jeudi, 30 novembre 2006

Un choeur d'enfants maudits (A Choir of Ill Children) - Tom Piccirilli - 2003

bibliotheca un choeur denfants maudits

Thomas, riche héritier, est en quelque sorte le seigneur de Kingdom Come, petit patelin entouré de marais du comté de Potts au fin fond de la Louisiane. Via l'usine héritée de son père, Thomas est le seul employeur de cette petite ville où il vit dans son gigantesque manoir. Mais Thomas doit également veiller sur ses trois frères siamois, reliés entre eux par le crâne et une grande partie de leurs corps. Tout semble bien se passer, mais les fantômes de ses ancêtres reviennent hanter Thomas. Où alors sont-ils là pour l'aider. Car Thomas court un immense danger. Les sorcières locales ainsi qu'une secte de moines tentent en vain de le prévenir. Mais quel est ce danger qui semble trouver ses racines dans le passé de Thomas. Afin de pouvoir l'affronter, il devra d'abord percer tous les mystères qui ressortent de son lourd passé et dont il ignore tout.

L'excellent roman Un choeur d'enfants maudits est difficilement résumable en quelques lignes. Enormément de choses se passent dans cet envoûtant roman. Une multitude de personnages plutôt originaux et tous assez bien développés nous sont présentés au fil de ce récit qui mélange tous types de bizarreries. Tom Piccirilli, auteur américain spécialisé dans un nouveau genre de fantastique, mêle allègrement l'étrange et le fantastique, un peu dans le style d'un David Lynch. Dans ce récit plutôt court mais extrêmement dense, chaque élément compte, toute page est importante et jamais rien n'est laissé au hasard. A Kingdom Come, loin de tout, le monde moderne et civilisé n'existe plus de toute façon. Et c'est dans ce monde grotesque où la superstition et les croyances diverses ont pris le pas sur le rationnel que Tom Pccirilli nous conte ce récit au style sombre, grotesque, très dur, mais très poétique. De multiples indices nous guident, et encore on n'est jamais sûr de rien. Piccirilli multiplie savamment les pistes. Thomas est-il victime d'hallucinations ou bien voit-il réellement le fantôme de cet enfant mort qu'il avait trouvé autrefois dans le marais ? Qu'est-il donc arrivé à sa grand mère retrouvée poignardée une faucille en plein coeur sur le toit de l'église ? Son père est-il responsable de la disparition mystérieuse de sa mère ? En tout cas Piccirilli ne cesse de surprendre le lecteur au fil des pages

Un choeur d'enfants maudits est un livre hors normes, le premier roman de Tom Piccirilli à être traduit en français.

A lire!

Mais attention aux âmes sensibles.

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23:18 Écrit par Marc dans Piccirilli, Tom | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tom piccirilli, litterature americaine, fantastique, horreur, romans de mystere | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

lundi, 27 novembre 2006

Le vieil homme et la mer (The Old Man and the Sea) - Ernest Hemingway - 1952

bibliotheca le vieil homme et la mer

Santiago est un vieux pêcheur cubain qui n'a plus rien pêché depuis quatre-vingt-quatre jours. L'estime de ces paires commence à diminuer, certains le prenant pour un vieux fou. Seul son jeune ami Manolin croit encore à lui, et même s'ils ne pêchent plus ensemble, ils continuent à entretenir leur amitié. Mais un jour Santiago décide de partir très loin en mer, jusqu'au Gulf Stream , en espérant faire une prise tellement impressionnante qui lui revaudra l'estime de son entourage. Et effectivement la chance semble ressurgir sous la forme d'un immense espadon, si gigantesque tel qu'il n'en a jamais vu ni même entendu parler. ais ce magnifique poisson ne compte pas se faire attraper aussi facilement. Commence alors un combat jusqu'à la mort entre le pêcheur, prêt à tout pour vaincre et retrouver la gloire, et l'espadon, qui se bat jusqu'au dernier souffle pour sa liberté. Mais une fois le poisson pêché, Santiago devra faire face à une horde de requins voulant à tout rix lui prendre son butin.

Ernest Hemingway écrira ce court roman Le vieil homme et la mer en 1951 à Cuba pour le publier en 1952 dans le magazine Life. Il s'agît de la dernière oeuvre de fiction majeure du célèbre écrivain américain, et d'ailleurs l'une de ses oeuvres les plus marquantes. L'opinion critique et publique à l'époque était plutôt divisée sur cette oeuvre, mais sa nomination et sa victoire en 1954 au Prix Nobel de littérature réaffirmera dans la littérature mondiale l'importance et la portée de l'oeuvre dans l'ensemble des créations d'Hemingway et dans la fiction du XXe siècle. Avant cela, en 1953, ce roman à valu à Hemingway le prix Pulitzer.

Hemingway, avant cette publication, avait signé un contrat avec le magazine Life. Ceux-ci devaient consacrer la parution de l’année à venir à son prochain livre. Voilà que le roman de Hemingway Au-delà du fleuve et sous les arbres (Across the River and Into the Trees, 1950) fut un échec commercial. Life, très inquiet de subir un échec avec Hemingway, décidera de prendre un autre nom de la littérature américaine pour faire la préface de leur édition spéciale prochaine. Ils choisiront l'auteur, aujourd'hui quasi oublié, James Michener. Plus tard, ce dernier participant à la guerre de Corée, se verra remettre un manuscrit du vieil homme et la mer. Il se plongera dans le manuscrit et ira dire qu’il n'a plus entendu un seul obus lui passer au-dessus de la tête : il était à la pêche avec le vieux, le regardait tenir la ligne et se battait à ses côtés. Il en fera la préface et affirmera que Le vieil homme et la mer est le meilleur livre qu'il n'ait jamais lu. Le magazine Life sortira finalement avec le roman de Hemingway et fera tabac.

Le vieil homme et la mer nous décrit dans le style simple d'un conte le combat d'un homme vieillissant contre lui-même, son sort, son âge... une lutte acharnée pour la vie et contre la mort. Tout cela afin de découvrir le sens de sa vie, et cela malgré sa vieillesse et son faible état physique. Dans ce dur combat le seul élément féminin qui ressort est celui de la mer, lien entre le vieil homme et l'espadon, son but. La mer est à la fois source et miroir de sentiments d'amour, de respect pour la vie, d'humilité, de manque, de solitude et d'héroïsme. Santiago devra se battre pour gagner ce poisson, et ensuite, il continuera de se battre, en vain, afin de le garder face aux requins. Comme si la mer représentait la vie avec ses bonheurs, et les requins signifiant les difficultés de la vie. Mais Santiago finira par trouver sa grandeur tant recherchée même dans la défaite.

Le vieil homme et la mer est un immense chef d'oeuvre de la littérature du XXe siècle.

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Extrait: premières pages

Il était une fois un vieil homme, tout seul dans son bateau, qui pêchait au milieu du Gulf Stream. En quatre-vingt-quatre jours, il n'avait pas pris un poisson. Les quarante premiers jours, un jeune garçon l'accompagna ; mais au bout de ce temps, les parents du jeune garçon déclarèrent que le vieux était décidément et sans remède salao, ce qui veut dire aussi guignard qu'on peut l'être. On embarqua donc le gamin sur un autre bateau, lequel, en une semaine, ramena trois poissons superbes.

Chaque soir le gamin avait la tristesse de voir le vieux rentrer avec sa barque vide. Il ne manquait pas d'aller à sa rencontre et l'aidait à porter les lignes serrées en spirales, la gaffe, le harpon, ou la voile roulée autour du mât. La voile était rapiécée avec de vieux sacs de farine ; ainsi repliée, elle figurait le drapeau en berne de la défaite.

Le vieil homme était maigre et sec, avec des rides comme des coups de couteau sur la nuque. Les taches brunes de cet inoffensif cancer de la peau que cause la réverbération du soleil sur la mer des Tropiques marquaient ses joues ; elles couvraient presque entièrement les deux côtés de son visage ; ses mains portaient les entailles profondes que font les filins au bout desquels se débattent les lourds poissons. Mais aucune de ces entailles n'était récente : elles étaient vieilles comme les érosions d'un désert sans poissons.

Tout en lui était vieux, sauf son regard, qui était gai et brave, et qui avait la couleur de la mer.

"Santiago, dit le gamin tandis qu'ils escaladaient le talus après avoir tiré la barque au sec, je pourrais revenir avec toi maintenant. On a de l'argent."

Le vieux avait appris au gamin à pêcher et le gamin aimait le vieux.

"Non, dit le vieux, t'es sur un bateau qu'a de la veine. Faut y rester.

- Mais rappelle-toi quand on a passé tous les deux vingt-sept jours sans rien attraper, et puis tout d'un coup qu'on en a ramené des gros tous les jours pendant trois semaines.

- Je me rappelle, dit le vieux. Je sais bien que c'est pas par découragement que tu m'as quitté.

- C'est papa qui m'a fait partir. Je suis pas assez grand. Faut que j'obéisse, tu comprends.

- Je sais, dit le vieux. C'est bien naturel.

- Il a pas confiance.

- Non, dit le vieux. Mais on a confiance, nous autres, hein ?

- Oui, dit le gamin. Tu veux-t-y que je te paye une bière à la Terrasse ? On remisera tout ça ensuite.

- C'est ça, dit le vieux. Entre pêcheurs."

