lundi, 04 mai 2009

Homeless Story - FP Mény - 2009

homeless story

Homeless Story, paru en 2009, est un roman autobiographique de l'écrivain vagabond français FP Mény, le troisième de l'auteur après White Trash Napoléon (2005) et Conquête du désastre (2008) mais aussi le dernier. Il s'agît en effet d'un titre posthume, FP Mény ayant été retrouvé mort à 43 ans, en 2008, dans une grange où il s'était réfugié pour se protéger du mauvais temps. De ce texte ressurgit cette immense passion que l'auteur a entretenu avec la route au bord de laquelle il vagabondait en chérissant la liberté quelle lui procurait. Les rencontres y sont tout aussi nombreuses qu'éphémères, les amitiés boiteuses, et cela depuis l'enfance de l'auteur, sur laquelle il revient fréquemment. De cette narration, souvent poignante, transperce le portrait cruel et terrifiant d'une société presque totalement indifférente qui n'en a que faire de tous ces gens vivant en sa marge. Le style vif et intense surprend par son originalité et son inventivité pour donner un texte marquant une approche totalement atypique de la littérature.

Homeless Story est un roman poignant et tout à fait original, un texte unique en son genre.

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Extrait :

Tu parles d’une baraque !

- Je suis sûr que j’ai une putain d’araignée qui m’est rentrée dans le cul pendant que je dormais. C’est vraiment la maison du bon dieu mais tu peux toujours chercher les coccinelles.

- Tu crois qu’elle a pris son ticket d’octroi, rien du tout, en fraude je parie qu’elle est passée, je me demande si j’ai pas un abcès.
Mémé maintient l’ordre vaille que vaille quand elle est pas trop bourrée dans son boubou informe qui doit bien lui valoir une dysenterie. Quand elle prend l’autobus, les passagers de concert s’organisent sous couvert de politesse, les bonnes gens, miteuse mais fière, peu avare de son corps, elle occupe allègrement deux sièges.
Prévenus, les contrôleurs évitent les bus du mercredi matin, jour de marché. Elle peine dur avec son cabas et moi je suis pas un rejeton agréable, je prends mon air dégoûté des jours de marché, mon air encore plus dégoûté des jours de marché pluvieux avec un parapluie, je fais quoi moi si je vois la fille du médecin, j’ai l’air de quoi, c’est que je suis encore un petit con, j’ai commencé à me branler très tôt, j’ai cru que j’allais monter sur les tréteaux, j’ai tout de suite compris la vaste plaisanterie de cette cour des miracles universelle, on met du temps à être fini, à aller vers sa concrétisation, quand on a vingt ans, on se voit bien pas dépasser la trentaine, quand on a dépassé la trentaine, on voit bien qu’on a rien foutu, on commence à réfléchir que César et Vercingétorix, on les croise pas sur le marché quand on achète des carottes, pourquoi pas une laitue.

- Enfin, j’ai pas de quoi être fier, même pas j’ai le permis pour l’emmener, prendre le 297 c’est pas la joie.

- Je vais quand même pas afficher que j’aime ma grand-mère, tu vois la honte, même si elle a des cheveux gris remarquables, diamant, et que c’est la seule dont j’arrive pas à soutenir le regard bleu gris, je confonds les déclarations d’amour avec les déclarations de guerre. J’ai pas encore mis de l’eau dans mon vin, de toute façon c’est quand je serai entièrement perméable et qu’elle sera morte, que je ferai la manche sur le marché, que je verrai à quel point je suis un tocard.

Les volées de bois vert n’attendent pas l’heure de la prière, des reproches acérés qui transpercent de part en part jusqu’à ce que le jour se lève.

- Adoubée, elle manie l’épée avec élégance bien qu’elle soit un peu lourde, l’épée, pas la grand-mère, la grand-mère aussi, c’est sûr, mais l’épée si tu veux elle est à moitié en fer forgé, j’y connais rien mais elle est lourde, ça c’est sûr.
Chaque nuit, preuse chevalière, après les bouteilles de Côtes du Rhône enquillées, elle descend l’escalier, le manche en acier bien tendu vers la pointe. Elle ouvre la lucarne lorsqu’elle en a fini avec la télé et d’un mouvement circulaire elle pointe l’espace de son inconscient paranoïaque.

