mercredi, 31 décembre 2008

Monument - Ian Graham - 2002

bibliotheca monument

Ballas est un malfrat, un vagabond qui ne pense qu'à se soûler et à voler. Il passe ses journées à traîner dans les bars en espérant trouver à qui voler quelques sous pour survivre jusqu'au lendemain. Mais un beau jour alors qu'il traîne dans la ville sainte de Soriterath il vole un objet d'une valeur inestimable mais dont il ignore totalement la signification. Cet objet est en effet un artefact qui poussera toute armée à le pourchasser et mènera le monde au bord du chaos.

Monument
de l'écrivain britannique Ian Graham, dont c'est le premier roman, sort en 2002. C'est un roman de fantasy se voulant original mais sans l'être réellement. La fantasy est en effet un genre qui ne cesse de tourner autour des mêmes clichés et a bien du mal à se renouveler. Ian Graham, ici, tente de renouveler le genre en plaçant un anti-héros au centre de son intrigue, alors que le genre ne connais généralement que des héros les plus nobles et braves possibles. Hélas cela ne suffit guère à en faire un roman original, de plus à force d'en rajouter sur le caractère négatif de Ballas l'auteur délaisse bien d'autres éléments. L'univers créé autour de la ville de Soriterath est assez peu développé, la quête de Ballas, ainsi que la signification du mystérieux artefact, n'attirera par son immense banalité guère l'attention du lecteur qui se perd dans une multitude de scènes d'action et de descriptions vaines du caractère anti-héros de Ballas. L'ennui s'installe rapidement et il devient difficile d'arriver à bout de ce roman.

Monument est un roman de fantasy plutôt raté et sans le moindre intérêt, qui ne pourra intéresser que quelques amateurs du genre.

Pour commander ce livre via Amazon.fr : CLIQUEZ ICI !

Extrait : premier chapitre

Au commencement, par une nuit sans nuages,
Un tailleur venu du Sud,
De Meahavin,
Reçut la parole du dieu-créateur
Et consacra sa vie à exécuter ses commandements.
Abandonnant tout bien terrestre,
Il quitta sa maison
Et devint un Très Saint Pèlerin…

Extrait du récit intégral et interdit des Pèlerins
par Mascali, le Neuvième Témoin.

Quelle mode idiote, pensa le colosse. Vaniteuse et fanfaronne… De la stupidité juvénile…

À l’autre bout de la salle commune, des maçons étaient installés autour d’une grande table. Ils étaient jeunes. De longues heures de travail avaient sculpté leurs muscles. La poussière blanche incrustée dans leur peau, leurs cheveux, leurs sourcils, les faisait ressembler à des fantômes de chair. Ils buvaient leur bière en plaisantant, attendant l’arrivée des prostituées. Le colosse ne les blâmait pas. L’alcool, le rire, les femmes… que de saines occupations. Non… c’était la façon dont les maçons portaient leur bourse qui lui semblait absurde.

Les bourses pendaient à la ceinture de leur propriétaire au bout d’une lanière de cuir tressée, longue de cinq centimètres environ. Certaines lanières étaient de couleurs vives, leurs fils rouges entrelacés de vert et de bleu. D’autres étaient plus sombres : noires, brunes et ocres, couleur de sang séché. Les bourses se balançaient au bout de ces tresses, vulnérables et tentantes comme des pommes mûres. À la portée du plus maladroit des voleurs.

Il y avait là un message, bien entendu. Comme tous les jeunes gens au sang chaud, les maçons voulaient paraître sûrs d’eux, puissants, dangereux. Des hommes qui n’hésitaient pas à exposer leurs possessions… car nul n’oserait les prendre. Ce serait comme arracher de la nourriture des crocs d’un lion : un acte de folie suicidaire.
Le colosse porta une bouteille de vin à ses lèvres.

Depuis le milieu de la matinée, il se trouvait dans la taverne, n’ayant bougé de sa table que pour utiliser les latrines ou aller au bar renouveler ses boissons. Il avait ingurgité assez d’alcool pour mettre un vaisseau de guerre à flot. Whisky, gin, rhum, bière, vin… son estomac avait tout accepté. Boire autant aurait rendu n’importe qui gravement malade, des individus fragiles en seraient peut-être même morts. Mais le colosse avait une résistance infinie. Il pouvait, sans effort, boire dix fois plus que la moyenne.

Et cela se voyait.