Ils s'assirent à la Terrasse où la plupart des pêcheurs se moquèrent du vieux, mais cela ne l'irrita nullement. Les autres vieux le regardaient et se sentaient tristes. Toutefois ils ne firent semblant de rien et engagèrent une conversation courtoise sur les courants, les fonds où ils avaient traîné leurs lignes, le beau temps persistant et ce qu'ils avaient vu. Les pêcheurs dont la journée avait été bonne étaient déjà rentrés ; leurs poissons ouverts étaient étalés sur deux planches, que quatre hommes, un à chaque bout, portaient en vacillant jusqu'à la pêcherie ; le camion frigorifique viendrait chercher cette marchandise pour l'amener au marché de La Havane. Ceux qui avaient attrapé des requins les avaient livrés à "l'usine à requins" de l'autre côté de la baie, où l'on pend les squales à un croc, pour leur enlever le foie, leur couper les ailerons, et les écorcher. Après quoi leur chair débitée en filets va au saloir.

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Voir également :
- La capitale du monde, suivi de L'heure triomphale de Francis Macomber (1936), présentation

dimanche, 26 novembre 2006

En un autre pays (In another Country) - Robert Silverberg - 1988

bibliotheca en un autre pays

"Pour l'été, ils s'étaient rendus à Capri, à la villa d'Auguste qui était alors à l'apogée de son règne; pour l'automne, ils avaient effectué un pèlerinage à Canterbury. Ils comptaient passer Noël à Rome, afin d'assister au sacre de Charlemagne. Mais c'était pour l'instant le printemps de leur merveilleux voyage, ce magnifique mois de mai de la fin du XXe siècle qui s'achèverait dans le fracas d'une hécatombe et le rougeoiement d'un ciel enfumé. Emerveillé, presque en extase, Thimiroi voyait la brume effacer de son esprit les murs de pierre de Canterbury et une ville bien différente se matérialiser autour de lui. Une vision à même de réveiller le poète qui sommeillait toujours en lui. Une vision à même de réveiller le poète qui sommeillait toujours en lui. il se sentait très jeune, débordant de vie, ouvert... vulnérable."

Dans un futur lointain les voyages dans le temps ont été rendus possibles. Et leur but est avant tout touristique. On suit ainsi un groupe de touristes en voyage organisé qui se retrouvent à la fin du XXe siècle dans la ville de Canterbury. Le but de leur voyage est d'assister au grand cataclysme qui mettra fin à la civilisation si brouillonnante e ce siècle. En effet, un météorite va atterrir à Canterbury changeant le monde à jamais. Thimiroi, l'un des ces touristes temporels, compte bien profiter de son voyage. Il est impressionné par la vie du XXe siècle. Mais les choses vont tourner mal. En effet, peu de temps avant la cataclysme, Thimiroi tombe amoureux d'une femme de cette époque. Dans le désespoir de la savoir mourir il va tout faire pour empêcher les choses d'arriver. Mais a-t-il un quelconque pouvoir là-dessus.

Robert Silverberg a écrit ce court roman (novella en anglais) à la demande de l'éditeur Martin H. Greenberg. Ce dernier édite en effet une collection dans laquelle il republie des grands classiques de la littérature de science-fiction en leur joignant un roman contemporain se basant sur la même histoire et complétât celle-ci. Pour Robert Silverberg le modèle choisi a été La saison des vendanges (Vintage Season, 1946) de Catherine Lucille Moore. Dans ce roman de C.L. Moore le lecteur suit l'histoire de Oliver Wilson, un propriétaire d'immeuble, qui voit son bien loué par de bien étranges personnages. Silverberg, dans ce roman complémentaire, nous décrit la même histoire en se palçant du point de vue de l'un de ces voyageurs. Le personnage de Oliver Wilson apparaît donc bien évidemment aussi dans En un autre pays. Robert Silverberg est en effet un grand admirateur de C.L. Moore, de plus on connaît son penchant pour les histoires traitant du sujet des voyages dans le temps avec l'éternel dilemme de ce voyageur d'agir ou non sur les événements qui se déroulent sous ses yeux.

En un autre pays présente une lecture très agréable, légèrement, mais volontairement, vieillotte pour le genre afin de rejoindre l'oeuvre de C.L. Moore. D'ailleurs les deux romans en question valent amplement la peine d'être lus.

Il est à noter que cette novella appraît en France publié dans un recueil (voir couverture ci-dessus) contenant également les novellas suivantes: Cache-cache (They Hide, We Seek, 1990), Ça chauffe à Magma City (Hot Times in Magma City, 1995) et L'arbre dans le ciel (The Tree that Grew From the Sky, 1991).

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Voir également:
- The Thirteenth Immortal - Robert Silverberg (1956), présentation
- Au temps pour l'espace (Starman's Quest) - Robert Silverberg (1956), présentation
- Stepsons of Terra (aka. Shadow on The Stars) - Robert Silverberg (1958), présentation
- Regan's Planet - Robert Silverberg (1964), présentation
- Ceux qui veillent (Those Who Watch) - Robert Silverberg (1967), présentation
- Les déportés du Cambrien (Hawksbill Station) - Robert Silverberg (1968), présentation
- L'oreille interne (Dying Inside) - Robert Silverberg (1972), présentation
- Le retour des ténèbres (Nightfall) - Isaac Asimov et Robert Silverberg (1990), présentation

vendredi, 24 novembre 2006

Super-Cannes - James Graham Ballard - 2000

bibliotheca super cannes

Eden-Olympia, future Silicon Valley sur la Côte d'Azur, est une sorte de cité paradisiaque dédiée au travail à partir duquel les cadres supérieurs, des comptables, des chercheurs, des médecins, des financiers, des grands patrons dirigent le monde pour le compte des grandes firmes internationales. Tous ces cadres bénéficient dans cette cité close de conditions idéales au développement de leur hyperactivité. Tout ce complexe qui s'étend sur plusieurs centaines d'hectares est un système parfaitement clos protégeant ses habitants par une sécurité maximale. Ceux-ci y jouissent de toutes les distractions imaginables, les coupant du monde réel qui les entoure. Mais un beau jour le médecin d'Eden-Olympia, David Greenwood, dans une crise de follie, massacre sept personnes parmi les plus inflentes de cette communauté avant de se suicider. Jane Sinclair, jeune médecin anglaise, est engagée pour le remplacer. Elle arrive à Eden-Olympia accompagné de Paul, son mari et ancien pilote d'avions blessé lors d'un accident au sol. Jane sera vite engloutie dans cette vie hyperactive, alors que Paul n'a rien d'autre à faire que de s'interroger. Il se pose de nombreuses questions sur le drame causé par l'ancien médecin et, pour passer le temps, va commencer à enquêter sur les otivations de Greenwood. Comment cet homme a-t-il fait pour tomber ansi dans la follie meurtrière. Paul va petit à petit découvrir que Eden-Olympia est bien loin d'être un paradis. Un homme ne peut vivre dans un tel endroit... à moins qu'il y ait un défouloir, une échappatoire. La nuit, les weekends les habitants d'Eden-Olympia s'adonnent aux pires décadences: drogues, films pornos, trafics en tout genre, attaques racistes, pédophilie, et j'en passe. Comme si l'organisme humain avait besoin de distractions violentes pour survivre et rester plus ou moins sain dans un environnement idéal qui ne laisse rien au hasard et dans lequel l'efficacité est la seule valeur qui compte.

Cela fait presque trente ans que James Graham Ballard écrit toujours sur le même sujet: un monde idéal dans lequel l'homme ne peut vivre sans échappatoire, comme déjà dans I.G.H. (High-Rise, 1975), Sauvagerie (Le massacre de Pangbourne, Running Wild, 1988) ou La face cachée du soleil (Cocaine Nights, 1996). Cette fois Ballard base cette son histoire dans l'un de ces complexes ultra-modernes, directement inspirés da la cité Sophia-Antipolis située sur les hauteurs de Cannes. Il joue avec l'idée que les instincts et besoins les plus primaires de l'humain, que sont le sexe et la violence, sont d'une absolue nécessité pour son fonctionnement. Eden-Olympia est un éden mais sans serpent, tel que le décrit l'un des personnages du roman. Or un tel endroit devient vite invivable. Eden-Olympia devient aussi la métaphore d'une société obsédée par le matériel, la carrière et les marques. ne société dans laquelle la follie est devenue la seule chose qui peut encore rattacher ses citoyens à l'humanité. Ce roman, très complexe, est à la fois un thriller haletant et bien soutenu et une étude sociologique, d'une lucidité rare, sur la vie d'aujourd'hui et ce qu'elle pourrait devenir. Une nouvelle guerre des classes sociales qui s'étend sur tous les terrains. Ballard y utilise ses thèmes chers: la sécurité, la perversion, le sexe, la violence. Et il va très loin dans ces thèmes.

Super-Cannes est l'un des meilleurs romans de l'excellent écrivain britannique James Graham Ballard.

