jeudi, 08 novembre 2007

L’île du jour d’avant (L'isola del giorno prima) - Umberto Eco - 1994

bibliotheca l ile du jour d avant

Au XVIIème siècle, le cardinal de Mazarin contraint un jeune noble piémontais du Montferrat de vingt-neuf ans, Roberto de la Grive, à s'embarquer comme espion au service de la France sur un navire hollandais, le Daphne en route pour l’océan Pacifique, pour découvrir le secret ardemment convoité par plusieurs puissances européennes de la mesure des longitudes qui livrera la localisation des terres inconnues supposées fécondes en trésors de l'océan Pacifique. Mais en 1643 le navire fait naufrage au large d’une petite île et Roberto en tant survit en solitude à bord du Daphne, dans lequel il sera prisonnier car n’ayant aucune embarcation manoeuvrable par lui-même et ne sachant pas nager. Mais quelle est sa surprise en découvrant dans ses soutes un jardin édénique, une oisellerie, de mirobolantes machines, un prodigieux fatras de télescopes et d'astrolabes, d'horloges et de portulans. Au bout de quelque temps il trouve même à bord, dans une cachette, un vieux jésuite très érudit, Caspar Wanderdrossel, qui était resté seul à bord après ses anciens compagnons soient morts dans une lugubre affaire d’anthropophagie. Caspar va commencer à initier Roberto aux mystères de l'astronomie et à la mathématique céleste jusqu’à lui dévoiler la mission secrète du Daphne : découvrir le mystère des longitudes. Car le navire se trouve sur le 180e méridien, la ligne de changement de date, alors que l’île au large de laquelle se trouve le bateau, se trouve dans le temps le jour avant…

Difficile de présenter ce magnifique roman de l’auteur sémiologue et linguiste Umbert Eco qui se trouve à la croisée des genres entre le roman d’aventures de capes et d’épées, historique, philosophique et scientifique même. Umberto Eco nous mène dans cette robinsonnade sur une immense énigme historique que représentent les longitudes, en revisitant  au passage la guerre de Trente Ans, la politique française sous le cardinal Mazarin, et la forte évolution des sciences en ce XVIIème siècle, véritable siècle de lumières durant lequel les découvertes de mondes inconnus n’ont cessé de faire chanceler les esprits, la religion et l’art et la culture en général. Mais roman d’aventures aussi par les multiples péripéties que raconte le personnage de Roberto dans ses écrits qu ce soit relatif à la guerre, l’espionnage ou ses aventures de mer. A travers les écrits de Roberto on remarque aussi la personnalité perturbée de celui-ci par un véritable problème d’identité qui le fait imaginer jusqu’à ce qu’il devienne réel un double dans la vie qui se retrouvera comme lui naufragé sur le Daphne.
Umberto Eco nous conte cette histoire avec un véritable talent romanesque et littéraire augmenté d’une érudition époustouflante, finalement ce que l’on retrouve dans tous les romans de cet excellent écrivain italien.  Le récit alternant entre les différentes périodes de la vie de Roberto fait découvrir au lecteur un flot incessant de personnages atypiques, d’événements historiques, d’idées philosophiques et de machines merveilleuses. Il y est d’ailleurs fait mention d’une machine qui si elle était développée serait la base des calculettes électroniques actuelles. Umberto Eco semble également beaucoup s’interroger sur sa propre identité, de nombreuses caractéristiques, plus intérieures, de Roberto étant clairement autobiographiques.
Mais la lecture de ce récit reste difficile par le fait que Umberto Eco l’histoire d’un jeune homme qui s’étouffe de plus en plus, un roman initiatique à l’envers, comme dans une bouteille jetée à la mer du monde et du savoir. Et c’est peut-être l’un des plus difficile à aborder des romans d’Eco. Les descriptions et explications sont longues et fascineront un grand nombre de lecteurs mais ennuiera beaucoup d’autres.

A noter que l’on trouve de nombreuses références dans L’île du jour d’avant au roman plus célèbre d’Umberto Eco qui est Le Nom de la Rose (Il nome della rosa, 1980), notamment lorsque le capitaine du Daphne mentionne une lugubre histoire dans laquelle des hommes ont été empoisonnés en humidifiant leurs doigts par la salive en tournant les pages de certains livres.

L’île du jour d’avant est un fascinant roman d’Umberto Eco, une œuvre phare de cette littérature de fin de millénaire.

Voir également :
- Le nom de la rose (Il nome della rosa) - Umberto Eco (1980), présentation
- Le pendule de Foucault (Il pendolo di Foucault) - Umberto Eco (1988), présentation
- Baudolino - Umberto Eco (2000), présentation et extrait

Les commentaires sont fermés.