernant un bar tenu par Sam, mari complaisant qui essaie de détourner la loi… en se servant de sa femme. D'autres personnages vont intervenir encore, tel Sigmund-de-Pigalle, musicien bossu, visite les femmes seules pour leur vendre des articles coquins en espérant quelque services de retour, et l'austère pasteur Bergman, déclare la guerre au vice, mais est-il réellement sincère... Et toutes ces histoires vont peu à peu s'entremêler...

La foire aux cochons de l'écrivain français Esparbec, de son vrai nom George Pailler, est un pur roman pornographique. Pour ceux que ce genre dérange : inutile d'aller plus loin !
Il s'agît toutefois d'un roman de genre quelque peu particulier en se voulant une satire de la vie d'une communauté d'américains moyens, dont on connaît si bien la vie par les nombreux feuilletons télévisés et films de cinéma. Le roman décrit en effet ces citoyens moyens, par une immense galerie de personnages haute en couleurs, en proie à leur fantasmes les plus pervers. C'est très scabreux, la morale en prend de nombreux coups par de très nombreux passages où tout ce que peut fournir ce genre y passe: relations multiples, incestueuses, nonconsentantes , entre mineurs... Et tout cela dans un rythme hallucinant qui ne laisse guère de répit. Dans tout ce déballage d'horreurs, un certain humour noir et glauque surnage pourtant et l'écriture d'Esparbec a pas mal de mérites.
On regrettera cependant le côté trop machiste voulu par l'auteur qui se dénote par la domination absolue mâle et la soumission définitive de la femme.
A noter que la plupart des personnages décrits dans ce roman interviennent aussi dans les romans La Pharmacienne (2003) et Les mains baladeuses (2004) du même auteur.

La foire aux cochons est un roman pornographique très hard, ainsi qu'une belle satire des moeurs américains, qui ne manque guère de qualités.

A réserver à un public adulte et amateur du genre.

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr  -  FNAC.com  -  ABEBOOKS.fr

Extrait :

 

 


I. LES VISITEURS DU SOIR

Cette nuit-là, Darling était toute seule dans sa chambre. La maison était silencieuse, tous ses habitants étaient partis s’amuser à la foire. À l’occasion de cette foire – la foire des éleveurs de porcs – qui se tenait chaque année, de nombreux visiteurs envahissaient la ville, principalement des fermiers des environs, et l’on festoyait jusqu’au matin. En vain Darling avait-elle supplié son grand-père, Cornélius s’était montré intraitable.


« Les rues seront pleines de viande soûle... ce n’est pas la place d’une jeune fille... et puis, vous devez vous lever tôt, demain, pour aller au collège. »

Voilà pourquoi, alors que tout le monde s’amusait en ville, elle se passait du vernis à ongles dans sa chambre, en écoutant la radio.

Avant de partir, madame Lydia lui avait bien recommandé de n’ouvrir à personne.

« Tu sais ce que c’est... une jeune fille seule... avec tous ces voyous de la campagne qui traînent dans les rues... Il ne faudrait pas qu’il t’arrive ce qui est arrivé à Miss Laggerty. »

Deux ans auparavant, Miss Laggerty avait été violée par d’honorables commerçants de la ville qui avaient bu un coup de trop, à l’occasion de la foire, justement. L’affaire avait été étouffée... Mais Miss Laggerty ne s’en était jamais remise. Elle avait très mal tourné.

Avec un soupir, Darling reboucha son flacon de vernis et agita ses doigts pour les faire sécher. Elle pensait à Miss Laggerty. Elle y pensait si bien que les paroles du speaker ne parvinrent pas tout de suite à son esprit :

« Les deux hommes sont armés », disait le speaker, d’une voix haletante. « Nous répétons : ils sont armés. Il s’agit de deux dangereux psychopathes. Jack Beans et Jack Pimms ont à leur actif plus de trente agressions à main armée suivies de viols. »

Le mot « viol « fit tressaillir Darling. Elle tourna le bouton de la radio pour la mettre plus fort.