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Voir également:
- I.G.H. (High-Rise) - James Graham Ballard (1975), présentation
- Sauvagerie (Le massacre de Pangbourne, Running Wild) - James Graham Ballard (1988), présentation
- La face cachée du soleil (Cocaine Nights) - James Graham Ballard (1996), présentation

21:24 Écrit par Marc dans Ballard, James Graham | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : james graham ballard, litterature britannique, thrillers, romans policiers | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mardi, 21 novembre 2006

Les Maîtres des Dragons (The Dragon Masters) - Jack Vance - 1962

bibliotheca les maitres des dragons

Aerlith est une planète reculée du système dans laquelle les hommes vivent selon un antique système féodal médiéval. La Vallée Heureuse et le Val Banbeck, deux contrées de ce monde, luttent l'une contre l'autre à l'aide d'une armée de dragons génétiquement modifiés suite à de multiples croisements. Mais de temps à autre les Basiques, de monstrueux batraciens en provenance de l'étoile Coralyne, attaquent la planète Aerlith en vue d'y capturer des humains qu'ils asservissent. L'avancée technologique des Basiques est de plus telle qu'elle les rend quasiment invulnérables. Cependant Joaz, seigneur du Val Banbeck croit pouvoir prédire les attaques des Basiques et fait tout pour se préparer à les combattre. De plus nulle il ne peux espérer l'aide de quiconque. En effet les Sakriotes, secte humaine dotée d'une immense savoir, lui fait comprendre que Aerlith serait la dernière planète sur laquelle vivent encore des hommes libres. Le reste a déjà été éradiqué par les Basiques depuis bien longtemps. Face à cet affrontement qui s'annonce sans merci, il faut pourtant que Joaz trouve une solution pour battre les Basiques, et cela malgré les nombreuses attaques que subit son domaine de la part de La Vallée Heureuse , car de lui dépend désormais le sort d'Aerlith et de l'humanité.

Les Maîtres des Dragons est un magnifique exemple de mélange entre science-fiction et fantasy et plus de quarante ans après son écriture et première publication ce roman n'a quasiment pas pris de rides. Ce roman n'est peut-être pas aussi rigoureux que de la science-fiction contemporaine, ou aussi détaillé que de la fantasy d'aujourd'hui, mais Les Maîtres des Dragons reste cependant un must des deux genres. Dans ce grand classique Jack Vance nous décrit un monde fascinant au contexte bien élaboré, malgré que ce roman soit finalement assez court. On nous explique les origines de ces colonies humaines sur ce monde reculé, ainsi que leurs affrontements, et leur science dans les croisements des dragons et autres (certians aspects plus terre à terre sr le fonctionnement de cette société restent cependant obscures). On nous décrit également une humanité à bout de souffle se perdant en guerres fratricides et ne sait s'unir face à une menace qui risque de tous les détruire. Joaz Banbeck est un héros typique de Vance: sombre, misogyne, très intelligent mais résigné face à la gravité de la menace qui pèse sur lui et les siens. Mais ce qui impressionne avant tout ce sont les batailles occupant vraisemblablement plus de la moitié du livre. Toutes ces scènes sont décrites d'un point de vue distant, quasi scientifique, mais jamais de la perspective d'un des personnages. D'ailleurs Jack Vance ne prend jamais parti dans ce roman. Il n'y a ni bons ni méchants, même les terribles aliens venant de l'espace n'apparaissent pas si antipathiques que cela, surtout comparé à une humanité qui ne cesse de se battre et de s'entre-tuer pour trois fois rien.

Le roman Les Maîtres des Dragons a été récompensé en 1962 par le Prix Hugo.

A lire!

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Extrait: premier chapitre

Les appartements de Joaz Banbeck, creusés au coeur d'une montagne calcaire, se composaient de cinq pièces principales distribuées sur plusieurs niveaux. Tout en haut, se trouvaient le Reliquarium et une salle d'apparat réservée aux débats du Conseil : dans la sévère splendeur du premier, les archives, les trophées et les souvenirs des Banbeck étaient conservés : quant à la salle du Conseil - un hall étroit et tout en longueur, aux parois recouvertes jusqu'à mi-hauteur de boiseries sombres et dont la voûte était de plâtre blanc - elle s'étirait sur toute la largeur de la montagne, de sorte que ses balcons donnaient d'un côté sur le Val Banbeck et, de l'autre, sur le Défilé de Kergan.

L'étage inférieur était réservé aux quartiers personnels de Joaz Banbeck. Ceux-ci se composaient d'un salon, d'une chambre à coucher et d'un bureau attenant à cette dernière ; enfin, en bas, était installé l'atelier dont l'accès était interdit à quiconque.

Pour entrer, il fallait passer par le bureau. Il affectait la forme d'un L. Quatre lustres incrustés de grenats pendaient au plafond à arceaux taillé de nervures délicates. Pour le moment, ils étaient éteints ; la pièce était simplement éclairée par quatre écrans de verre poli qui diffusaient une lumière liquide et grise, découpant à la manière de tableaux traités en clair-obscur le panorama du Val Banbeck. Les murs étaient lambrissés de roseaux lignifiés. Une natte décorée de figures géométriques - angles, cercles et carrés marrons, bistres et noirs - était posée sur le sol.

Un homme nu était allongé au milieu du bureau.

Il avait pour toute vêture une longue et fine chevelure châtain qui lui retombait derrière le dos et l'anneau d'or qui lui enserrait le cou. Son visage était mince et aigu, son corps svelte. Il paraissait écouter quelque chose - ou, peut-être, méditer. De temps en temps, il jetait un coup d'oeil sur la sphère de marbre jaune posée sur une étagère ; alors, il remuait les lèvres comme pour fixer dans sa mémoire une phrase ou un enchainement d'idées.

Une lourde porte s'entrouvrit sans bruit à l'autre extrémité de la pièce et un visage de femme à l'expression espiègle se glissa par l'entrebâillement. A la vue de l'homme nu, la femme porta la main devant sa bouche pour réprimer un cri de surprise. L'homme se retourna - mais la porte s'était déjà refermée.
Il resta un moment immobile, le sourcil froncé, perdu dans ses réflexions; puis il se leva et s'approcha du mur, fit basculer une section de la bibliothèque et disparut par cet orifice. Le panneau reprit sa place primitive. L'homme nu descendit un escalier en colimaçon et déboucha dans une autre pièce creusée à méme la roche : l'atelier privé de Joaz Banbeck. Sur la table de travail étaient disposés des outils, des blocs de métal, une batterie de cellules électromotrices, des éléments de circuits dépareillés, tout un attirail qui symbolisait la curiosité du maïtre des lieux.

L'homme nu se pencha sur la table, souleva l'un des accessoires épars et l'examina avec une sorte de condescendance. Pourtant, son regard était aussi limpide, aussi émerveillé que celui d'un enfant.

Des voix étouffées, venant du bureau, retentirent. L'homme nu tendit l'oreille, puis il se baissa et, s'accroupissant sous la table, il souleva une dalle et s'enfonça dans le puits d'ombre ainsi révélé. Quand il eut remis la pierre en place, il s'empara d'une baguette lumineuse et s'engagea dans un boyau en pente qui débouchait sur une grotte naturelle. Ici et là, des tubes luminescents irradiaient une lueur pâle qui perçait difficilement les ténèbres.

L'homme nu avançait d'un pas alerte et ses cheveux soyeux faisaient comme une auréole derrière lui.

Dans le bureau, Phadée la ménestrelle et un vieux sénéchal étaient en train de vider une querelle.

" C'est vrai! Je l'ai vu! " insistait Phadée.

" Je l'ai vu de mes yeux. C'était un sacerdote. Il se tenait là. Comme je vous l'ai décrit. " Elle secoua rageusement le bras de son interlocuteur. " Croyez-vous donc que j'aie perdu la tête et ou que je sois hystérique ? "

Rife le sénéchal se contenta de hausser les épaules sans se compromettre. " Toujours est-il que je ne vois rien... " grommela-t-il.

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Voir également:
Les Cinq Rubans d'or (The Space Pirate/The Five Gold Bands) - Jack Vance (1950), présentation
- Un monde magique (The Dying Earth) - Jack Vance (1950), présentation

- Emphyrio - Jack Vance (1969), présentation et extrait
- Les mondes d'Alastor - Jack Vance (1973, 1975, 1978), présentation

23:12 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Vance, Jack | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jack vance, litterature americaine, science-fiction, fantasy | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

lundi, 20 novembre 2006

L’oiseau des morts – André-Marcel Adamek – 1997

bibliotheca l oiseau des morts

La vie d’une corneille n’est certes pas aisée. Dès sa naissance la petite corneille mâle, narratrice de ce roman, voit le nid familial détruit, ce qui va la confronter dès son plus jeune âge aux dures nécessités de la survie d’un oiseau. Ses frères et sœurs y laissent leur vie, mais elle sera sauvée de justesse par son père. Une nouvelle vie commence pour elle car elle est devenue enfant unique. Toute la nourriture que ses parents apportent est pour elle. Vient alors l’un des jours les plus importants de la vie de corneille, sa première leçon de vol. Alors qu’elle fait ses premiers envols et affronte petit à petit l’âge adulte de corneille, sa tribu est soudainement détruite. Elle sera recueillie par un humain. Les humains ne cesseront d’ailleurs de fasciner la petite corneille. L’un d’eux parvient à l’apprivoiser et tente de lui inculquer la notion d’un langage.

Dans L’oiseau des morts André-Marcel Adamek nous livre un conte initiatique et philosophique sublime sur la vie d’une corneille, qui d’ailleurs est la narratrice de cette histoire. Elle nous raconte toute sa vie depuis son premier envol jusqu’à sa mort, inéluctable, ses rencontres avec d’autres corneilles mais aussi et surtout avec des humains. Une vie dans laquelle finalement se reflète la nôtre. Si L’oiseau des morts est un titre qui peut paraître morbide, il n’est est rien. Il se cache derrière ce titre un récit plein de vie et de joie malgré les coups durs endurés par la corneille. Le tout est porté par une magnifique écriture pleine de puissance et de poésie pour un roman hors norme, plein d’originalité.