La boisson l’avait boursouflé. Une panse de buveur de bière dépassait de sa ceinture , sa tunique était tendue sur sa chair flasque. Son visage était gonflé. Le colosse n’avait jamais été bel homme , aujourd’hui, il ressemblait à un sanglier. Son nez avait été si souvent cassé dans des querelles d’ivrognes qu’il était écrasé comme un groin. Sa barbe, épaisse, broussailleuse, pouilleuse, était du noir terne des poils de sanglier. Ses épaules légèrement voûtées, sa poitrine bombée et ses mouvements lourds accentuaient son allure porcine. Seuls ses yeux étaient humains. Tranchant sur le blanc larmoyant et injecté de sang de la cornée, les iris verts étaient perçants, attentifs. Ils brillaient avec insolence.

Le colosse s’appelait Ballas.

Et Ballas avait besoin d’argent.

Laissant délibérément tomber sa bouteille de vin, il la regarda s’écraser au sol. Surpris par le bruit, les maçons se tournèrent vers lui.

- Espèce de crétin ! s’écria l’un d’eux, un jeune rouquin, la peau encore constellée de taches de rousseur enfantines.

Ses yeux marron étaient froids et cruels , il semblait d’un naturel aigri. Il fixa Ballas.

- Regardez-moi ce type ! insista-t-il, désignant le colosse. Il y a du vomi sur sa chemise. Ses cheveux sont raides de crasse et je parierais que sa culotte est maculée de taches de pisse. Dis-moi, mon gros, de quand date ton dernier bain ?

Ballas haussa les épaules.

- La crasse n’a pas l’air de te déranger, remarqua le jeune homme. Ni la puanteur. Tu te fais des putains, hein ?

Ballas acquiesça.

- Tu crois que les filles retiennent leur souffle ? Qu’elles se retiennent de vomir ? Dans le genre, tu inspires plus la nausée que le désir, non ?

Ballas haussa de nouveau les épaules.

- Tu n’as aucun amour-propre, mon gros, reprit le garçon. Moi, je me suiciderais avant de tomber aussi bas. Bon sang ! Je me trancherais la gorge… Je me couperais les couilles… n’importe quoi plutôt que de vivre comme ça. Mieux vaut une mort douloureuse ou dégradante…

Il se tourna vers les autres maçons.

- Promettez-moi que vous m’achèverez si je ressemble un jour à ce type. On se soutient, non ? On est loyaux ? J’en ferais autant pour vous, d’ailleurs. Ce serait une vraie preuve d’amitié. Un acte de pitié. Vous ne me le refuseriez pas, hein ?

La bourse du rouquin, déformée par les pièces, se balançait au bout d’une lanière noire. Ballas l’observa pendant un moment, tel un serpent fixant une mangouste.

Il se baissa pour ramasser un tesson de la bouteille.

- Non, attendez, dit une voix.

Une serveuse se précipita vers lui.

- Je m’en charge. Vous allez vous couper et après, il faudra que j’essuie le sang, en plus du vin…

Elle se mit à genoux et, à l’aide d’une balayette, ramassa le verre cassé.

- Vous êtes ici depuis l’ouverture, ajouta-t-elle en levant les yeux. Et j’ai rarement vu quelqu’un boire autant. Vous avez englouti l’équivalent d’une rivière, monsieur. Vous n’allez pas nous faire des misères, au moins ?

- Des misères ? murmura Ballas.

- Vous savez, chercher la bagarre. Cette taverne est tranquille… enfin, presque. On ne veut pas d’histoires.

- Vous me demandez de partir ? gronda Ballas d’une voix grave et terrifiante.

- Non, se hâta de répondre la fille.

- Une serveuse ne demande pas à un homme s’il va mal se comporter, reprocha Ballas. Pas si elle veut qu’il reste pour continuer à boire. J’ai dépensé une fortune ici…

- Vous m’avez mal comprise, se défendit la serveuse.

- J’ai très bien compris, riposta le colosse en se levant. Je ne suis pas le bienvenu, c’est ça ? Alors, je vais foutre le camp. Il y a des endroits plus agréables à Soriterath, des endroits où un homme peut boire et être bien traité…

En contournant la table, Ballas chancela. Le sol paraissait penché, comme le pont d’un bateau en pleine tempête. Le colosse s’agrippa à la table pour retrouver son équilibre. Il était plus saoul qu’il le pensait. Respirant profondément, il se dirigea vers la porte.