« Condamnés à la réclusion perpétuelle », poursuivit le speaker, « les deux Jack purgeaient leur peine au pénitencier de Carson City. Ils se sont évadés la nuit dernière après avoir désarmé  deux gardiens. Ils auraient été signalés à bord d’une voiture volée, dans la vallée de la Meriwether, à quelques miles de notre ville... » 

La voix pompeuse du speaker avait pris une intonation dramatique.

« À l’occasion de la foire des éleveurs de porcs, de nombreux visiteurs affluent dans les rues de notre ville. Il serait très facile pour les deux évadés de se dissimuler dans la foule... »

Pendant qu’il recommandait aux femmes seules de ne pas ouvrir à des inconnus, la jeune fille, prise d’une soudaine inquiétude, alla jusqu’à la fenêtre de sa chambre et souleva prudemment le rideau. La voiture était toujours là, arrêtée devant le portail du jardin, presque cachée par le feuillage retombant de la glycine. Une vieille Pontiac des années cinquante, toute cabossée. Elle était là depuis le crépuscule.

« Sans doute un fermier des environs, en train de faire une partie de billard chez Sam », se rassura Darling.

Se grattant le derrière, elle contempla un moment l’enseigne rouge du bar d’en face qui clignotait dans la rue déserte, puis revint vers son lit en dénouant son peignoir. Sur la table de nuit, le transistor continuait ses jérémiades :

« Deux dangereux repris de justice... s’attaquant aux femmes seules dans des maisons isolées... raffinements de violence d’un sadisme abject... le plus redoutable des deux, Ptit Jack, a gagné le sobriquet de “L’orphelin” au pénitencier d’État, à cause de sa voix geignarde et de ses plaintes perpétuelles. Il se pose volontiers en victime de l’injustice sociale... »


Agacée, la jeune fille changea de poste. Un programme de musique folk remplaça le monologue du speaker. Mais les deux évadés refusaient de sortir de son esprit. Plus de trente viols ! Avec un frisson, elle retourna l’édredon et entra dans son lit. Tout de suite, elle tira le drap par-dessus sa tête et se recroquevilla, ainsi qu’elle faisait quand elle était toute petite... pour se masturber. Elle n’entendait presque plus le murmure de la radio, mais l’épaisseur de l’édredon ne pouvait pas la protéger contre ses propres pensées. Sans cesse, elles revenaient sur cette voiture  inconnue garée devant la maison. Et sur les deux évadés...

Darling avait toujours aimé se faire peur, avant de s’endormir. Cela l’excitait. Quand elle s’était bien effrayée en imaginant que des hommes entraient dans sa chambre et glissaient leurs mains sous le drap pour toucher son corps, elle se masturbait longuement, délicieusement, en se disant des gros mots.

Ce soir, pas besoin de recourir à ce fantasme. Elle avait vraiment peur. La maison était en travaux, sa toiture était ouverte à tous les vents, rien de plus facile que de s’y introduire.

Comme il pleuvait dans les chambres, Cornélius, malgré son avarice, s’était résigné à faire refaire la  toiture. Des échafaudages entouraient le bâtiment. Et comme les couvreurs n’avaient pas encore remplacé les tuiles fêlées qu’ils avaient retirées, une partie du toit était à ciel ouvert, provisoirement protégée de la pluie par des bâches. Il suffisait de redresser une des échelles qui traînaient dans le jardin, et le tour était joué.

Secouée de frissons, Darling, sous le drap, retroussa sa chemise de nuit et écarta les cuisses. Pour chasser ces pensées lugubres, elle ne connaissait qu’un remède. Après avoir sucé le bout de son index pour le mouiller, elle fouilla dans les poils de son sexe. Son clitoris était déjà sorti. D’un petit tapotement régulier elle commença à se masturber. Quand elle aurait joui, elle le savait, elle aurait tout juste la force d’éteindre la radio, et le sommeil l’emporterait au pays des cauchemars...

 

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr  -  FNAC.com  -  ABEBOOKS.fr

Voir également :
- Les mains baladeuses - Esparbec (2004), présentation et extrait

11:06 Écrit par Marc dans Esparbec | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : erotisme, pornographie, esparbec, romans erotiques, romans pornographiques, litterature francaise | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

Les commentaires sont fermés.