mercredi, 17 décembre 2008

2666 - Roberto Bolaño - 2003

bibliotheca 2666

Roberto Bolaño est décidément un écrivain hors norme. Toute sa bibliographie est composée de romans, d'essais et de nouvelles hors du commun et traitant de sujet des plus divers... et souvent des plus horribles. C'est à juste titre qu'il est considéré comme l'un des plus grands auteurs latino-américains.
2666
, publié à titre posthume un an après la mort de l'écrivain alors âgé de 50 ans, est un véritable chef-d'œuvre, le roman d'une vie, énorme, indispensable, et qui clôture en beauté la riche et prolifique carrière de Bolaño. Mais hélas, l'auteur est mort trop tôt n'ayant ainsi pas pu parfaitement finaliser le texte. Il n'empêche que le résultat est pourtant largement suffisant, Bolaño lui-mêle se sentait proche du but. L'auteur lui-même, sentant sa mort approcher, laissa des instructions à son éditeur selon lesquelles son roman 2666, plus de mille denses pages, devrait se publier en cinq volumes qui correspondraient aux cinq parties de celui-ci. Il alla même à préciser la périodicité des publications et le prix à négocier avec l'éditeur. Bolaño pensait ainsi assurer une fois pour toute l'avenir économique de ses enfants. Cependant l'éditeur après avoir lu le texte n'a plus pu suivre les instructions de l'auteur, tant l'ensemble des cinq parties formaient un tout, une œuvre des plus impressionnantes qui soient.

Résumer le roman est une tâche difficile, presque impossible, tant l'œuvre est vaste et foisonnante. Toutes les cinq parties du roman permettent une lecture autonome, pourtant elles sont intiment liées autour de ce chiffre 2666, énigmatique jusqu'au bout, une date en réalité, qui agit comme point de fuite à partir duquel s'ordonnent les différentes parties du roman. A partir de là tout s'articule autour d'un axe central: la littérature. D'abord telle qu'elle est vue par les critiques littéraires qui, à force de vouloir s'en approcher ne font que s'en éloigner, puis par les vivants, les morts, et enfin par l'écrivain lui-même qui par son parcours réussit à écrire avant d'être étudié par les critiques... et la boucle est bouclée.
Et Bolaño use de tous les styles et tous les genres pour emmener le lecteur jusqu'au vertige. On y retrouve à la fois le roman réaliste, le policier, le roman d'amour, historique, fantastique et même la science-fiction dans lesquels se tourmentent une multitude de protagonistes à la fois fantomatiques et dotées d'une très forte humanité.
Le livre s'ouvre sur La partie des critiques où l'on voit quatre jeunes universitaires vouer leur vie à s'approcher au plus près de l'œuvre d'un mystérieux écrivain allemand, Benno von Archimboldi, exilé au Mexique et dont on ignore à peu près tout. D'ailleurs c'est à la recherche d'Archimboldi qu'ils se retrouvent à Santa Teresa, une lugubre ville mexicaine à la frontière étasunienne. Là-bas ils rencontrent un certain Amalfitano, c'est La partie d'Amalfitano, un professeur de philosophie exilé d'Espagne avec sa fille après avoir été abandonné par sa femme. Jusque là il est encore difficile à cerner où l'auteur veut mener son lecteur. Surtout, qu'ensuite dans La partie de Fate, ne ressemble plus du tout au deux premières parties et constitue un véritable polar, se déroulant également à Santa Teresa, avant de plonger le lecteur dans l'horreur la plus pure de La partie des crimes, une hallucinante descente aux enfers dans la réalité mexicaine la plus sordide à Santa Teresa, ville qui est au fait la copie littéraire de Ciudad Juarez, où depuis plusieurs années de nombreuses femmes sont régulièrement retrouvés mortes dans le désert, souvent violées et mutilées. Et Bolaño dresse ici une incroyable liste de tous ces meurtres, décrits d'un ton froid, administratif et à la précision quasi chirurgicale. Le lecteur croit alors atteindre fond de l'horreur, mais reste encore La partie d'Archimboldi, celle de l'écrivain, qui confronte le lecteur à l'apocalypse de la Seconde Guerre mondiale, telle qu'elle est vue par un jeune soldat allemand qui n'est pas encore devenu l'écrivain Benno von Archimboldi, et, qui après la guerre et une reconstruction difficile en Allemagne verra sa vie basculer en quittant tout pour le Mexique... pour Santa Teresa.

2666
est un roman exceptionnel, tout à fait unique et indispensable, expérience littéraire qui remet en cause la nature même du roman et de la narration

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