L’oiseau des morts a obtenu le Prix triennal du roman de la Communauté française en 1997

A découvrir !

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Voir également :
- Retour au village d’hiver – André-Marcel Adamek - 2002
-
La grande nuit – André-Marcel Adamek - 2003

dimanche, 19 novembre 2006

L’Evangile de Jimmy – Didier Van Cauwelaert – 2004

bibliotheca l evangile de jimmy

Jimmy Wood a 32 ans et entretient des piscines dans le Connecticut. Jimmy est avant tout un home simple, sans histoires, qui se remet petit à petit d’une histoire amoureuse finie il y a quelques mois. Mais sa vie va irréversiblement changer. Trois personnes, représentant la Maison-Blanche, viennent tels les Rois Mages lui annoncer qu’en réalité il est un clone, et pas de n’importe qui ! Jimmy a été cloné à partir de molécules d’ADN retrouvés sur le Linceul du Christ, Le Saint Suaire de Turin. A condition que cette relique d’autrefois soit authentique, Jimmy est-il le nouveau Messie ? A-t-il une mission à remplir ? Ou est-il plutôt l’Antéchrist ? Et que cherche la Maison-Blanche dans tout cela ?

L’Evangile de Jimmy se veut être une satire politique et sociale d’une Amérique futuriste dans laquelle ses défauts et excès sont poussés à l’extrême (les sectes sont des lobbies qui se disputent le pouvoir, on fait des procès pour un oui ou un non, les obèses sont condamnés à payer une amende s'ils se refusent à suivre un régime, des producteurs de cinéma manipulent l'opinion publique, etc). De plus an Cauwelaert y aborde les possibilités et les pouvoirs de la science, ses abus et dérapages. Hélas de tout cela ne sort qu’un polar, dans la façon qu’a l’écrivain de monter et de faire évoluer son intrigue, aux aspects de science-fiction bien classique et très prévisible. On y parle beaucoup de politique, de religion, de foie. On apprend beaucoup de choses sur le Linceul de Turin, dont Van Cauwelaert tente par tous les moyens de nous faire croire en son authenticité. Mais le roman ne va pas bien loin et Van Cauwelaert, avec ses préceptes scientifiques et religieux bien simplistes, est loin d’être convaincant. Et le nouveau Messie que l’auteur nous décrit est un personnage bien fade qui ne survit que dans une quantité de clichés. Mais malgré tout cela, le plus décevant est de se rendre compte que l’auteur n’ose pas aller au bout de ses convictions en faisant couler vers la fin les certitudes que le lecteur a sur le personnage de Jimmy (on apprend que finalement ce n’est quand même pas le bon clone) pour nous sortir un dénouement sans le moindre intérêt. Tout l’aspect religieux et scientifique va petit à petit tomber à l’eau.

En bref, vous l’aurez compris, je n’ai pas du tout apprécié ce roman que je vais bien vite oublier.

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Extrait : premier chapitre

"Quand on se prend pour Dieu, on ne peut pas douter de soi. L’œil grave et le sourire avalé, ils se dévisagent comme devant un miroir. S'ils n'étaient pas, actuellement, les deux hommes les plus célèbres sur Terre, il serait difficile de dire dans quel camp est la victoire. D'ailleurs, sur le plan des chiffres, on ne le sait toujours pas, même si politiquement il a bien fallu, à un moment donné, arrêter les opérations de recomptage. A quelques milliers de voix près, on n'allait pas laisser plus longtemps le pays sans Président.

L'élu tend le bras machinalement, comme pour ouvrir une porte. Après les cinq secondes protocolaires, il interrompt la poignée de main. Son prédécesseur lui a remis les codes nucléaires, l'état des lieux, quelques secrets défense gérés directement par la Présidence, qui désormais s'empilent sur la table d'acajou : il peut aller se faire oublier.

L'ancien locataire de la Maison-Blanche referme sa serviette en cuir, avec une expression narquoise que George W. Bush trouve aussitôt parfaitement déplacée. Bill Clinton promène un dernier regard autour de lui, pivote en direction de la porte. Il fait trois pas, se retourne et, tout en rouvrant sa serviette, lance d'un ton soigneusement neutre :

- Ah oui, au fait, nous avons cloné le Christ.

Il sort un dossier vert, le dépose au sommet de la pile, et s'en va."

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vendredi, 17 novembre 2006

La Légende du Val Dormant (The Legend of Sleepy Hollow) – Washington Irving - 1820

bibliotheca the legend of sleepy hollow

A la fin du XVIIIème siècle l’implantation hollandaise de Tarrytown, située dans l’arrière-pays américain près de New-York près d’une george retirée nommée Le Val Dormant (Sleepy Hollow en anglais) sur les bords de l’Hudson; voit arriver l’instituteur Ichabod Crane qui a été muté à l’école de ce village. Le maître d‘école est un personnage plutôt pathétique qui va vite essayer de conquérir le cœur de la jeune et belle Katrina Van Tassel, 5e descendante d'immigrants hollandais et fille de Baltus Van Tassel qui est l’un des bourgeois les plus importants du village. Mais ses motifs sont plus financiers et sociaux que romantiques. Certains villageois voient cela d’ailleurs d’un mauvais œil, parmi eux surtout Abraham « Brom Bones » Van Brunt, son rival en amour pour la main de l’héritière Van Tassel. Mais à cette période renaît une ancienne légende, celle du cavalier sans tête ou du Hessien galopant. En effet la légende veut que le fantôme d’un ancien soldat hessien qui perdit sa tête a contact d’un boulet de canon durant « quelque bataille sans nom » de la Guerre d’Indépendance des Etats-Unis, et qui rôde depuis dans la région décapitant des personnes innocentes en vue de trouver une tête de remplacement.

La Légende du cavalier sans tête, aussi connue comme La Légende de Sleepy Hollow, est une nouvelle de Washington Irving contenue dans The Sketch Book of Geoffrey Crayon, Gent., écrite à Birmingham en Angleterre, publiée pour la première fois en 1820. C’est aussi l’une des premières œuvres littéraires américaines à être encore largement lu aujourd’hui. Ce conte de La Légende du Val Dormant, ou aussi souvent traduit en français en La Légende de Sleepy Hollow, est un immense classique de l’épouvante (il est à noter que la bourgade de North Tarytown dans laquelle se déroule l’histoire s’est fait rebaptiser en 1997 en Sleepy Hollow et le cimetière local dans lequel a lieu le dénouement final de l’histoire est devenu une attraction touristique). Washington Irving nous raconte cette petite histoire avec beaucoup d’humour mais tout en restant toujours dans l’épouvante. Les descriptions des différents personnages sont d’ailleurs fort réussies. Mais l’horreur ici est surtout existante via les croyances populaires, on ne connaîtrera jamais le fin mot de l’histoire. "L'histoire n'est qu'un lien fantaisiste pour relier des descriptions de décors, de coutumes, de mœurs, etc." confirma l'auteur dans une lettre à son frère.
On regrette juste que cette nouvelle soit si courte.

La Légende du Val Dormant, grand classique de l’aube de la littérature américaine, est une excellente nouvelle à (re-) découvrir.

Cette œuvre de Washington a souvent été adapté au cinéma :
- The Headless Horseman (1922), un film muet de Edward Venturini,
- The Adventures of Ichabod Crane (1949), un dessin animé très fidèle à l’oeuvre produit par les studios Walt Disney,
- Sleepy Hollow (1999), réalisé par Tim Burton avec Johnny Depp, Christina Ricci et Christopher Walken dans les rôles principaux. Ce film, même si très réussi, est cependant le moins fidèle à l’œuvre, représentant le cavalier sans tête comme un fantôme manipulé, alors que l’œuvre de Washington Irving nous laisse plus dans le trouble concernant les motivations, voire l’existence même du fantôme.

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21:36 Écrit par Marc dans Irving, Washington | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : washington irving, litterature americaine, epouvante, horreur, fantastique | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mardi, 14 novembre 2006

Tristan - Thomas Mann - 1903

tristan

L'écrivain Detlev Spinell s'est retiré depuis quelques temps dans le sanatorium Einfried. Il n'a jamais connu de succès via ses écrits. Sa seule publication a été un mince roman se déroulant dans des salons mondains pleins d'objets extraordinaires qu'il décrit inlassablement et provoquant l'ennui du lecteur. Ce roman est évidemment passé totalement inaperçu. Mais il avait le mérite de bien décrire son auteur, Spinell est en effet un esthète ne s'émerveillant qu'à ce qui est beau et délaissant ainsi toute autre chose pouvant intéresser un quelconque lecteur. Alors qu'il est pensionné au sanatorium Spinell ne cesse d'écrire des lettres à de multiples personnes de la haute société, mais quasi personne ne daigne jamais lui répondre.
Un beau jour est interné au sanatorium la belle Gabriele Klöterjahn, épouse d'un riche marchand, qui depuis la naissance de son fils Anton, un garçon robuste et fort comme son père, connaît des problèmes pulmonaires qu'elle souhaite traiter par son séjour à Einfried. Gabriele est une femme d'une beauté rare mais qui est plutôt effacée face son mari. Spinell va très vite s'éprendre de la beauté mais aussi de la fragilité de Gabriele, son manque de vie et de force la rendant encore plus attirante aux yeux de l'écrivain.