Il fit une dizaine de pas, trébucha… pour s’écraser contre le maçon roux, qui lâcha sa chope en étain. Le récipient se renversa avec un bruit métallique, et une flaque de bière se répandit sur la table. Le maçon bondit sur ses pieds avec un cri de colère.

- Sale bouseux ! jeta-t-il, le regard flamboyant. Tu n’es même pas capable de marcher ? Regarde ce que tu as fait !

D’un geste furieux, il montrait la bière renversée.

- Un accident, marmonna Ballas. Je suis saoul. Chaque pas est une aventure. Désolé.

Le maçon fronça le nez.

- De près, tu pues encore plus que je l’imaginais. Même une tannerie n’empeste pas tant !

Il repoussa Ballas. Surpris par le mouvement brusque du jeune homme, le colosse trébucha sur un tabouret et s’écroula par terre.

Le maçon se campa au-dessus de lui.

- Tu me dois une chope de bière.

- Je n’ai pas d’argent, répondit Ballas, lentement. Je n’ai… plus rien.

- Aucun homme sans argent ne peut se saouler autant…

- Aucun homme aussi saoul ne peut avoir gardé le moindre centime, répliqua Ballas, peinant pour se relever. J’ai assez picolé pour mettre un Maître Sacré sur la paille. Il lui faudrait mettre le Sacros au clou pour régler son ardoise.

- Ne mens pas, menaça le maçon.

Il avança vers Ballas.

- Ho-là !

À l’autre bout de la salle, la serveuse les fusillait du regard.

- Vous voulez que j’avertisse le patron de la taverne ? Son chien-loup est plus hargneux qu’un taureau : ça vous dirait qu’il vous le fiche aux trousses ?

Elle jeta un coup d’œil incisif à Ballas.

- Vous, tenez parole… et fichez le camp. Dès que je vous ai vu, j’ai su que vous alliez nous causer des ennuis.

- Ah oui ? Alors, vous êtes plus maligne que vous en avez l’air, dit Ballas.

Il jeta un coup d’œil aux maçons, hésitant à insulter le jeune homme. Il savait exactement quoi dire. Le garçon était embarrassé par ses taches de rousseur. Sur les autres plans, c’était un homme fort, un adulte… seules les taches gâchaient le tableau. Ballas aurait aussi pu se moquer de son acné : le menton du rouquin était couvert de boutons rouges enflammés et purulents.

Mais le colosse garda le silence. Partir était plus sage. Se retournant, il sortit d’un pas traînant.

C’était le milieu de l’après-midi. Une vive lumière automnale émanait du ciel bleu clair. La rue était large, le sol recouvert de boue à moitié gelée. De chaque côté s’élevaient des tavernes en pierre gris pâle. Beaucoup étaient en ruine : les porches en bois pourrissaient, des moisissures et des mousses rongeaient la pierre, et la peinture s’était depuis longtemps écaillée sur les portes. Ballas n’était à Soriterath que depuis quelques jours, mais il en avait vu assez pour comprendre que ce quartier était un des plus minables de la ville – pas seulement de cette ville, corrigea-t-il mentalement, de tout le pays de Druine. Soriterath était la cité sacrée, où vivaient les chefs de l’Église des Pèlerins. Sacrée, mais loin d’être splendide. Dans les quartiers riches se trouvaient de beaux édifices, sinon, la cité ne différait pas de n’importe quelle autre ville du pays : ce n’était que misère rampante, maisons, tavernes et boutiques en vieille pierre et bois pourri, les bâtiments serrés les uns contre les autres, comme pour emprisonner le plus grand nombre d’âmes possible dans un espace réduit. Et comme beaucoup d’agglomérations, Soriterath dégageait une odeur particulière, celle de végétaux pourrissants mêlés aux relents de chair en décomposition. Les marchands de légumes jetaient leurs produits invendables dans les rues et quand les animaux errants de la cité – les rats, les chats et les chiens – mouraient, leurs carcasses pourrissaient sur place. Un sort semblable attendait de nombreux cadavres humains , d’autres, lestés de pierres, étaient jetés dans la rivière Gastallen. L’Église des Pèlerins s’était efforcée d’endiguer les épidémies provoquées par les corps en décomposition et avait fait ériger des bûchers communaux. Ballas avait entendu dire que quand la peste ou la famine sévissaient, la fumée des corps qui brûlaient noircissait l’air au-dessus de Soriterath.

Soriterath était peut-être la ville sainte, mais son visage était souvent diabolique.

Et quand les pessimistes de la Chambre des communes évoquaient le déclin du pays et la lente dérive de Druine vers la ruine morale, ils citaient fréquemment Soriterath en exemple.

