lundi, 26 février 2007

Le nom de la rose (Il nome della rosa) – Umberto Eco – 1980

bibliotheca le nom de la rose

An de grâce 1327, alors que la chrétienté est divisée entre l'autorité du pape Jean XXII et celle de l'Empereur Louis IV du Saint-Empire et que les hérésies sont traquées à travers tout l’empire, l'ex-inquisiteur et moine franciscain Guillaume de Baskerville se rend dans une abbaye bénédictine, située entre Provence et Ligurie, accompagné par son novice Adso, un jeune bénédictin issue de la noblesse de Melk. Cette abbaye va servir de rencontre théologique entre franciscains et l'autorité pontificale d’Avignon au sujet de la pauvreté du Christ, débat servant avant tout de façade au conflit politique entre le pape et l'empereur. Mais de Baskerville est également chargé par l’abbé d ‘enquêter sur une mort suspecte d’un jeune moine qui semble s’être suicidé. Rapidement, ce que beaucoup semblaient considérer comme un suicide prend des allures de plus en plus inquiétantes, et chaque jour connaîtra un nouveau meurtre parmi les moines, se fondant sur le modèle de l’Apocalypse. Mais lorsque peu de jours plus tard débarque l'inquisiteur dominicain Bernardo Gui qui se rend à l'abbaye à la demande du pape, et commence à se mêler à l'enquête, les choses commencent à se compliquer.

Le nom de la rose est la première œuvre de fiction d’Umberto Eco et devient très vite un immense succès mondial pour être considéré comme l’un des plus grands chef-d’œuvres littéraires de la fin du vingtième siècle. Il s’agît à la fois d’un roman historique médiéval extrêmement recherché et d’un roman policier des plus efficaces et passionnants. Le nom de la rose est une véritable révélation pour la plupart des lecteurs qui le lisent, un livre tout à fait unique. Un vrai choc littéraire.
Dans ce roman Umberto Eco tente avant tout de décrire le combat d’un homme contre l’obscurantisme et pour la liberté du savoir, mais la première chose qui impressionne dans ce génial roman est la qualité de l’intrigue policière qui se déroule en huis clos dans l’ambiance sombre et austère d’une abbaye médiévale et qui accroche le lecteur du début à la fin. Eco place des mystères, puis des pistes qui présentent des signes qui à leur tour deviennent symboles prêts à être interprétés. L’enquête est pleine de rebondissements et de suspense. Mais ensuite le lecteur reconnaîtrera rapidement l’immense érudition d’Umberto Eco qui nous relate cette époque de l’histoire de façon très détaillée et savante tout en gardant l’aspect divertissant du roman. A force de détails, de faits divers d’époque, Umberto Eco nous fait revivre ces temps d’obscurantisme comme si on y était. Le travail effectué par Eco est très méticuleux (il faut savoir que le perfectionisme d’Eco a poussé celui à travailler pendant toute une année sur l’élaboration du plan de l’abbaye). Le dénouement final est impressionnant, à la hauteur de l’intrigue, et ne décevra personne en donnant pleienement son sens à l’oeuvre.
Les références littéraires et historiques sont nombreuses. Par exemple le personnage de Guillaume de Baskerville, rationaliste et disciple du savant anglais du XIIIe siècle Roger Bacon, est à la fois inspiré du détective Sherlock Holmes (en particulier au roman d'Arthur Conan Doyle Le Chien des Baskerville) et fait allusion à Guillaume d’Occam (Premier jour, Vêpres : « il ne faut pas multiplier les explications et les causes sans qu'on en ait une stricte nécessité »), alors que le novice Adso n’est que la version contractée du Docteur Watson. A noter aussi que le personnage du bibliothécaire aveugle est directement inspiré de l’écrivain argentin Jorge Luis Borges. Ce genre de références se retrouvent dans quasi chaque phrase. Ce roman n’aurait pu exister sans toute la littérature qui l’a précédé, et en son sein se retrouve enfoui, tel dans la mystérieuse bibliothèque de l’abbaye, un immense savoir littéraire qui ne demande qu’à être découvert.

Le titre Le nom de la rose n’est pas directement en lien avec le contenu, mais avait été trouvé par Eco, aidé par des amis, tout simplement parce que cela sonnait bien, toutefois en gardant à l’esprit que la rose a toujours été symbole de secret et de mysticisme.