Tristan est une magnifique nouvelle de Paul Thomas Mann, prix Nobel de littérature en 1929, et est publié en 1903. Le thème central de cette nouvelle fortement satirique est le conflit entre une spiritualité sans vie, maladive, uniquement esthétique des artistes (représentée par Spinell, dont le nom provient dse celui d'un minerai délicat et beau, mais sans aucune valeur) et la vie bourgeoise, utile, pleine de vie et vivant pour le moment présent (représentée par Klöterjahn, nom qui traduit d'un allemand dialectal se réfère aux organes génitaux masculins). Ce thème est d'ailleurs également traité par Thomas Mann dans La montagne magique (Der Zauberberg, 1924). De nombreuses autres parallèles peuvent d'ailleurs être tirées entre la nouvelle Tristan et l'oeuvre bien plus célèbre qu'est La montagne magique, roman qui se déroule également dans un sanatorium. Durant tout le roman est fait référence à l'oeuvre du compositeur allemand Richard Wagner, dont l'opéra Tristan et Yseult (Tristan und Isolde, 1856-1859) (adaptation de la légende moyenâgeuse de Tristan et Yseult et est un symbole d'un amour malheureux qui mène à la mort). Thomas Mann veut ainsi parodier le culte généré par l'oeuvre de Wagner au début du vingtième siècle. Les personnages sont magnifiquement décrits, de plus avec beaucoup d'humour et d'ironie, et sont plutôt des personnages types des mondes que Thomas Mann cherche à confronter dans sa nouvelle : l'artiste esthète immoral, la femme belle, fragile et influençable, et le commerçant plein de vie et de vitalité. De par cette confrontation, Thomas Mann n'hésites pas à se moquer avec beaucoup d'humour des trois parties en jeu.

Tristan est une nouvelle très réussie et reprend déjà les thèmes principaux du grand écrivain allemand et prix Nobel de littérature Thomas Mann.

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Voir également:
- La Montagne magique (Der Zauberberg) - Thomas Mann (1924), présentation

lundi, 13 novembre 2006

Les fabricants d'Eden (The Heaven Makers) - Frank Herbert - 1967

bibliotheca les fabricants d eden

Les Chems, une espèce extra-terrestre très intelligente, ont colonisé quasi tout l'espace. Mais les Chems ont un immense problème: leur technologie bien supérieure à celle des humains leur a conféré l'immortalité et l'un de leurs principaux objectifs est devenu celui de se battre contre l'ennui et le désintéressement qui se sont installés dans leurs vies. La mort est devenue pour eux une tentation, un rêve inaccessible. Fraffin, le fabricant d'édens, est le Chem responsable de la planète Terre. Evidemment les Terriens ignorent tout de l'existence des Chems. Le rôle de Fraffin est de filmer les humains, leurs guerres et conflits, leurs passions et surtout leurs morts afin d'en faire des sortes de films que les Chems s'arrachent. Et parfois, afin de pimenter un peu ses scénarios, Fraffin n'hésites pas à influencer le cours de l'histoire humaine via des manipulateurs d'émotions qui agissent au plus profond de la psyché humaine en la rendant plus malléables. Les humains, ses créatures, ne savent pas qu'elles jouent un rôle dans le grand jeu de Fraffin. Mais la Primatie, unité qui gouverne la vie Chem, s'inquiète de certains faits et suspecte Fraffin d'avoir manipulé les gènes des humains. L'investigateur Kelexel est envoyé sur place pour mener l'enquête. Que ce se passerait-il si ces deux espèces commenceraient à interagir?

Les fabricants d'Eden, sixième roman de Frank Herbert et publié à l'origine dans le magazine américain Amazing (numéros d'avril à juin 1967), est un roman plutôt léger de la part de l'auteur du très célèbre cycle de Dune. C'est un court roman, plutôt du type space-opera, qui est loin d'avoir la même profondeur physique ou métaphysique d'oeuvres plus importantes du même auteur, mais vaut cependant la peine d'être lu dans la mesure où l'on y retrouve déjà de nombreux thèmes chers à l'auteur dont par exemple l'immortalité et ses conséquences (également traitée dans le cycle de Dune et dans Les yeux d'Heisenberg (The Eyes of Heisenberg, 1966)) et la psychologie, thème majeur chez Frank Herbert étant lui-même d'ailleurs psychologue de formation. Le développement de l'intrigue est hélas parfois un peu simple et les personnages sont plutôt convenus. De plus, ce roman a un peu vieilli de nos jours. N'empêche que Les fabricants d'Eden constitue un très bon divertissement, mais est particulièrement à réserver aux fans de Frank Herbert.

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Voir également:
- Le dragon sous la mer (Under Pressure) - Frank Herbert (1956), présentation
- Dune - Frank Herbert (1965), présentation
- La barrière Santaroga (The Santaroga Barrier) - Frank Herbert (1968), présentation
- Le Messie de Dune (Dune Messiah) - Frank Herbert (1969), présentation
- Les Enfants de Dune (Children of Dune) - FrankHerbert (1976), présentation
- L'Empereur-Dieu de Dune (God Emperor of Dune) - Frank Herbert (1981), présentation

22:36 Écrit par Marc dans Herbert, Frank | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : space-opera, frank herbert, litterature americaine, science-fiction | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

samedi, 11 novembre 2006

Le Démon et mademoiselle Prym (O Demônio e a Srta. Prym) - Paulo Coelho - 2000

bibliotheca le demon et mademoiselle prym

Bescos est un petit village d'un peu plus de 200 âmes isolé dans une région montagneuse. La population vit dans le calme, un peu hors du temps. D'ailleurs les jeunes ont peu à peu quitté le village, laissant derrière eux une génération vieillissante de fermiers et de bergers. Le village vit dans un calme parfait jusqu'au jour où arrive un mystérieux étranger, qui selon la vieille Berta, semble être accompagné par le démon. Cet étranger est venu pour faire une proposition des plus étranges et macabres aux villageois. Par l'intermédiaire de Mlle Chantal Prym, une jeune employée de l'auberge du village, il va proposer à la communauté le marché suivant : si dans la semaine qui suit, 'ils assassinent un des leurs, ils se verront récompensés par un trésor de lingots d'or, qui leur permettra de retrouver la prospérité passée. L’étranger recherche par ce stratagème à se prouver que tous les hommes sont habités par le Mal (il en sera définitivement convaincu si un meurtre est effectivement commis), ou si les terroristes qui ont exécuté froidement sa femme et ses deux filles qu’ils retenaient en otage sont des cas à part (il en aura la certitude si tous les villageois résistent à la tentation). Difficile de refuser une telle prospérité soudaine. Mais faut-il accepter ce marché? Et puis... qui sacrifier? Les notables du village se réunissent plusieurs fois pour choisir la victime. On désignera d’abord Chantal Prym, qui, n’ayant plus de famille, ne sera pas pleurée. Puis le curé s’offre lui-même en sacrifice, tout en suggérant les arguments qui feront repousser son offre. Enfin tous se mettent d’accord sur la personne de Berta, veuve, sans parenté et qui doit, affirme-t-on, être impatiente de rejoindre au ciel son mari. Mais cèderont-ils à la tentation en allant jusqu'au bout de leur raison,

C'est l'éternelle question du Bien et du Mal qu'est illustrée dans le roman Le Démon et mademoiselle Prym de l'écrivain brésilien Paul Coelho. L'histoire, à la base, semble fortement inspirée de la pièce de théâtre La visite de la vieille dame (Der Besuch der alten Dame, 1956) de Friedrich Dürrenmatt, oeuvre que Coelho cite d'ailleurs dans le roman présent. Mais le développement et les idées travaillées sont différentes. L'Homme est-il bon ou mauvais? Succombera-t-il au Mal face à la moindre tentation? Et Dieu s'intéresse-t-il à leur sort? Paulo Coelho, dans son style bien connu et toujours aussi brillant, fait avancer ses personnages en merveilleux marionnettiste face à cette grande question. Et il se trouve que Coelho est plutôt pessimiste par rapport à la conscience humaine : seule la peur de la punition va sauver Bescos du Mal et empêcher les villageois d'assassiner quelqu'un. Comme si le monde était réellement mauvais, mais en plus de cela terriblement lâche. Finalement c'est l'illustration du reproche qui est fait à Dieu d’avoir simplement interdit à Adam et Eve de manger le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, sans leur avoir montré quelles seraient les conséquences du péché, sans leur avoir permis a priori d’en mesurer la portée, sans leur avoir d’abord inculqué la peur. Tout est dans la parabole dans laquelle Paulo Coelho transforme le fruit du savoir en lingots d'or, et le jardin d'Éden en petit village perdu dans les montagnes, somnolant dans une paisible béatitude. Et le serpent tentateur, voyageur élégant et beau parleur, a choisi pour médiatrice Chantal Prym, jeune et jolie serveuse d'auberge.

Le Démon et mademoiselle Prym est un roman fascinant.

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Extrait:

"Il y avait presque quinze ans que la vieille Berta s'asseyait tous les jours devant sa porte. Les habitants de Bescos connaissaient ce comportement habituel des personnes âgées : elles rêvent au passé, à la jeunesse, contemplent un monde qui ne leur appartient plus, cherchent un sujet de conversation avec les voisins.

