samedi, 03 juin 2006

Le maître d'escrime (El maestro de esgrima) - Arturo Perez-Reverte - 1988

Madrid, 1868. l'Espagne est secouée par de très graves troubles politiques. Don Jaime Astarloa ne s'intéresse que peu à ces choses-là, tout son intérêt se porte sur son art, l'escrime. En effet Don Jaime Astarloa est maître d'escrime, l'un des meilleurs mais aussi l'un des derniers. En effet les temps changent et l'escrime n'est plus à l'ordre du jour De plus le maître d'escrime n'est plus tout jeune et il n'assistera vraissemeblablement plus à un renouveau de son art. Pour Don Jaime Astarloa c'est tout un monde qui s'effondre petit à petit. Car pour lui l'escrime était un art qui véhiculait des valeurs morales et chevaleresques. Don Jaime, rempli d'amertume, va alors s'isoler de plus en plus de la société. Le maître sacrifie ses nuits et ses rares heures de liberté à la rédaction d'un traité qui puisse aller au-delà des théories légendaires de Gomard, Grisier et Lafaugère. Tel un alchimiste entêté, Astarloa est depuis son jeune âge en quête de son Graal : la botte parfaite et imparable, aboutissement absolu de l'art de l'escrime. Mais un beau jour apparaît dans sa salle d'armes la belle et troublante Adela de Otero. Elle veut qu'il lui enseigne tout son art. Mais quelque chose se cache derrière tout cela. En effet Adela va entraîner Don Jaime dans un dangereux jeu d'intrigues et de pouvoir visant à détrôner la monarchie. Sa vie va alors bascouler dans une aventure où les trahisons succèdent aux manoeuvres politiques et aux crimes, et qui se déroule selon les règles d'un duel : assaut, fausse attaque, dégagement forcé, jusqu'au combat à pointe nue, mortel.

Le maître d'escrime est un magnifique roman de l'écrivain espagnol Arturo Perez-Reverte. Entre roman historique et roman policier, il s'agît finalement d'un réel roman de cape et d'épée dans le plus pur style d'Alexandre Dumas. On y retrouve tous les éléments du genre: intrigue historico-politique, énigme policière, histoire d'amour,... On y retrouve même un montage et parfois un style d'écriture semblable aux romans de l'époque. Arturo Perez-Reverte est d'ailleurs un grand admirateur de la littérature d'Alexandre Dumas. Le contexte historique est celui de l'Espagne de fin de XIXe siècle, époque à laquelle le fossé se creuse de plus en plus entre le trône et la société menant à la chute de la monarchie d'Isabel II Le pays est menacé par les soulèvements populaires, les révoltes estudiantines et militaires. C'est ce contexte historique que Arturo Perez-Reverte a choisi pour y décrire cette aventure mettant en scène son héros vieillissant et vivant à une époque qui n'est plus la sienne. Don Jaime Astarloa est finalement une sorte de Don Quichotte qui appartient clairement au passé. Donc au roman de cape et d'épée s'ajoute l'implacable combat moral que le maître d'armes livre en lui-même et face à son époque. Le tout est raconté avec une tension augmentant petit à petit au fil du récit jusqu'à un dénouement éclatant. Perez-Reverte arrive particulièrement bien à décrire le domaine de l'escrime en épuisant toutle vocabulaire technique du thème, et réussit parfaitement à faire de l'intrigue une métaphore d'un combat d'escrime (ou est-ce le contraire?). Bref, le tout est terriblement passionant.

Le maître d'escrime, paru en 1988 est un roman très prenant et l'un des plus réussis d'Arturo Perez-Reverte.

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Voir également:
- Le tableau du Maître flamand (La tabla de Flandes) - Arturo Perez-Reverte (1990), présentation
- Le Club Dumas ou l'ombre de Richelieu (El Club Dumas) - Arturo Perez-Reverte (1993), présentation
- La peau du tambour (La piel del tambor) - Arturo Perez-Revertz (1995), présentation et extrait

- Le Capitaine Alatriste (El capitàn Alatriste) - Arturo Perez-Reverte (1996), présentation

15:42 Écrit par Marc dans Perez-Reverte, Arturo | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : arturo perez-reverte, romans historiques, litterature espagnole | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

Commentaires

Un très bon souvenir Je partage ton opinion enthousiaste sur ce livre (allez, peut-être en l'étant un tout petit peu moins... ;o)) J'avais pris du plaisir à lire ce livre, j'en garde un souvenir d'écriture flamboyante, proche de Dumas mais sans en égaler complètement le panache. Du coup, je suis allée relire la note que j'avais écrite à son sujet:

"Le jour où s'éteindra le dernier maître d'armes, tout ce que la lutte ancestrale de l'homme contre l'homme a encore de digne et de noble descendra dans la tombe avec lui."

Cet extrait dans sa limpidité donne à lui seul la philosophie de ce maître d'escrime, Don Jaime, conservateur, désuet, naïf, hors du temps mais déterminé dans toute sa dignité à y rester.

A cette image, l'écriture du roman s'accorde aussi très bien, étant elle-même en décalage, stylisée, taillée au fleuret (facile, j'en conviens!). En fin de compte, la lutte entre Bien et Mal s'impose assez aisément, un homme hors de la politique et des tourments de la vie madrilène se laisse troubler par la sensualité et l'orgueil, fier et digne qu'il était de ne plus succomber et de maintenir sa vie dans une parfaite ligne de conduite, avec pour seule obsession cette quête du Graal, son propre Graal, cette botte imparable que tout maître d'armes brûle de découvrir...

Le suspense est bien maintenu, le phrasé délectable. Un roman noble qui met en héros un art tout aussi noble, sa science, sa grâce et son élégance.

Écrit par : Virginie | jeudi, 15 juin 2006

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