lundi, 10 avril 2006

Asmara et les causes perdues - Jean-Christophe Rufin - 1999

1985, la guerre civile fait rage en Ethiopie. Un groupe humanitaire français débarque à Asmara, l'ancienne capitale coloniale italienne et aujourd'hui capitale de l'Erythrée, afin d'y fonder une mission. Le lieu choisi est Rama, proche d'Asmara. Cependant la famine reste invisible. En effet Asmara est hors des zones de conflits et de misère. Alors que la mission se construit et s'établit, on entend la rumeur de l'arrivée prochaine de huit milles affamés, poussés dans cette région par le gouvernement, et, à Rama se construit en même temps un aéroport, visant à déporter ces gens dans des régions désertiques. Tout s'explique, la mission humanitaire ne sert que d'appât et d'alibi aux projets de déportations du gouvernement éthiopien, des projets visant à servir un cynique plan de rééquilibrage démographique.

Hilarion Grigorian, Arménien d'Erythrée et marchand d'armes, né avec le siècle comme il le dit si bien, se fait jour après jour, le narrateur cocasse de cette mission humanitaire avec ses querelles internes, ses passions intimes et tous les obstacles nés des manipulations politiques opérées par le gouvernement. Les humanitaires, jeunes aventuriers européens en manque d'idéologies qui ont perdu les causes traditionnelles de l'engagement et les recherchant du côté de l'humanitaire, sont mis en scène de l'intérieur par le journal intime que tient Hilarion, nous révélant leurs destins individuels, leurs amours, leurs faiblesses et les dilemmes profonds de leur action.

Asmara et les causes perdues écrit à la hâte par Jean-Christophe Rufin, qui lui-même était parti à cette époque en Ethiopie, nous livre un beau petit roman sur les actions humanitaires, mais aussi sur l'engagement tout court, et le désenchantement. De plus ses personnages n'agissent que par égoïsme; certains sont en fuite, d'autres en quête de quelque chose de personnel, comme si l'altruisme ne pouvait exister sans contre-partie qui est bien plus importante. Aider les démunis, apaiser les misères humaines, c'est se donner le beau rôle. Mais Rufin réussit aussi à nous faire passer en peu de mots une image très poétique et envoûtante de cette Erythrée multiculturelle (arméniens, africains, catholiques mais pas les mêmes qu'en Europe, ...) aux paysages fascinants. De plus on comprend bien l'évolution de ce pays depuis la colonisation italienne. Jean-Christophe Rufin se retrouve à la fois dans le personnage de Grégoire, jeune humanitaire désillusionné qui découvre un pays aux conditions difficiles à accepter, et Hilarion, qui a du mal à croire à l'utilité et à l'honnêteté des actions humanitaires. Si Asmara et les causes perdues n'a pas la même force que d'autres romans du même auteur, tels par exemple Rouge-Brésil (2001) ou Globalia (2003), le lecteur se trouve quand même face à un très beau roman, bien réussi.

Asmara et les causes perdues a obtenu le prix Interallié en 1999 sous le titre Les causes perdues.

 

Voir également:
- Jean-Christophe Rufin - bibliographie et note biographique
- Rouge-Brésil - Jean-Christophe Rufin (2001), présentation
- Globalia - Jean-Christophe Rufin (2003), présentation
- La Salamandre - Jean-Christophe Rufin (2005), présentation et extrait
- Le parfum d'Adam - Jean-Christophe Rufin (2007), présentation

13:16 Écrit par Marc dans Rufin, Jean-Christophe | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : jean-christophe grange, litterature francaise, romans d aventures | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

Commentaires

Dur dur... J'ai lu ce livre... il est pour moi, assez tirer en longueur... Il est aussi assez dur à comprendre...

Écrit par : Frédéric | mercredi, 06 juin 2007

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