Mais Berta avait une bonne raison d'être là. Et elle comprit que son attente avait pris fin ce matin-là, lorsqu'elle vit l'étranger gravir la pente raide, se diriger lentement vers le seul hôtel du village. Vêtements défraîchis, cheveux plus longs que la moyenne, une barbe de trois jours : il ne présentait pas comme elle l'avait souvent imaginé. Pourtant, il venait avec son ombre : le démon l'accompagnait.

« Mon mari avait raison, se dit-elle. Si je n'étais pas là, personne ne s'en serait aperçu. »

Donner un âge, ce n'était pas son fort. Entre quarante et cinquante ans, selon son estimation. « Un jeune », pensa-t-elle, avec cette manière d'évaluer propre au vieux. Elle se demanda combien de temps il resterait au village : pas très longtemps, sans doute, il ne porterait qu'un petit sac à dos. Probablement une seule nuit, avant de poursuivre son chemin vers un destin qu'elle ignorait et qui l'intéressait guère. Tout de mêmes toutes ces années, assise sur le seuil de sa maison, n'avaient pas été perdues, car elle avait repris à contempler la beauté des montagnes- à laquelle elle n'avait pas prêté attention pendant longtemps : elle y était née et ce paysage lui était familier.

Il entra dans l'hôtel comme prévu. Berta se dit que peut-être elle devait aller parler au curé de cette visite indésirable ; mais il ne l'écouterait pas, il dirait : « Vous les personnes âgées, vous vous faites des idées. »

« Bon maintenant, allons voir ce qui se passe. Un démon n'a pas besoin de beaucoup de temps pour faire des ravages-- tels que tempêtes, tornades et avalanches, qui détruisent en quelques heures des arbres plantés il y a deux cents ans. »

Soudain, elle se rendit compte que le seul fait de savoir que le mal venait d'arriver à Bescos ne changeait en rien le cours de la vie. Des démons surviennent et repartent à tout moment, sans que les choses soient nécessairement perturbées par leur présence. Ils rôdent en permanence à travers le monde, parfois simplement pour telle ou telle âme, mais ils sont inconstants et généralement par le seul plaisir d'un combat qui en vaille la peine. Berta trouvait que Bescos ne présentait rien d'intéressant ou de particulier pour attirer plus d'une journée l'attention de qui que ce soit- encore moins celle d'un être aussi important et occupé qu'un messager des ténèbres.

Elle essaya de penser à autre chose, mais l'image de l'étranger ne lui sortait pas de la tête. Le ciel, si bleu tout à l'heure se chargeait de nuages.

« C'est normal, c'est toujours comme ça à cette époque de l'année, pensa-t-elle. Aucun rapport avec l'arrivée de l'étranger, juste une coïncidence. »

C'est alors qu'elle entendit le roulement lointain d'un coup de tonnerre, suivi de trois autres. C'était signe de pluie, bien sûr, mais peut-être que ce fracas, si elle se fiait aux anciennes traditions du village transposait la voix d'un Dieu courroucé se plaignant des hommes devenus indifférents à Sa présence.

« Peut-être que je dois faire quelque chose. Finalement, ce que j'attendais vient d'arriver. » Pendant quelques minutes elle se concentra sur tout ce qui se passait autour d'elle. Les nuages continuaient de s'amonceler au-dessus du village, mais on n'entendait plus aucun bruit. Elle ne croyait pas aux traditions et superstitions, surtout pas celles de Bescos, qui s'enracinaient dans l'antique civilisation celte qui avait jadis régné ici.

« Un coup de tonnerre n'est qu'un phénomène naturel. Si Dieu avait voulu parler aux hommes, Il ne l'aurait pas fait par des voies aussi indirectes. » À peine cette pensée eut-elle effleuré son esprit que le craquement d'un éclair retentit, cette fois-ci tout près. Berta se leva, prit sa chaise et rentra chez elle avant que la pluie ne tombe. Mais, tout à coup, son cœur était oppressé par une peur qu'elle n'arrivait pas à comprendre.

Que faire ?

« Que l'étranger parte tout de suite », souhaita-t-elle. Elle était trop vieille pour pouvoir s'aider elle-même, pour aider son village, ou encore-- surtout-- le Seigneur tout-puissant, qui aurait choisi quelqu'un de plus jeune s'Il avait eu besoin d'un soutien."

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Voir également:
- L'Alchimiste (O Alquimista) - Paulo Coelho (1988), présentation et extrait
- La Cinquième montagne (O Monte Cinco) - Paulo Coelho (1996), présentation
- Onze minutes (Onze minutos) - Paulo Coelho (2003), présentation et extrait
- Le Zahir (O Zahir) - Paulo Coelho (2005), présentation

- La solitude du vainqueur (O Vencedor está Só) - Paulo Coelho (2008), présentation et extrait

23:21 Écrit par Marc dans Coelho, Paulo | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paulo coelho, litterature bresilienne, romans philosophiques | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mercredi, 08 novembre 2006

William Conrad - Pierre Boulle - 1950

bibliotheca william conrad

1941. Seconde Guerre mondiale. En Angleterre la population vit avec beaucoup d'émoi, les multiples défaites de son armée, d'un côté face à l'armée allemande qui est en train de conquérir le continent européen, mais surtout face à l'avancée de l'armée japonaise en Extrême-Orient. L'armée anglaise qui contrôlait jadis un empire d'envergure mondiale, n'est plus que l'ombre d'elle-même. William Conrad est un jeune homme brillant, originaire de Pologne, qui tente de son mieux de faire évoluer son pays. D'ailleurs il avait déjà été blessé lors d'une bataille sur le front européen, bataille durant laquelle il avait même été décoré pour son héroïsme. Du moins c'est ce qu tout son entourage pense. William Conrad est en fait un espion allemand, une taupe, dont la mission est de s'infiltrer dans a haute société anglaise et de faire carrière au niveau de la défense de ce pays, et cela jusqu'au jour où sa patrie, l'Allemagne nazie, lui demandera d'agir. En 1941 William Conrad a déjà passé plusieurs années en Angleterre. Il s'est petit à petit habitué à ce pays qu'il détestait tant. D'ailleurs en tant que jeune homme brillant aux mille ressources, il a déjà contribué par de multiples façons qà l'effort de guerre britannique. Pendant ce temps, les services secrets plutôt soupçonneux à son sujet, le surveillent sans jamais rien trouver à lui reprocher. Mais un beau jour William Conrad reçoit une lettre au premier abord tout à fait anodine, qui pourtant se révélera rapidement être un message secret envoyé par sa hiérarchie allemande. Le moment est enfin venu: William Conrad va pouvoir sortir de l'ombre et remplir sa mission...

William Conrad est le premier roman de l'écrivain français Pierre Boulle qui se distingua principalement durant sa carrière par ses récits ayant pour sujet la guerre, voir par exemple Le pont de la rivière Kwaï (1952), et par ses romans de science-fiction, dont La planète des singes (1963). Pour ses premiers pas dans la littérature, Pierre Boulle a écrit un captivant récit d'espionnage qui se sert de la taupe de façon plutôt originale. Un espion allemand, infiltré en Angleterre avant la Deuxième Guerre mondiale, est confronté à une situation morale très inconfortable quand interviennent ses commanditaires. On retrouve nombreux des thèmes chers à Pierre Boulle: la Seconde Guerre mondiale, le conflit britannique en Malaisie contre les Japonais, des personnages héroïques, ... Pierre Boulle nous raconte ce récit dans un style très efficace. Les personnages sont bien approfondis et présentant certaines originalités. L'écrivain met également beaucoup d'humour dans certaines descriptions, ce qui rend la lecture de ce roman très agréable. L'enquête menée par les services secrets britanniques m'a particulièrement passionnée. Le dénouement est hélas un peu prévisible.

William Conrad est un beau roman qui, même si aujourd'hui semble un peu oublié, vaut la peine d'être redécouvert.

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Voir également:
- Le sacrilège malais - Pierre Boulle (1951), présentation
-
Le Pont de la rivière Kwaï - Pierre Boulle (1953), présentation

Le bourreau - Pierre Boulle (1954), présentation
- La planète des singes - Pierre Boulle (1963), présentation
- L’archéologue et le mystère de Néfertiti - Pierre Boulle (2005), présentation et extrait

- L'enlèvement de l'obélisque - Pierre Boulle (2007), présentation

mardi, 07 novembre 2006

L'homme qui venait du passé - Driss Chraïbi - 2004

bibliotheca l homme qui venait du passé

Qui se serait douté qu'un cadavre retrouvé au fond d'un puits dans le patio d'un ryad à Marrakech puisse être aussi important. L'inspecteur Ali est dépêché sur place. Il identifie directement le cadavre, ce qui d'ailleurs n'est pas e ce cadavre derrière lui. L'enquête mènera le policier marocain bien hors des frontières de son pays, jusqu'en France, aux Etats-Unis, en Suisse et en Afghanistan où il sera amené à enquêter à la fois sur des barons de la drogue, des financiers sans scrupules et des islamistes terroristes. Car il en ressort vite que c'est toute la sûreté du monde qui est en jeu dans cette affaire. Tout cela pour remonter la piste de ce mystérieux personnage retrouvé à Marrakech et qui n'est autre que l'homme le plus recherché du monde.

