mardi, 21 juillet 2009

Les Trésors de la mer Rouge - Romain Gary - 1971

bibliotheca les tresors de la mer rouge

"Ce ne sont ni les trésors engloutis qui dorment au sein des grands fonds sous-marins que je suis allé chercher pour vous sur ces eaux que l'art des conteurs arabes a peuplé de fabuleuses histoires. Ni les perles que l'on n'y pêche plus guère, ni les rubis, émeraudes et diamants que l'eunuque Murad a jetés dit-on, dans la mer Rouge par l'ordre de son maître Ibn Séoud, afin qu'ils rejoignent dans l'inaccessible le fils préféré du dernier conquérant d'Arabie des temps modernes. Ni l'or clandestin transporté par les boutres aux mâts obliques vers les coffres des trafiquants indiens... Les trésors que j'ai ramenés de là-bas sont immatériels et, lorsque la plume ne s'en saisit pas, ils disparaissent à jamais. Le romancier que je suis, amoureux de ces diamants éphémères, parfois très purs, parfois noirs, mais toujours uniques et bouleversants dans leur mystérieux éclat, est parti à leur recherche vers cette mine de richesse et de pauvreté inépuisable que l'on appelait jadis l'âme humaine - je dis "jadis", car le mot est passé de mode, avec son écho d'au-delà. "

Initialement écrits pour une série de reportages pour France-Soir en 1970, Les Trésors de la mer Rouge est publié le 22 décembre 1971 aux éditions Gallimard. L'introduction ci-dessus, premières lignes du texte, résument parfaitement le contenu de ce texte, fait de multiples récits notés par l'écrivain, journaliste et ancien militaire Romain Gary lors d'un voyage en moto autour de la mer Rouge. Il commence à Djibouti, un pays de néant qui voit survivre les derniers signes de l'Empire colonial français qui se dissout de plus en plus, pour continuer ensuite au Yemen. Il y rencontre des militaires français damnés par la solitude de la fin de l'empire colonial, des prostituées parcheminées dont la vie s'échange contre un troupeau de chameau, des têtes brûlées, des bédouins ivres de kat et de kalachnikov, des femmes perles...

"Je n'ai pas le temps de dire un mot que déjà elle est nue, assise sur le bord du lit de camp, les jambes ouvertes sur un sexe d'une noirceur qui fait pâlir la nuit...
Je demeure coi, saisi de stupeur : tout ce corps à soldat est couvert de signatures. Je dis bien de signatures : des hommes ont fait tatouer leurs noms sur cette véritable pierre tombale sous laquelle reposent les rêves des hommes sans amour. Des noms, des dates, comme sur un lieu de passage. Je lis sur le sein : légionnaire Strauss, 1965 ; caporal Bianchi, 1967... Au-dessus du sexe : Kriloff, roi des b..."

Ce qu'il voit avant tout dans ce voyage est un monde en plein changement, fin du colonialisme et le début des indépendance africaines. Mais ce monde moderne qui s'annonce fait vivre à ses côtés un autre vivant encore quelque part loin dans le passé et soumis aux fortes traditions d'antan, ainsi que dans une culture si difficilement compréhensible pour nous. Mais à travers ces récits c'est surtout la folie de l'homme qui se dégage, Romain Gary ne se faisant guère plus d'illusions sur les soi-disant bienfaits du colonialisme, et c'est bien celle-ci qui s'en prend le plus dans ce texte. D'ailleurs sa quête première était de retrouver un homme français, il le constatera par lui-même, devenu complètement fou. Mais dans ces terres abandonnées la folie guette partout et tout le monde...

Ce texte dresse le portrait fascinant d'une région du monde ainsi que d'une époque tellement importante à la fois pour la France et pour tous les pays d'Afrique : celle de la fin du colonialisme. Ce livre est d'ailleurs essentiel pour bien comprendre ces événements. L'écriture est magnifique, les mots de Gary emportent le lecteur à sa suite à la découverte de ces pays de la mer Rouge pour un voyage fait de dépaysement, mais aussi et surtout d'horreur et de folie.

A lire de toute urgence !

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