mardi, 21 novembre 2006

Les Maîtres des Dragons (The Dragon Masters) - Jack Vance - 1962

bibliotheca les maitres des dragons

Aerlith est une planète reculée du système dans laquelle les hommes vivent selon un antique système féodal médiéval. La Vallée Heureuse et le Val Banbeck, deux contrées de ce monde, luttent l'une contre l'autre à l'aide d'une armée de dragons génétiquement modifiés suite à de multiples croisements. Mais de temps à autre les Basiques, de monstrueux batraciens en provenance de l'étoile Coralyne, attaquent la planète Aerlith en vue d'y capturer des humains qu'ils asservissent. L'avancée technologique des Basiques est de plus telle qu'elle les rend quasiment invulnérables. Cependant Joaz, seigneur du Val Banbeck croit pouvoir prédire les attaques des Basiques et fait tout pour se préparer à les combattre. De plus nulle il ne peux espérer l'aide de quiconque. En effet les Sakriotes, secte humaine dotée d'une immense savoir, lui fait comprendre que Aerlith serait la dernière planète sur laquelle vivent encore des hommes libres. Le reste a déjà été éradiqué par les Basiques depuis bien longtemps. Face à cet affrontement qui s'annonce sans merci, il faut pourtant que Joaz trouve une solution pour battre les Basiques, et cela malgré les nombreuses attaques que subit son domaine de la part de La Vallée Heureuse , car de lui dépend désormais le sort d'Aerlith et de l'humanité.

Les Maîtres des Dragons est un magnifique exemple de mélange entre science-fiction et fantasy et plus de quarante ans après son écriture et première publication ce roman n'a quasiment pas pris de rides. Ce roman n'est peut-être pas aussi rigoureux que de la science-fiction contemporaine, ou aussi détaillé que de la fantasy d'aujourd'hui, mais Les Maîtres des Dragons reste cependant un must des deux genres. Dans ce grand classique Jack Vance nous décrit un monde fascinant au contexte bien élaboré, malgré que ce roman soit finalement assez court. On nous explique les origines de ces colonies humaines sur ce monde reculé, ainsi que leurs affrontements, et leur science dans les croisements des dragons et autres (certians aspects plus terre à terre sr le fonctionnement de cette société restent cependant obscures). On nous décrit également une humanité à bout de souffle se perdant en guerres fratricides et ne sait s'unir face à une menace qui risque de tous les détruire. Joaz Banbeck est un héros typique de Vance: sombre, misogyne, très intelligent mais résigné face à la gravité de la menace qui pèse sur lui et les siens. Mais ce qui impressionne avant tout ce sont les batailles occupant vraisemblablement plus de la moitié du livre. Toutes ces scènes sont décrites d'un point de vue distant, quasi scientifique, mais jamais de la perspective d'un des personnages. D'ailleurs Jack Vance ne prend jamais parti dans ce roman. Il n'y a ni bons ni méchants, même les terribles aliens venant de l'espace n'apparaissent pas si antipathiques que cela, surtout comparé à une humanité qui ne cesse de se battre et de s'entre-tuer pour trois fois rien.

Le roman Les Maîtres des Dragons a été récompensé en 1962 par le Prix Hugo.

A lire!

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Extrait: premier chapitre

Les appartements de Joaz Banbeck, creusés au coeur d'une montagne calcaire, se composaient de cinq pièces principales distribuées sur plusieurs niveaux. Tout en haut, se trouvaient le Reliquarium et une salle d'apparat réservée aux débats du Conseil : dans la sévère splendeur du premier, les archives, les trophées et les souvenirs des Banbeck étaient conservés : quant à la salle du Conseil - un hall étroit et tout en longueur, aux parois recouvertes jusqu'à mi-hauteur de boiseries sombres et dont la voûte était de plâtre blanc - elle s'étirait sur toute la largeur de la montagne, de sorte que ses balcons donnaient d'un côté sur le Val Banbeck et, de l'autre, sur le Défilé de Kergan.