L'homme qui venait du passé est un incroyable roman policier de l'auteur marocain Driss Chraïbi, qui remet ici en scène l'un de ses personnages favoris, celui de l'Inspecteur Ali. Mais il s'agît ici plus d'une comédie sur le pseudo-conflit qui oppose l'Orient à l'Occident dans laquelle l'écrivain interprète à sa manière les événements majeurs des sociétés occidentales et arabes de ces dernières années. Driss Chraïbi utilise dans ce roman son personnage de l'inspecteur, qui est déjà paru dans de nombreux autres de ses romans, qu'il lance enquêter sur les secrets les mieux gardés de la planète et ainsi donner sa propre vision des relations internationales. Chraïbi nous raconte cette histoire avec beaucoup d'ironie grinçante et de satire féroce. Il s'en prend joyeusement à la politique internationale, aux magouilles politiciennes marocaines, à la presse, ... Hélas l'humour utilisé est parfois un peu trop léger et futile (certaines blagues sont particulièrement faciles). Le lecteur suit l'intrigue avec grand plaisir, même si le développement de celle-ci est un peu décousue. Le style d'écriture franc, direct, féroce et souvent insolent, plutôt bon en général, m'a cependant de temps en temps énervé durant la lecture.

Un roman policier marocain qui loin d'exceller est plutôt original et bien intéressant.

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Extrait: Avant-propos

Les beignets étaient chauds, gluants de miel de l'Atlas, aussi appétissants que des monts de Vénus en pleine jouissance. Le thé vert était parfumé à la "chiba", cette absinthe sauvage inconnue des touristes. La journée s'annonçait sous les meilleurs auspices. Avec un soupir d'aise, l'inspecteur Ali déplia ses interminables jambes sous la table basse, noua une serviette autour de son cou et déploya un journal qui datait de quelques jours.

"De notre envoyé spécial à Washington. Le Congrès vient de voter, à l'écrasante majorité de 346 voix contre 40 et peu d'abstentions, une résolution demandant au Président George W. Bush de décréter un jour de jeûne et de prières pour que la Providence divine protège l'Amérique et les forces de la coalition engagées en Irak..."

... Ami lecteur, ce livre que vous venez d'ouvrir aurait pu s'arrêter ici, selon toutes les lois de la statistique, sinon de la tuyauterie la plus élémentaire. Vous auriez peut-être été frustré - et moi plus encore. Plus de héros, plus d'enquête ! Parce qu'à cet instant précis, l'inspecteur Ali aurait dû logiquement mourir d'étouffement. Prenez un beignet, fourrez-le de quelques olives dénoyautées (du sucré-salé en quelque sorte), et essayez donc de l'avaler sans mâcher ou presque. C'est possible, dites-vous ? D'accord ! Mais si dans le même temps, au moment de déglutir, vous étiez pris d'un brusque accès d'hilarité ?... C'est ce qui arriva ce matin-là à l'inspecteur. Ne me demandez pas comment il resta encore en vie, sans assistance respiratoire, loin de tout service de réanimation. Je puis cependant avancer une hypothèse qui vaut ce qu'elle vaut : il fut sauvé par l'habitude - une sorte de long entraînement pour les courses 400 mètres haies.

- Argh ! Fit-il. Khkhkh ! La face rouge et les yeux exorbités, deux ou trois minutes durant il ne fit rien d'autre qu'émettre des borborygmes et autres bruitages intraduisibles en quelque langue que ce soit, même en marocain du bled. Il toussa. Il cracha. Quelques miettes de nourriture atterrirent sur la photo de Saddam Hussein qui ornait la une du journal - des "dommages collatéraux", pour employer les termes civilisés qui n'entrent pas dans la ligne de mes références -.

Revenons à notre inspecteur. Il but un verre de thé, d'un seul trait, afin de faire descendre ce qui restait coincé dans sa gorge malgré lui. Il alluma une cigarette de sa confection, moitié tabac moitié kif. Il tira bouffée sur bouffée, à toute vitesse. La fumée lui sortait par les narines. C'était bon. La vie était belle. Ce n'est qu'après avoir écrasé son mégot dans une soucoupe qu'il rendit grâces à Dieu. Il dit :

- Allah akbar ! Je ne le ferai plus. Je suis un musulman de fraîche date.
Dans le bol, il n'y avait plus que des noyaux d'olives. Mais il restait un rescapé : un beignet, un seul. Ali le regarda, le scruta comme s'il se fût agi d'un suspect, d'un "mis en examen". Après mûres réflexions, il le partagea en deux, puis en quatre. Il dit avec une espèce de désespoir tranquille :

- Mâche, Ali ! Mâche, comme te l'avait recommandé ta maman, que Dieu repose son âme en son saint paradis !

Et il se mit à mastiquer consciencieusement. Il fallait ce qu'il fallait. Mais il ne fallait pas ce qu'il ne fallait pas.

"Bagdad. De notre envoyé spécial. Extraits du discours du Président Saddam Hussein. "Au nom de Dieu Clément et Miséricordieux ! Frappez les ennemis de la nation arabe et de l'Islam ! Combattez-les, car ce sont des agresseurs maléfiques maudits par la Providence. Ne leur donnez aucune occasion de souffler, jusqu'à ce qu'ils se retirent, bredouilles et défaits, des terres des musulmans. Vous serez les vainqueurs et ils seront les vaincus. Celui qui est tué sur les terrains du combat sera récompensé par un paradis éternel. Saisissez donc cette chance d'éternité, ainsi qu'il est écrit dans le Saint Livre..."

- C'est pas possible ! s'exclama l'inspecteur Ali en repliant le journal. Ces orientalistes du Pentagone et de la CIA ont dû se servir d'un guide pour touristes en guise de dictionnaire bilingue. Qui c'est ce journaleux qui a traduit ce galimatias ? Traduit !.. J'aimerais bien discuter avec lui à coups de matraque dans les caves du commissariat central... À moins que ce président moustachu n'ait jamais lu un seul verset du Coran, hey ? Il parle de la Providence tout comme Bush le chrétien. Je vais lui passer un coup de fil. Je dois avoir le numéro de son portable dans mon vieux carnet. Il m'a coupé l'appétit, ce ramadaneur de la onzième heure. Pourquoi il ne va pas, "lui", au paradis éternel ?...

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Voir également :
- L’inspecteur Ali - Driss Chraïbi (1991), présentation

14:00 Écrit par Marc dans Chraïbi, Driss | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : litterature marocaine, driss chraibi, romans policiers, inspecteur ali | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

lundi, 06 novembre 2006

Isabelle - André Gide - 1911

bibliotheca isabelle

Gérard Lacase, un étudiant en lettres, arrive au château de la Quartfourche, un grand manoir normand habité par les familles Floch et Saint-Auréol, pour en consulter la bibliothèque dans le cadre de recherches pour une thèse en histoire sur Bossuet. L'ambaince sur place est très provinciale, et plutôt suffocante. Il n'en a pas plus tôt franchi le seuil que l'étrange atmosphère de cette demeure le sollicite à la plus romanesque aventure. Il s'éprend de la mystérieuse fille de la famille, Isabelle, qui pourtant il ne connaît que via un portrait peint. Isabelle de Saint-Auréol est la mère de Casimir de Saint-Auréol, un petit garçon infirme dont les ébats maladroits et la prompte amitié ont seuls souri à Gérard dans ce sombre château. Mais Gérard n'arrive pas à s'expliquer l'absence d'Isabelle de cette maison. Il va petit à petit mener l'enquête afin de percer ce mystère. Ses hôtes s'efforcent en vain à tenir secrète une existence qui les déshonore.

Isabelle est un remarquable roman de la part d'André Gide. Le roman est véritablement envoûtant et ne lasse à aucun momment. On suit avec passion cette intrigue nous racontant comment un jeune homme exalté tente de percer les mystères d'une vieille famille de nobles sur le déclin. La description de cet environnement provincial et l'ambiance qui s'en dégage sont remarquables. A tout moment on sent à quel point cet univers (celui de cette famille de petite noblesse provinciale) est fragile et voué à sa perte, comme une odeur de mort et de déchéance qui voile ce petit monde. D'ailleurs le personnage d'Isabelle se tente vers une autre vie et est pour cela expulsée de ce milieu bien moral et puritain, et laissant derrière elle comme seule descendance pour cette famille un petit garçon infirme. Il est également remarquable de constater à quel point André Gide sait se concentrer sur l'essentiel en écrivant ce bien court roman qui pourtant paraît très vaste et complet après lecture.

A lire.

