dimanche, 25 janvier 2009

Elise ou la vraie vie - Claire Etcherelli - 1967

bibliotheca elise ou la vraie vie

Surtout ne pas penser. Comme on dit "Surtout ne pas bouger" à un blessé aux membres brisés. Ne pas penser. Repousser les images, toujours les mêmes, celles d'hier, du temps qui ne reviendra plus. Ne pas penser. Ne pas reprendre les dernières phrases de la conversation, les mots que la séparation a rendus définitifs, se dire qu'il fait doux pour la saison, que les gens rentrent bien tard; s'éparpiller dans les détails, se pencher, s'intéresser au spectacle de la rue. Dehors, les passants marchent, se croisent , rentrent, partent. Il y a des ouvriers qui portent leur petit sac de casse croute vide roulé dans la main. Les bars doivent être pleins, c'est l'heure ou l'on s'y bouscule. Ce soir, il y aura des femmes qui seront heureuses sur une terre à la dérive, une île flottante, une chambre où l'on est deux. Quitter la vitre, descendre? Dans la rue, il y aurait surement une aventure pour moi. Les trottoirs sont pleins d'hommes avec leurs yeux chercheurs. Je n'aime pas les aventures. Je veux partir sur un bateau qui ne fera jamais escale. Embarquer, débarquer, cela n'est pas pour moi. Cette image d'un bateau, je l'ai prise à mon frère, Lucien. " Je te promets un vaisseau qui tracera au milieu de la mer une route où pas un autre n'osera le suivre." Il l'avait écrit pour Anna...

En France, entre 1954 et 1959. Elise, une jeune bordelaise, part sur invitation de son frère à Paris afin d'y mener la vraie vie. Elle y est emmenée à l'usine de montage de voitures où travaille son frère Lucien où elle est embauchée pour découvrir un nouveau monde, celui du travail à la chaîne et de son rythme inhumain qui transforme les ouvriers en machines. Elise aura du mal à se faire à cette nouvelle vie, est-ce donc là la "vraie" vie dont elle a rêvée? Et puis elle y rencontre Arezki, un ouvrier algérien dont elle tombe amoureuse. Mais, dans les années 1950 en France au moment de la Guerre d'Algérie, est-il possible d'aimer un arabe alors que les rafles et arrestations se succèdent tous les soirs ?

Elise ou la vraie vie
de l'écrivaine française Claire Etcherelli, dont c'est le premier roman, paraît en 1967, année où elle reçoit également le prix Femina avant d'être porté à l'écran en 1970 par Michel Drach. Le roman, fortement autobiographique, a donc été un vif succès populaire à l'époque qui, hélas, s'est fortement estompé depuis. Le roman vaut avant tout par la justesse de ses descriptions socioculturelles d'une époque difficile pour la France, en pleine guerre d'Algérie et face à la première vague d'immigrés et des problèmes auxquels ceux-ci sont confrontés dans la société française, un fond social qui n'existe plus aujourd'hui ou qui s'est en tout cas fortement modifié. Et l'intérêt du roman se trouve avant tout dans toute cette époque, peu reluisante dans l'histoire de France, qui y est décrite, une France sombre et triste, prise au piège dans des conflits coloniaux, polluée par ses usines et et enlaidie par ses immenses bidonvilles qui entourent les grandes villes comme Paris. On ressent toutefois aussi un auteur qui veut trop en faire, par rapport au racisme et aux valeurs sociales, et qui fait perdre un peu de crédibilité au roman qui apparaît de pus en plus éloigné de la réalité.

Elise ou la vraie vie de Claire Etcherelli, malgré qu'il ait un peu vieilli, reste un très beau et poignant roman sur la société française des années 1950.

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11:20 Écrit par Marc dans Etcherelli, Claire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : litterature francaise, romans de societe, claire etcherelli | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

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