jeudi, 13 novembre 2008

Un horizon de cendres - Jean-Pierre Andrevon - 2004

bibliotheca un horizon de cendres

Premier jour : Au loin, il y a votre voisin. Vous lui faites un signe. Jusqu’au moment où vous réalisez qu’il est décédé depuis des semaines...

Troisième jour : La télé enchaîne les émissions spéciales : partout dans le monde les morts reviennent. Apathiques, ils errent au royaume des vivants...

Cinquième jour : Paralysé de trouille et de dégoût, vous regardez votre femme serrer dans ses bras, au beau milieu de votre salon, une chose qui, un jour, fut sa mère...

Huitième jour : Votre femme vous a quitté après que vous avez réduit en cendres l’ignominie qu’elle appelait « maman ».

Neuvième jour : La télé diffuse un reportage au cours duquel on voit une de ces choses dévorer un chat vivant...

Ils sont désormais des millions et vous ne vous posez qu’une question : mon monde n’est-il pas désormais le leur ?


Comme l'indique le quatrième de couverture de ce roman (repris ci-dessus des éditions Pocket), Un horizon de cendres est un très classique roman fantastique mettant en scène l'invasion du monde par des morts-vivants. Le sujet est connu pour avoir été repris de nombreuses fois au cinéma et en littérature. Sans trop renouveler le thème, l'écrivain français de fantastique et de science-fiction Jean-Pierre Andrevon réussit cependant à en rendre ici une très belle version.
Comme déjà dit le sujet est classique: ici, un trou noir en désintégration enverrait sur la Terre d'étranges radiations qui seraient responsables d'une rétroaction du processus biologique et donnant la résurrection des morts, de tous les morts de la planète. Le personnage principal, Kemper, croit à peine à cette explication, par contre, il est sûr que même s'ils sont encore totalement inoffensifs, les morts ne veulent pas forcément du bien aux vivants. D’abord sceptiques, les pouvoirs publiques sont rapidement débordés par cette marée lente et apparemment désœuvrée. Apparemment seulement, parce qu’au bout de quelques jours, les morts-vivants commencent à s'attaquer aux vivants, d'abord les animaux puis les hommes, dans le but de leur dévorer le cerveau. Le narrateur voit sa vie basculer alors que le monde coule autour de lui. Sa femme et sa fille le quittent pour le laisser retranché chez lui, avant de rejoindre finalement des rescapés dans une ex-caserne qui n'ont d'autre plaisir que de massacrer le plus de zombies possibles. Mais au loin pour, dans son futur, il ne perçoit rien d'autre qu'un immense horizon de cendres.
Le roman, grâce à son écriture à la première personne, réussit à parfaitement faire ressentir au lecteur les terreurs et angoisses vécues par le narrateur. L'auteur décrit avec beaucoup de crédibilité et de réalisme comment la société s'effondre petit à petit jusqu'à ce qu'il ne reste quasiment plus rien. Alors que les débuts contiennent encore beaucoup d'humour, très noir, l'horreur ne cesse d'augmenter graduellement jusqu'à la fin. A cela l'auteur mêle de nombreuses références au monde d'aujourd'hui et à des conflits du vingtième siècle dans un but critique envers notre société, ses médias et ses guerres. Certains passages font d'ailleurs véritablement froid dans le dos.

En bref Un horizon de cendres n'est certainement pas un grand roman et ne comporte d'ailleurs que bien peu d'originalité par rapport à un thème déjà largement traité auparavant. Il n'empêche qu'il s'agît d'un roman divertissant parfaitement réussi, l'un des meilleurs du genre, qui plaira à un vaste public.

A lire !

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Voir également :
- Sukran - Jean-Pierre Andrevon (1990), présentation

mardi, 15 avril 2008

Sukran - Jean-Pierre Andrevon - 1990

bibliotheca sukran

Quelque part dans un futur proche à Marseille, Roland Cacciari, ancien militaire démobilisé après la défaite d’une croisade occidentale au Moyen-Orient, tente de survivre comme il peut en jouant de la guitare en rue afin de gagner quelques pièces. C’est un laissé pour compte, un oublié de la société, et cela malgré les services rendus à la patrie. Suite à une rixe contre des Arabes, dont il est devenu témoin malgré lui, il fait la connaissance de Potemkine et de ses Chevaliers, en bref une bande de skinheads. Le courant passe entre les deux hommes et Potemkine décide de présenter Cacciari à son patron, le richissime Eric Legueldre, patron de la société Electronic Nord-Sud. Cacciari se fait engager par Legueldre en tant que vigile, et ne tarde guère à grimper les échelons dans les services de sécurité de la société. Cependant cette société spécialisée dans l’électronique n’est guère ce qu’elle prétend être. Cacciari découvre vite qu’outre des opérations assez communes pour ce domaine, la société Electronic Nord-Sud mène également un projet gardé dans le plus grand des secrets : sur base d’un traffic d’humains et de manipulations neuronales, Electronic Nord-Sud tente de créer de parfaits kamikazes dont le but est d’infiltrer la Fédération panislamique et de la plonger dans la terreur.

Sukran, écrit par l’écrivain français Jean-Pierre Andrevon, paraît en 1989-1990 aux éditions Présence du Futur. Il s’agît évidemment d’un roman de science-fiction, mais avant tout de politique-fiction qui de plus emprunte beaucoup au genre du roman noir, duquel semble directement issu le personnage principal de Roland Cacciari.
Dès 1989 Andrevon prévoit les immenses tensions entre Occident et Orient qui culmineront dès les attentats du 11 septembre 2001 à New York, et aussi du rôle qu’y jouera le terrorisme, encore bien moindre à l’époque. Le roman au style incisif est raconté du point de vue de Roland Cacciari, un homme désabusé, cynique et qui va donner le ton ironique à l’ensemble. Comme dit précédemment, Andrevon emprunte beaucoup au roman noir, et ne s’en gêne guère. Au fil des pages on voit apparaître de nombreux stéréotypes de ce genre, et aussi d’autres, utilisés à tort et à travers pour donner un résultat qui ne manque pas son effet. Sukran est une grande réussite, tout en restant une œuvre qu’on qualifierait plutôt de série B, car bien trop superficielle dans ses actions.
Si ce roman annonce certains événements qui se sont produits depuis sa parution, il ne faut cependant guère y voir une œuvre anticipative ou prospective réelle, mais plutôt une œuvre libertaire  qui dans son irrévérencement trouve écho aujourd’hui dans une certaine actualité.

Sukran reste du pur divertissement, et, il faut le dire, un divertissement fort réussi.

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Voir également :
- Un horizon de cendres - Jean-Pierre Andrevon (2004), présentation