Le roman a été adapté au cinéma en 1986 par Jean-Jacques Annaud dans une production internationale avec Sean Connery dans le rôle de Guiilaume de Baskerville et Christian Slater dans celui du novice Adso. Le film, même s’il est plutôt réussi, n’arrive évidemment pas en rendre la complexité de l’œuvre littéraire.
Le nom de la rose a également inspiré une multitude d’autres écrivains pour créer le genre du roman historico-policier.

Le nom de la rose est une véritable œuvre mythique, un éblouissement de culture et de savoir tout à fait unique en son genre.

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Extrait : pris dans du premier chapitre

"Telle était la situation quand – déjà novice bénédictin au monastère de Melk -je fus arraché à la tranquillité du cloître par mon père, qui se battait dans la suite de Louis, non le moindre d'entre ses barons, et qui trouva sage de m'emmener avec lui pour que je connusse les merveilles d'Italie et fusse présent quand l'empereur serait couronné à Rome. Mais le siège de Pise l'absorba tout entier dans des préoccupations militaires. J'en tirai avantage en circulant, mi par oisiveté, mi par désir d'apprendre, dans les villes de la Toscane, mais cette vie libre et sans règle ne seyait point, pensèrent mes parents, à un adolescent voué à la vie contemplative. Et suivant le conseil de Marsile, qui s'était pris d'affection pour moi, ils décidèrent de me placer auprès d'un docte franciscain, frère Guillaume de Baskerville ; ce dernier allait entreprendre une mission qui devait le conduire jusqu'à des villes célèbres et des abbayes très anciennes. C'est ainsi que je devins son secrétaire en même temps que son disciple ; je n'eus pas à m'en repentir car je fus avec lui le témoin d'événements dignes d'être consignés, tel qu'à présent je le fais, et confiés à la mémoire de ceux qui viendront après moi.

Alors je ne savais pas ce que frère Guillaume cherchait, et à vrai dire je ne le sais toujours pas aujourd'hui, et je présume que lui-même ne le savait pas, mû qu'il était par l'unique désir de la vérité, et par le soupçon – que je lui vis toujours nourrir- que la vérité n'était pas ce qu'elle lui paraissait dans le moment présent. Et, en ces années-là, il était sans doute distrait de ses chères études par les devoirs impérieux du siècle. La mission dont Guillaume était chargé me restera inconnue tout au long du voyage, autrement dit il ne m'en parla pas. Ce fut plutôt en écoutant des bribes de conversations, qu'il eut avec les abbés des monastères où au fur et à mesure nous nous arrêtâmes, que je me fis quelque idée sur la nature de sa tâche. Cependant je ne la compris pas pleinement tant que nous ne parvînmes pas à notre but, comme je le dirai ensuite. Nous avions pris la direction du septentrion, mais notre voyage ne suivit pas une ligne droite et nous nous arrêtâmes dans plusieurs abbayes. Il arriva ainsi que nous virâmes vers l'occident tandis que notre destination dernière se trouvait à l'orient, comme pour longer la ligne montueuse qui depuis Pise mène dans la direction des chemins de saint Jacques, en faisant halte sur une terre que les terribles événements qui s'y passèrent me dissuadent de mieux identifier, mais dont les seigneurs étaient fidèles à l'empire et où les abbés de notre ordre d'un commun accord s'opposaient au pape hérétique et corrompu. Notre voyage dura deux semaines entrecoupées de moult vicissitudes, et dans ce laps de temps j'eus la possibilité de connaître (pas suffisamment, loin de là, comme j'en suis toujours convaincu) mon nouveau maître."

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Voir également:
- Le pendule de Foucault (Il pendolo di Foucault) - Umberto Eco (1988), présentation
- L’île du jour d’avant (L'isola del giorno prima) - Umberto Eco (1994), présentation
- Baudolino - Umberto Eco (2000), présentation et extrait

23:13 Écrit par Marc dans Eco, Umberto | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : umberto eco, litterature italienne, romans policiers, romans historiques | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

Commentaires

Lu il y a longtemps, j'en garde un très bon souvenir. Le film est bien aussi.

Écrit par : anjelica | mercredi, 14 mars 2007

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