L'étage inférieur était réservé aux quartiers personnels de Joaz Banbeck. Ceux-ci se composaient d'un salon, d'une chambre à coucher et d'un bureau attenant à cette dernière ; enfin, en bas, était installé l'atelier dont l'accès était interdit à quiconque.

Pour entrer, il fallait passer par le bureau. Il affectait la forme d'un L. Quatre lustres incrustés de grenats pendaient au plafond à arceaux taillé de nervures délicates. Pour le moment, ils étaient éteints ; la pièce était simplement éclairée par quatre écrans de verre poli qui diffusaient une lumière liquide et grise, découpant à la manière de tableaux traités en clair-obscur le panorama du Val Banbeck. Les murs étaient lambrissés de roseaux lignifiés. Une natte décorée de figures géométriques - angles, cercles et carrés marrons, bistres et noirs - était posée sur le sol.

Un homme nu était allongé au milieu du bureau.

Il avait pour toute vêture une longue et fine chevelure châtain qui lui retombait derrière le dos et l'anneau d'or qui lui enserrait le cou. Son visage était mince et aigu, son corps svelte. Il paraissait écouter quelque chose - ou, peut-être, méditer. De temps en temps, il jetait un coup d'oeil sur la sphère de marbre jaune posée sur une étagère ; alors, il remuait les lèvres comme pour fixer dans sa mémoire une phrase ou un enchainement d'idées.

Une lourde porte s'entrouvrit sans bruit à l'autre extrémité de la pièce et un visage de femme à l'expression espiègle se glissa par l'entrebâillement. A la vue de l'homme nu, la femme porta la main devant sa bouche pour réprimer un cri de surprise. L'homme se retourna - mais la porte s'était déjà refermée.
Il resta un moment immobile, le sourcil froncé, perdu dans ses réflexions; puis il se leva et s'approcha du mur, fit basculer une section de la bibliothèque et disparut par cet orifice. Le panneau reprit sa place primitive. L'homme nu descendit un escalier en colimaçon et déboucha dans une autre pièce creusée à méme la roche : l'atelier privé de Joaz Banbeck. Sur la table de travail étaient disposés des outils, des blocs de métal, une batterie de cellules électromotrices, des éléments de circuits dépareillés, tout un attirail qui symbolisait la curiosité du maïtre des lieux.

L'homme nu se pencha sur la table, souleva l'un des accessoires épars et l'examina avec une sorte de condescendance. Pourtant, son regard était aussi limpide, aussi émerveillé que celui d'un enfant.

Des voix étouffées, venant du bureau, retentirent. L'homme nu tendit l'oreille, puis il se baissa et, s'accroupissant sous la table, il souleva une dalle et s'enfonça dans le puits d'ombre ainsi révélé. Quand il eut remis la pierre en place, il s'empara d'une baguette lumineuse et s'engagea dans un boyau en pente qui débouchait sur une grotte naturelle. Ici et là, des tubes luminescents irradiaient une lueur pâle qui perçait difficilement les ténèbres.

L'homme nu avançait d'un pas alerte et ses cheveux soyeux faisaient comme une auréole derrière lui.

Dans le bureau, Phadée la ménestrelle et un vieux sénéchal étaient en train de vider une querelle.

" C'est vrai! Je l'ai vu! " insistait Phadée.

" Je l'ai vu de mes yeux. C'était un sacerdote. Il se tenait là. Comme je vous l'ai décrit. " Elle secoua rageusement le bras de son interlocuteur. " Croyez-vous donc que j'aie perdu la tête et ou que je sois hystérique ? "

Rife le sénéchal se contenta de hausser les épaules sans se compromettre. " Toujours est-il que je ne vois rien... " grommela-t-il.

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Voir également:
Les Cinq Rubans d'or (The Space Pirate/The Five Gold Bands) - Jack Vance (1950), présentation
- Un monde magique (The Dying Earth) - Jack Vance (1950), présentation

- Emphyrio - Jack Vance (1969), présentation et extrait
- Les mondes d'Alastor - Jack Vance (1973, 1975, 1978), présentation

23:12 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Vance, Jack | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jack vance, litterature americaine, science-fiction, fantasy | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

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