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Extrait: Introduction

"Gérard Lacase, chez qui nous nous retrouvâmes au mois d’août 189., nous mena, Francis Jammes et moi, visiter le château de la Quartfourche dont il ne restera bientôt plus que des ruines, et son grand parc délaissé où l’été fastueux s’éployait à l’aventure. Rien plus n’en défendait l’entrée : le fossé à demi comblé, la haie crevée, ni la grille descellée qui céda de travers à notre premier coup d’épaule. Plus d’allées ; sur les pelouses débordées quelques vaches pâturaient librement l’herbe surabondante et folle : d’autres cherchaient le frais au creux des massifs éventrés ; à peine distinguait-on de ci de là, parmi la profusion sauvage, quelque fleur ou quelque feuillage insolite, patient reste des anciennes cultures, presque étouffé déjà par les espèces plus communes. Nous suivions Gérard sans parler, oppressés par la beauté du lieu, de la saison, de l’heure, et parce que nous sentions aussi tout ce que cette excessive opulence pouvait cacher d’abandon et de deuil. Nous parvînmes devant le perron du château, dont les premières marches étaient noyées dans l’herbe, celles d’en haut disjointes et brisées ; mais, devant les portes-fenêtres du salon, les volets résistants nous arrêtèrent. C’est par un soupirail de la cave que, nous glissant comme des voleurs, nous entrâmes ; un escalier montait aux cuisines ; aucune porte intérieure n’était close… Nous avancions de pièce en pièce, précautionneusement car le plancher par endroits fléchissait et faisait mine de se rompre ; étouffant nos pas, non que quelqu’un pût être là pour les entendre, mais, dans le grand silence de cette maison vide, le bruit de notre présence retentissait indécemment, nous effrayait presque. Aux fenêtres du rez-de-chaussée plusieurs carreaux manquaient ; entre les lames des contrevents un bignonia poussait dans la pénombre de la salle à manger, d’énormes tiges blanches et molles.

Gérard nous avait quittés ; nous pensâmes qu’il préférait revoir seul ces lieux dont il avait connu les hôtes, et nous continuâmes sans lui notre visite. Sans doute nous avait-il précédés au premier étage, à travers la désolation des chambres nues : dans l’une d’elles une branche de bois pendait encore au mur, retenue à une sorte d’agrafe par une faveur décolorée ; il me parut qu’elle balançait faiblement au bout de son lien, et je me persuadai que Gérard en passant venait d’en détacher une ramille.

Nous le retrouvâmes au second étage, près de la fenêtre dévitrée d’un corridor par laquelle on avait ramené vers l’intérieur une corde tombant du dehors ; c’était la corde d’une cloche, et je l’allais tirer doucement, quand je me sentis saisir le bras par Gérard ; son geste, au contraire d’arrêter le mien, l’amplifia : soudain retentit un glas rauque, si proche de nous, si brutal, qu’il nous fit péniblement tressaillir ; puis lorsqu’il semblait déjà que se fût refermé le silence, deux notes pures tombèrent encore, espacées, déjà lointaines. Je m’étais retourné vers Gérard et je vis que ses lèvres tremblaient.

- Allons-nous en, fit-il. J’ai besoin de respirer un autre air.

Sitôt dehors il s’excusa de ne pouvoir nous accompagner : il connaissait quelqu’un dans les environs, dont il voulait aller prendre des nouvelles.

Comprenant au ton de sa voix qu’il serait indiscret de le suivre, nous rentrâmes seuls, Jammes et moi, à La R. où Gérard nous rejoignit dans la soirée.

- Cher ami, lui dit bientôt Jammes, apprenez que je suis résolu à ne plus raconter la moindre histoire, que vous ne nous ayez sorti celle qu’on voit qui vous tient au cœur.

Or les récits de Jammes faisaient les délices de nos veillées.

- Je vous raconterais volontiers le roman dont la maison que vous vîtes tantôt fut le théâtre, commença Gérard, mais outre que je ne sus le découvrir, ou le reconstituer, qu’en dépouillant chaque événement de l’attrait énigmatique dont ma curiosité le revêtait naguère…

- Apportez à votre récit tout le désordre qu’il vous plaira, reprit Jammes.

- Pourquoi chercher à recomposer les faits selon leur ordre chronologique, dis-je ; que ne nous les présentez-vous comme vous les avez découverts ?

- Vous permettrez alors que je parle beaucoup de moi, dit Gérard.

- Chacun de nous fait-il jamais rien d’autre ! repartit Jammes.

C’est le récit de Gérard que voici."

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Voir également:
- La symphonie pastorale - André Gide (1919), présentation

14:27 Écrit par Marc dans Gide, André | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : andre gide, prix nobel de litterature, litterature francaise, romans psychologiques | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

dimanche, 05 novembre 2006

L'amour de loin - Amin Maalouf - 2001

bibliotheca amour de loin

Au XIIe siècle, an Aquitaine, Jaufré Rudel, troubadour et Prince de Blaye, se lasse de son état et de la vie de plaisirs menée par les jeunes de son rang. Il rêve d'une femme sublime, différente. Ses compagnons le moquent de lui en disant qu'une telle personne n'existe pas. Mais un pèlerin, de retour des Terres Saintes, lui affirme qu'il a rencontré outre-mer une femme qui correspond parfaitement aux attentes du jeune troubadour. A partir de ce moment Jaufré Rudel ne cessera de penser à cette belle et lointaine inconnue. Le pèlerin retournera outre-mer et dira à la belle, comtesse de Tripoli, qu'un jeune troubadour qui ne la connaît pas est follement amoureux d'elle.

L'Amour de loin n'est pas un roman, mais un livret d'opéra pour l'opéra en cinq actes de la compositrice finlandaise Kaika Saariaho. Mais peu importe la forme utilisée, Amin Maalouf réussit ici un admirable conte sur l'amour pur, passionné et intense. Un amour majestueux et fou qui ne peut hélas connaître autre qu'une fin tragique. Amin Maalouf nous raconte cette histoire tel un conteur oriental, un troubadour qui comme le pèlerin, parcourt le monde pour propager ce message d'amour. Il réussit parfaitement à faire vivre ces sentiments forts dans cette courte histoire.

Il est à noter que ce mythe de l'amour lointain a déjà souvent ét repris dans la littérature, comme par exemple dans La Princesse lointaine (1895) d'Edmond Rostand.

Mais L'Amour de loin est donc avant tout un opéra en cinq actes de Kaika Saariaho se basant sur le texte d'Amin Maalouf. Cet opéra a été créé pour la première fois en août 2000 à Salzbourg, et repris en novembre 2001 au Théâtre du Châtelet en France. Amin Maalouf et Kaika Saariho recollaboreront ensemble en 2004 pour un opéra intitulé Adriana Mater.

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Extrait: extrait du deuxième acte

Le Pèlerin
(après un long silence d'hésitation):
Un homme pense à vous.

Clémence (qui avait parlé pour elle-même, oubliant presque la présence du Pèlerin, et qui revient à la réalité):
Qu'avez vous dit?

Le Pèlerin:
Un homme pense à vous quelquefois.

Clémence:
Quel homme?

Le Pèlerin:
Un troubadour

Clémence:
Un troubadour? Quel est son nom?

Le Pèlerin:
On l'appelle Jaufré Rudel. Il est également prince de Blaye.

Clémence (feignant l'indifférence):
Jaufré... Rudel;;; il m'aurait sans doute aperçue jadis lorsque j'étais enfant...

Le Pèlerin:
Non, il ne vous a jamais vue... paraît-il.

Clémence (troublée):
Mais alors comment pourrait-il me connaître?

Le Pèlerin:
Un voyageur lui a dit un jour que vous étiez
Belle sans l'arrogance de la beauté,
Noble sans l'arrogance de la noblesse,
Pieuse sans l'arrogance de la piété.
Depuis, il pense à vous sans cesse... paraît-il

Clémence:
Et il parle de moi dans ses chansons?

Le Pèlerin:
Il ne chante plus aucune autre dame.

Clémence:
Et il... mentionne mon nom dans ses chansons?

Le Pèlerin:
Non, mais ceux qui l'écoutent savent qu'il parle de vous.

Clémence (désemparée, et soudain irritée):
De moi? Mais de quel droit parle-t-il de moi?

Le Pèlerin:
C'est à vous que Dieu a donné la beauté, comtesse,
Mais pour les yeux des autres.

Clémence:
Et que dit ce troubadour?

Le Pèlerin:
Ce que disent tous les poètes, que vous êtes belles et qu'il vous aime.

Clémence (outrée):
Mais de quel droit, Seigneur, de quel droit?

Le Pèlerin:
Rien ne vous oblige à l'aimer, comtesse
Mais vous ne pouvez empêcher qu'il vous aime de loin.
Il dit d'ailleurs dans ses chansons
Que vous êtes l'étoile lointaine,
Et qu'il se languit de vous sans espoir de retour.

Clémence:
Et que dit-il d'autre?

Le Pèlerin:
Je n'ai pas bonne mémoire... Il y a cependant
Une chanson qui dit à peu près ceci:
"Jamais d'amour je ne jouirai
Si je ne jouis de cet amour de loin
Car plus noble et meilleure je ne connais
En aucun lieu ni près ni loin
Sa valeur est si grande et si vraie
Que là-bas, au royaume des Sarrasins
Pour elle, je voudrais être captif."

Clémence (qui a les larmes aux yeux):
Ah Seigneur, et c'est moi qui l'inspire.

Le Pèlerin (poursuivant sur le même ton):
"Je tiens Notre Seigneur pour vrai
Par qui je verrai l'amour de loin
Mais pour un bien qui m'en échoit
J'ai deux maux, car elle est si loin
Ah que je voudrais être là-bas en pèlerin
Afin que mon bâton et mon esclavine
Soient contemplés par ses yeux si beaux."

Clémence (continuant à feindre le détachement, mais les tremblements de sa voix la trahissent):
Vous rappelez-vous d'autres vers encore?

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Voir également:
- Le périple de Baldassare - Amin Maalouf (2000), présentation et extrait

19:24 Écrit par Marc dans Maalouf, Amin | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : amin maalouf, litterature libanaise, theatre, opera, livret d opera | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!