- C’est un blanc et un noir, ils sont encore venus la nuit dernière !

- Mais oui mémé, on va la boire, la tisane, t’en fais pas.

- Tu me fais encore passer pour une folle !

- Mais non mémé, je me permettrais pas.

En revanche, son médecin mérite des claques parce qu’elle mélange les hypnotiques et l’alcool, et ça fait pas bon ménage. Tu me diras, il y peut rien hormis normalement sa déontologie parce qu’elle va le voir justement en se croyant à la Samaritaine, peut-être ça lui rappelle des souvenirs, quand elle était à Paris avant la crise du logement, bon, son médecin, il est en banlieue et vaut mieux qu’il assure les ordonnances sinon elle change de crèmerie, elle calcule le niveau du médecin à la longueur de l’ordonnance, plus c’est long, plus c’est bon, mais oui mémé, ça fait bizarre de communiquer avec les morts.

- Je te dis pas comme elle hallucine grave, franchement elle pourrait aller en teknival tellement elle est défoncée, je suis sûr qu’elle serait pas dépaysée, elle essayerait des nouveaux produits, mémé sous Kétamine, et elle passerait très bien, ce serait une icône, ça manque de vieux en teknival, d’ailleurs ils sont où les vieux, on les voit jamais, ils sont pas tous morts.

- Ils sont encore venus, c’est un blanc et un noir !
En ouvrant la lucarne, elle s’ouvre les portes de l’asile comme d’autres s’ouvrent les veines, mais elle, elle a pas de veine, elle le dit assez, c’est son chemin de croix, une vraie martyre, d’ailleurs elle m’oblige à faire la prière alors que j’y connais rien, je sais même pas d’où ça sort cette histoire, par contre le sang, je sais d’où ça sort parce que forcément elle se pète la gueule dans l’escalier, tu parles dans son état, c’est pas raisonnable, et vas-y que j’ai l’air con quand elle a des bleus partout et qu’elle va répétant à qui veut l’entendre que je lui fais peur, les boules.

Au début, les gonzesses, je leur raconte tout, je te dis pas comment elles flippent.

- Et vas-y que je me ramasse dans l’escalier, le SAMU rapplique et l’emmène à Longjumeau, ça fait de l’animation dans ce quartier pavillonnaire à la con où Damien un jour sur deux ramène un vélo qui marche pas, il doit croire que c’est déjà un cimetière, vas-y, attends un peu, on va se connaître pendant tellement d’années, c’est beau l’amitié, ça va en roue libre, bah nous, depuis le début le cadre est pété.

- Et l’arcade sourcilière de mémé aussi, encore une fois, si je devais y croire à tes putains de prières, ça fonctionnerait peut-être mieux, non ?
Pourquoi c’est les pauvres et désargentés qu’ont toutes les galères qui croient en Dieu, faudra qu’on m’explique, les mecs, ils sont à Lima, ils ont pas l’eau, ils prient, les autres, de l’autre côté de la colline, ils se baignent dans leur piscine et va prier dans l’eau, toi, remarque c’est ainsi sans doute qu’on flotte dans la félicité.

- Traumatisme crânien.

- T’es vraiment un petit-fils indigne, moi et mon traumatisme crânien, quelle guigne, heureusement que j’ai Coquette, elle est pas comme toi, elle.

- Tu verrais la gueule de Coquette, dans le genre bâtard, on fait pas mieux. Ils se sont bien trouvés, ces deux-là.

- C’est sûr qu’on a pas la même gueule, non que je sois beau mais enfin, j’ose à peine dire que c’est un clébard, Coquette, tellement elle ressemble à rien, même avec une serviette à table et son rond de rangement à son nom, c’est à peine si c’est pas elle qui choisit les programmes, pas jusque là mais presque, en tout cas, ça se passe en concertation.

- Tu voulais voir quoi la Coquette, ce soir, ça te plairait de voir le Foucault ?
Jusqu’à la fin, elle brosse ses cheveux de sel avec soin, les femmes restent coquettes et se voient mourir dans le miroir. Coquette, le nom du chien, un bâtard sans grâce d’aucune sorte qui n’apporte rien et ne sait pas rapporter, une intelligence de volaille, il attend juste sa pitance et de regarder la télévision. Je crois qu’il en a rien à battre de mémé. Il mange son onglet avec ses dents dégueulasses et puis voilà.

