mercredi, 04 février 2009

De la part de la princesse morte - Kenizé Mourad - 1987

bibliotheca de la part de la princesse morte

1918, Istamboul, à la cour du dernier sultan de l’Empire ottoman. La petite princesse héritière Selma, âgée d’à peine sept ans ne sait pas encore que son destin ne sera peut-être pas de prendre la place de son père, car le pays est prêt à s’engager dans la Première Guerre mondiale, conflit qui mettra fin à jamais à l’Empire ottoman pour faire place à la République. La famille impériale est condamnée à l’exil pour s’installer au Liban. Selma, qui a perdu à la fois son pays et son père, y sera " la princesse aux bas reprisés ". C'est à Beyrouth qu'elle grandira et rencontrera son premier amour, un jeune chef druze ; amour tôt brisé. Elle épousera ensuite un prince indien, et à ses côtés, elle connaîtra le faste de la vie des maharajas indiens ainsi que les derniers jours de l’Empire britannique. Un nouvel empire qui tombe, un nouvel exil pour Selma, l’éternelle étrangère, qui se réfugie à Paris où elle pense trouver enfin le véritable amour. Un enfant naîtra de cette union, la narratrice…

De la part de la princesse morte est un plutôt beau roman historique nous décrivant un destin des plus inhabituels, celle d’une princesse déchue qui connaîtra les nombreux bouleversements de ce XXèeme siècle, depuis la chute de l’Empire ottoman au britannique en passant par de multiples guerres. Ce roman est d’ailleurs presque autobiographique, presque, car l’écrivaine Kenizé Mourad ne connaît qu’en de grandes lignes l’histoire de sa mère la princesse. Suite à ce roman elle écrira d’ailleurs un second roman Le Jardin de Badalpour (1998), retraçant sa vie à elle, héritière d’une femme au destin si exceptionnel. Ce mélange fiction et documentaire réaliste est parfois un peu dérangeant, le style journalistique de l’auteur vient plus d’une fois troubler ce qui est censé être le texte d’une romancière. L’auteur force de plus un peu trop sur le côté sentimental et dramatique, de plus les personnages sont parfois trop théâtraux. Certains se lasseront d’ailleurs assez vite de cette aventure. Il en reste cependant une belle vision de l’Histoire de ce XXème siècle, si riche en bouleversements, et cela particulièrement en ce qui concerne l’histoire turque, libanaise, et indienne.

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Extrait :

Selma a sauté de voiture, elle court dans le sentier au milieu des herbes hautes et des buissons de genêts, la tête renversée vers le ciel, les bras ouverts comme pour embrasser toute cette splendeur, l'absorber, la faire sienne, elle court, elle ne veut plus s'arrêter. Elle entend dans le lointain Orhan qui l'appelle, mais elle ne se retournera pas, elle veut être seule avec cette nature qui la rend à elle-même, lui est plus familière que l'amie la plus chère, cette nature à laquelle elle s'abandonne sans crainte d'être abandonnée, et que par tous ses pores elle sent entrer en elle, lui redonner force, intensité.

Elle s'est jetée dans l'herbe, avidement elle en respire l'odeur humide, la tête lui tourne ; dans ses jambes, dans son ventre montent les vibrations chaudes de la terre, elle a l'impression de s'y fondre. Elle n'est plus Selma, elle est bien davantage, elle est ce brin d'herbe, et ces feuilles, et cette branche qui s'étire pour atteindre un nuage, elle est cet arbre qui plonge ses racines jusque dans l'antre obscur et mystérieux de sa naissance, elle est le bruissement de la source et son eau transparente qui fuit et toujours reste là ; elle est la caresse du soleil et le tournoiement du vent, elle n'est plus Selma, elle est, tout simplement.

Sur le chemin du retour, la jeune fille ne dira pas un mot. Elle tente de protéger sa joie, flamme fragile. La croyant triste, Orhan s'ingénie à la distraire, lui raconte mille histoires qu'elle n'entend pas. Elle aimerait qu'il se taise… Mais comment lui expliquer que le silence peut-être le plus chaleureux des compagnons, le plus attentif, le plus généreux et que dans le mot "solitude" elle, elle voit "soleil".

Par la suite, lorsque Selma évoquera cette période de son adolescence, elle se dira que c'est ce lien profond avec la nature qui l'a protégée du désespoir, l'a rendue à elle-même. Sans ses longues échappées dans cet univers magique elle n'aurait pas supporté la séparation d'avec tout ce qu'elle aimait, et sans doute n'aurait-elle pu résister à la mélancolie lancinante qui insensiblement envahissait la demeure de la rue Roustem-Pacha.

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Voir également :
- Le Jardin de Badalpour - Kenizé Mourad (1998), présentation

Commentaires

J'ai lu ce bouquin il y a une dizaine d'années, j'avais bcp aimé, cela m'avait permis pdt qq semaines de m'évader :-)

Écrit par : AnnA | mercredi, 04 février 2009

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