Dès son arrivée, Ballas s’y était senti à l’aise.

La brise s’engouffra en tourbillons glacés dans la rue, cinglant sa peau gercée par le froid.

Le colosse frissonna. Puis il sourit.

- Voyons voir ce que j’ai ici, chuchota-t-il en ouvrant sa main gauche.

Dans sa paume se trouvait la bourse du maçon. La voler n’avait pas été difficile. Quand Ballas avait trébuché – délibérément – et heurté le jeune homme, il avait coupé la lanière avec le tesson de bouteille. Toute l’opération avait été exécutée avec la dextérité d’un prestidigitateur.

La bourse était pleine.

- Cette nuit, murmura-t-il, je ne coucherai pas dans les rues…

C’est alors qu’il réalisa que la bourse était légère. Trop légère pour le nombre de pièces.

Fronçant les sourcils, il la palpa. Le tissu était pourtant bien tendu. La monnaie était solide, réelle.

Mais la légèreté persistait.

Le vin lui jouait-il un tour ? L’alcool faisait-il paraître légers les objets lourds… comme il embellissait les femmes laides ?

Ballas vida la bourse dans sa paume. Et jura en découvrant une douzaine de rondelles en bois, qu’il jeta violemment à terre.

- Sale pisseux ! gronda-t-il comme si le maçon était présent. Sale petit couillon rouquin et boutonneux. Je devrais te castrer et achever la besogne…

Une porte s’ouvrit à la volée. L’écho se répercuta dans la rue.

Le maçon sortit de la taverne, flanqué de deux de ses compagnons.

- Espèce d’abruti, lança le rouquin en s’avançant à grands pas vers Ballas. (Il tâtait la lanière qui pendouillait à sa ceinture.) Tu croyais que je ne m’en apercevrais pas ?

Tu crois que je suis comme toi ? Incapable de réaliser qu’on me fait affront ?

- De quoi tu parles ? opposa Ballas, faiblement.

- Oh, ça va… Ne fais pas l’innocent. Tu as ma bourse dans la main et les pièces sont éparpillées à tes pieds. Tu sais parfaitement de quoi je parle…

- Ce n’était qu’une blague…

- Tout comme ceci, l’ami.

Le maçon bondit en avant et lança une bouteille à la tête de Ballas. Le colosse, étourdi, chancela. Un second coup le toucha à la pommette. Puis le maçon le frappa à l’entrejambe.

Un battement de cœur, une terrible appréhension… une douleur suffocante passa des testicules de Ballas à sa gorge. Tombant à genoux, le colosse commença à vomir. Le maçon se rua sur lui et le frappa au visage. Le choc renversa Ballas, tandis que son adversaire se laissait tomber à genoux à côté de lui et le rouait de coups. Puis il abattit la bouteille sur la tête de Ballas… une fois, deux fois, trois fois, jusqu’à ce que la bouteille se brise.

Alors la véritable violence commença.

Les amis du maçon se déchaînèrent… frappant Ballas à la poitrine, aux jambes, au ventre, à coups de pied, à coups de poing. Les chocs ébranlaient le corps du colosse, sans répit, sans merci. Ballas était comme un renard acculé, attaqué par des chiens de meute. Son corps tressaillait. Le rouquin s’acharnait sur le visage de sa victime, comme s’il avait résolu de le défigurer…

Enfin, épuisés, les trois hommes s’immobilisèrent.

Soudain, le silence.

Un bruit d’éclaboussement. Quelque chose arrosa le visage de Ballas.

Grimaçant, il ouvrit difficilement ses yeux gonflés.

Le maçon urinait sur lui.

- Un beau cadeau pour un homme habitué à vivre dans le caniveau, commenta-t-il. Comme ça, tu es dans ton élément, hein ? Tu es aussi à l’aise dans la pisse qu’un poisson dans l’eau, pas vrai ?

Le maçon éclata de rire, imité par ses compagnons.

- Un avertissement, mon gros. Si jamais je te revois, si je reconnais ta puanteur, tu es mort. Compris ? J’ai eu pitié de toi aujourd’hui. La prochaine fois, c’est la foudre qui te frappera…

Il cracha sur Ballas, puis se détourna et s’éloigna. Lui emboîtant le pas, ses amis disparurent dans la taverne.