- Dès que je peux, je lui fous des coups de lattes, c’est pas de la jalousie, tu parles, on peut pas être jaloux d’un truc pareil, juste une espèce de soulagement, comme j’ai rien à foutre dans la vie, ça me rassure, vous avez remarqué quand on est pas content de soi comme on aime s’en prendre aux plus faibles, ça soulage, c’est la nature humaine, on t’a battu quand t’étais petit, tu te venges, ta meuf t’a trompé comme un salaud, tu vas leur en faire baver, et toutes ces meufs qui font un môme parce qu’elles s’emmerdent et qu’elles ont pas trouvé leur voie.

- Coquette, un jour, on sait pas ce qui lui a pris, un sursaut d’orgueil sans doute, elle a fait une fugue, la gueule de mémé je te dis pas, plus aucun goût à la vie, c’est qu’on s’attache n’est-ce pas, on leur parle et tout.

- Le chien avait dû découvrir qu’il lui restait un neurone, à force de voir des émissions culturelles.

- l est jamais revenu, la laissant moribonde creuser le jardin à sa recherche.

- Après, elle est partie dans un délire mystique, elle croyait que Coquette était la réincarnation d’un clébard super célèbre.
Elle passait des heures à bêcher la terre en souvenir, peut-être elle croyait que c’est moi qui l’avais assassiné. Je suis pas un assassin.

- Notre père qui êtes aux cieux, à force de le provoquer tu parles, fallait bien qu’il se passe quelque chose, la pire tuile, faites que mon père revienne et qui c’est qu’arrive avec son bâton de pèlerin, non point de Jérusalem mais d’Amsterdam, interdit de séjour évidemment, mon père.

- Que votre règne arrive, t’as raison, non mais c’est quoi cet accoutrement, un short en velours et pis quoi encore.

- C’est donc lui le portrait en premier communiant sous lequel je fais ma prière comme si j’étais un gland sous le chêne, bah putain, la ressemblance est pas frappante.

- Ensuite, il était soldat en Algérie, y’a pas de balles perdues là-bas.
C’est un illustre inconnu pas encore enterré. Pas le parrain de Coppola mais presque. Il roulait en Rolls à travers l’Italie, traversait le Rhin à la nage, on l’aurait localisé en Chine, à l’aéroport de Bangkok il faisait le passeur.

- Pis le v’là avec son bâton de pèlerin qui s’installe directement comme s’il était chez lui. Du jour au lendemain je suis plus héritier, mais je le connais pas moi ce mec.

- Il s’est fait braquer sa guitare par des Surinamiens, tu vois le genre, alors qu’il comptait finir ses jours en Inde, résultat : chez mémé.

- Bon dieu, les jours rallongent.
Du jour au lendemain, j’ai plus de place. Une loque aux commandes dans un opéra bouffe aux faux airs de mariachis. Une nuit, il me réveille et me propose un gros coup qu’on peut faire en un seul jour, le jour de la fête du travail, ça tombe bien, vu qu’on a jamais bossé ni les uns ni les autres, quinze ans plus tard je peux encore en dire autant, on a ça dans les gènes.

- On va vendre du muguet qui pousse dans le jardin de mémé.

- Vendre du muguet qui pousse sauvagement dans le jardin ! Voilà donc le gros bonnet de la pègre, il aurait tenu dans le soutien-gorge de sa mère, faut couper le cordon, l’éducation aux Baumettes laisse à désirer.

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13:01 Écrit par Marc dans Mény, FP | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : vagabondage, litterature francaise, recits autobiographiques, fp meny | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

Commentaires

C'est un livre brut touchant, hahurissant, que tout le monde devrait lire.
Histoire d'errance et de vie, il faut savoir parfois lire entre les lignes... Mény fait parfois preuve d'ironie et d'une culture étonante pour un SDF...

Écrit par : Amandine | mardi, 17 novembre 2009

Les commentaires sont fermés.