Ballas s’assit à grand-peine. Son corps était couvert d’hématomes. Le sang se répandait douloureusement sous sa peau. De minuscules spasmes agitaient ses muscles. Il leva la main, tâta son nez avant de gémir : cassé. Encore une fois. Ses doigts ne touchaient qu’un morceau de cartilage sanguinolent.

- Salauds, marmonna-t-il. Salauds de pisseux… Maintenant, voyons voir. (Il émit un petit rire coassant.) Les nouvelles ne sont peut-être pas toutes mauvaises…

Il tenait une deuxième bourse serrée dans sa main gauche. Elle appartenait aussi – ou plutôt, elle avait appartenu – au rouquin. Comme la première, elle était pleine à craquer. Et contrairement à la première, elle était lourde.

Ballas la retourna. Douze pièces de cuivre tombèrent dans sa paume. Une semaine de salaire pour un apprenti maçon…

- Eh bien, gamin, la bourse qui pendait à ta ceinture était un leurre. Mais celle-ci… Ha ! Voilà ce qui arrive aux petits garçons qui croient tout savoir… Que cela te serve de leçon.

Se relevant, Ballas s’éloigna dans la grand-rue en traînant la jambe.

Quelques heures plus tard, il s’extirpa péniblement d’une paillasse pour enfiler ses jambières. Fouillant dans sa bourse, il en sortit deux pièces qu’il jeta à la prostituée grassouillette allongée sous la couverture.

Juste après la raclée, Ballas était entré dans une nouvelle taverne… dont il avait déjà oublié le nom. C’est après avoir avalé une bouteille de keltuskan rouge, que, ses sens réveillés, il avait payé la prostituée pour plusieurs heures et l’avait entraînée à l’étage.

La fille avait été surprise que Ballas ait des besoins charnels après s’être fait battre de cette façon. D’après elle, le désir s’écoulait avec le sang. Ballas lui avait assuré qu’il ne réagissait pas ainsi. Puis, il le lui avait prouvé.

La putain l’avait traité avec douceur. Lors de l’accouplement, elle s’était chargée des actes les plus physiques tandis que Ballas restait immobile, grognant de bonheur comme un cochon devant sa mangeoire. Contrairement aux prévisions du maçon, ses effluves corporels n’avaient pas gêné la fille. Sur le rebord de la fenêtre, des herbes se consumaient lentement dans une coupe et leur parfum emplissait la pièce, masquant les odeurs.

Ballas enfila sa chemise et ses bottes.

Ouvrant les volets, il observa les rues de Soriterath voilées par la nuit. Il se sentait ivre, satisfait, fatigué… et assoiffé. Étranger dans la cité, il se rappelait pourtant qu’à quelques rues de là se trouvait une taverne vendant un vin blanc doux. De quoi finir en beauté une journée éprouvante, mais satisfaisante.

Quittant la chambre, il descendit la volée de marches et pénétra dans la salle commune. L’atmosphère était bruyante : toutes les tables étaient occupées et les poutres vibraient sous les rires. Ballas traversa la pièce et sortit dans la nuit.

Tendant la main, le regard fixé sur la rue sombre, il essaya de fermer la porte de la taverne. Elle bougea de quelques centimètres, puis s’arrêta.
Grognant, il tira plus fort, mais elle ne bougea pas.

Ballas se retourna…

Et resta immobile, le souffle coupé.

Sur le seuil, se tenait une silhouette grande et mince. L’homme avait de petits yeux noirs, un menton couvert de boutons… et des taches de rousseur.

Il serrait un gourdin dans sa main droite.

- On t’a cherché toute la soirée, dit-il, très calme. Ton obstination me stupéfie. Tu me voles , tu prends une raclée. Et tu recommences. À dire vrai, je crois que la boisson t’a ramolli le cerveau. Les Quatre ont prêché l’abstinence. Ce que j’ai toujours trouvé stupide et hypocrite… Maintenant, je suis convaincu des risques de l’alcool…

Les amis du maçon apparurent.

Ballas ouvrit la bouche. Le rouquin l’arrêta.

- Pas la peine. Au moment de sa mort, un homme devrait dire la vérité. Et tu ne sais que mentir.

Il bondit en avant et asséna un violent coup de gourdin sur la pommette de Ballas. Le colosse tomba. Avant qu’il ait pu faire le moindre mouvement, les maçons se jetèrent sur lui.

Pour commander ce livre via Amazon.fr : CLIQUEZ ICI !

15:31 Écrit par Marc dans Graham, Ian | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fantasy, litterature britannique, ian graham | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

Les commentaires sont fermés.